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Les grandes heures de l'or sont passées

Des lingots d'or produits en Sibérie. REUTERS/Ilya Naymushin.

Ce 12 juin dans l'après-midi, l’once d’or était cotée à un peu plus de 1.380 dollars à Londres. En octobre 2012, elle était montée à plus de 1.792 dollars. Et en septembre 2011, elle avait atteint un record historique à près de 1.900 dollars. Décidément, le placement réputé le plus sûr au monde n’a plus la cote.

Depuis le krach boursier de l’an 2000, l’envolée de l’or ne semblait plus devoir s’arrêter. Les investisseurs avaient cherché refuge dans le métal précieux.

Et comme le marché de l’or est finalement un petit marché, en comparaison de la masse des capitaux qui circulent à travers le monde, cet afflux de demande avait eu un effet spectaculaire.

Les cours de l'or depuis 1990 (Source : Insee. Dernière mise à jour le 16 mai)

Un des indices les plus révélateurs de cette tendance était la montée en puissance des Exchange Traded Funds (ETF) investis en or. Au cours des dix ans écoulés, leurs stocks d’or n’avaient cessé de grandir, au point d’atteindre 2.718 tonnes à la fin de 2012.

A titre de comparaison, la France dispose d'un stock d’or de 2.435 tonnes, qui la hisse au cinquième rang mondial, les premiers étant les Etats-Unis avec 8.133 tonnes. Un seul de ces fonds, le SPDR Gold Trust, en détenait 1.350 tonnes fin 2012.

Et puis, en dépit des pronostics de certains spécialistes qui voyaient le mouvement se poursuivre, la mécanique s’est enrayée.

Les injections massives de liquidités par les grandes banques centrales du monde après la crise financière de 2008 avaient laissé craindre un retour de l’inflation. Mais les théories monétaristes qui avaient eu leur heure de gloire à partir des années 70 se sont révélées erronées: plus de monnaie dans le circuit, cela ne signifie pas forcément plus d’inflation. Au contraire même, ce que redoutent actuellement certains économistes, au moins pour la zone euro, c’est la tombée dans la déflation.

Dans ces conditions, pourquoi garder un produit  censé protéger contre un risque auquel on ne croit plus? Sur les quatre premiers mois de l’année, les ETF ont vendu 350 tonnes d’or, soit près de 13% de leurs stocks.

Christophe Donnay, responsable de l’allocation d’actifs et de la recherche macroéconomique de la banque privée suisse Pictet, explique ainsi qu’après avoir introduit l’or dans les portefeuilles de ses clients en 2003, il a réduit sa place et le sort même complètement. L’absence de risque inflationniste n’est pas la seule raison: il croit que le dollar va remonter et ce mouvement n’est jamais favorable à l’or.

Si même les banquiers suisses, dont on connaît la prudence, abandonnent le métal précieux, il faut se rendre à l’évidence: une page se tourne.

Gérard Horny

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