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Prism: les renseignements américains nuisent aux affaires de Facebook et Google en Europe

Matthew Yglesias, mis à jour le 11.06.2013 à 15 h 39

Le raisonnement selon lequel donner accès à ses données personnelles aux géants du Net permet d'améliorer le service a pris un coup avec les dernières révélations.

Le siège de la National Security Agency (NSA) à Fort Meade dans le Maryland. REUTERS/NSA/Handout via Reuters

Le siège de la National Security Agency (NSA) à Fort Meade dans le Maryland. REUTERS/NSA/Handout via Reuters

Je n’en ai pas parlé dans mon dernier post, mais passer un peu de temps à Bruxelles vous fait vraiment réaliser à quel point la surveillance d’Internet par les agences de sécurité nationale américaines est préjudiciable pour les entreprises high-tech américaines.

Le problème est qu’il y a ici en Europe un vieux débat sur ce que les Européens appellent la «protection des données», un débat que les entreprises technologiques américaines voient comme de la régulation excessive. L’idée défendue par la Commission européenne est que, comme l’a exprimé un responsable du commissariat à la Justice, «les données personnelles devraient appartenir aux personnes» et que cela correspond à un «droit fondamental» à la vie privée.

Dans des termes si abstraits, tout ça a l’air bien sympathique. Mais le point de vue américain est que les régulations européennes sur ce sujet vont bien trop loin et menacent les business models d’entreprises comme Google et Facebook qui offrent des services gratuits et tirent leur bénéfice de publicités ciblées en direction de leurs utilisateurs.

Séparer entreprises et gouvernements

Peter Chase, un ancien diplomate qui représente désormais les intérêts des entreprises américaines à Bruxelles pour la chambre de commerce américaine, estime que les Européens «confondent très vite la relation entre le gouvernement et le citoyen et celle entre l’entreprise et le citoyen».

En d’autres termes, Peter Chase veut permettre une exploitation commerciale quasiment sans entrave des données des utilisateurs. Si Google veut fouiller dans votre historique de recherche ou lire vos emails dans le but d’améliorer le ciblage publicitaire, il devrait être libre de le faire.

Si vous ne voulez pas que Facebook sache ce que vous fabriquez, la solution est de ne pas utiliser Facebook. Mais si les gens pensent que Facebook offre un produit de valeur à un prix attractif (gratuit!), ils devraient savoir que l’utilisation commerciale de leurs données d’utilisateur est au centre de l’accord qui rend tout cela possible.

L'Europe a raison de se protéger

Mais le problème de Peter Chase est que la National security agency (NSA) et les autres agences de renseignement semblent piétiner la distinction sur laquelle il veut faire reposer son argumentation anti-régulation. Voici ce que pense Michael Hayden, ancien patron de la CIA et de la NSA, des données numériques:

«C’est un match à domicile pour nous. N’allons-nous pas profiter du fait que tant de choses passent par Redmond dans l’Etat de Washington (où se trouve le siège social de Microsoft)?»

Ajoutez à cette attitude les promesses du genre «les responsables affirment que les analystes n’ont pas le droit d’aspirer l’activité Internet des citoyens américains ou des résidents, même quand ils voyagent à l’étranger», et vous comprenez mieux pourquoi il y a un énorme problème pour les gens qui essayent de lutter contre les actions agressives de la Commission européenne.

Il y a une querelle importante autour de l’étendue réelle des protections dont disposent les citoyens américains, mais le gouvernement américain ne fait même pas semblant de se retenir de piocher dans les communications des étrangers. L’idée générale est que, quand il s’agit d’étrangers, si les données sont sur des serveurs américains, il serait stupide de ne pas en profiter. Au final, cela signifie que si les gouvernements européens veulent protéger leurs citoyens, ils ont vraiment besoin de mettre en place le genre de règles de protection des données strictes que les entreprises technologiques essayent de combattre.

Matthew Yglesias

Traduit par Grégoire Fleurot

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