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La télévision grecque est-elle un modèle pour la France?

Eric Le Boucher, mis à jour le 14.06.2013 à 10 h 01

Devant l'ERT, télévision publique grecque, à Athènes après l'annonce de la fermeture, le 11 juin 2013. REUTERS/John Kolesidis

Devant l'ERT, télévision publique grecque, à Athènes après l'annonce de la fermeture, le 11 juin 2013. REUTERS/John Kolesidis

Il faut lire et relire l’argument du gouvernement grec pour fermer la télévision. L’établissement public, l’ERT, est «un cas exceptionnel d’absence de transparence et de dépenses incroyables. Et tout ceci prend fin maintenant», a dit le porte-parole. Relisez les mots «absence de transparence», «dépenses incroyables». Et la décision nette et brutale: «prend fin maintenant».

On n’ignore pas le contexte. A Athènes, cela va un peu mieux. Une sortie de la récession est envisagée pour 2014. Des visiteurs allemands, Angela Merkel, Wolfgang Schaüble, sont venus féliciter le gouvernement Samaras des efforts de la Grèce. Les aveux du FMI reconnaissant que des «erreurs» ont été commises dans l’élaboration du premier plan d’aide à Athènes, en 2010, redonnent du pouvoir de négociation au gouvernement grec. Il souhaite justement obtenir un report du licenciement de 4.000 fonctionnaires prévu d’ici à l’été.

 Alors pourquoi cette brutalité contre la télévision? Parce qu’il fallait faire une exemple, au moment où des envoyés de la Troïka (Commission, Banque centrale européenne, FMI) dressent le piteux bilan des privatisations: le programme est de vendre des entités publiques pour 9,5 milliards d’euros d’ici à 2016 mais le compteur n’atteint que 2,5 milliards. Gazprom vient de renoncer au groupe gazier Depa. Pourquoi ces difficultés? Parce que les entités publiques grecques sont des cas d’école de mauvaise gestion, de corporatisme, de prébendes, d’alliances incompréhensibles de familles, de personnes, de courants, de partis et d’autres mystères, avantages et complicités. Autrement dit, l’acquéreur achète un sac de problèmes.

La télévision est de tout cela le comble. La réforme est impossible. Aucun changement n’y est jamais possible. Le gouvernement a donc décidé «la fin maintenant». Il ferme, met tout le monde dehors et assure vouloir repartir d’une feuille blanche. Il va recréer un système de télévision tout neuf. Les anciens salariés vont faire la queue, certains seront repris aux nouvelles conditions qui se résument à cette consigne «maintenant vous allez travailler». Allez, essayons de croire que le système d’hier ne sera pas dupliqué demain.

Cette idée de «on ferme et on repart de zéro» est-elle la seule méthode possible pour débloquer des organismes nécrosés? Pourrait-on appliquer en France ce «cas exceptionnel» de la télévision grecque, ce modèle ERT, cette arme atomique «attention on peut fermer»? Beaucoup ont en tête un établissement ou une institution où elle pourrait être servir. Mais lesquels sont réellement dans la situation de la télévision grecque? Et sur lesquels peut-on réellement appliquer la méthode du passé faisons table rase?

Eric Le Boucher

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Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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