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La Silicon Valley décline-t-elle, ou perd-elle seulement sa spécificité?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 04.03.2013 à 12 h 22

We're working on it! / SpeedNutDave via Flickr CC Licence By

We're working on it! / SpeedNutDave via Flickr CC Licence By

Point historique de rencontre entre les campus universitaires, la contre-culture californienne et l’esprit d’entreprise américain (et la Nasa), la Silicon Valley est devenue depuis les années 1970 un des principaux technopoles de l’innovation économique, un centre mondial du capitalisme high-tech en même temps qu’un mythe de l’économie dite «de la connaissance».

Apple, Hewlett-Packard, Intel et, plus tard, Google et Facebook: la Valley a fait émerger les plus grandes success stories de l’économie post-industrielle. Et puis, écrit James McQuivey sur All Things D, c’est quand même le seul lieu au monde où même les surfeurs rêvent de devenir millionnaires, comme en témoigne le succès de la GoPro.

«En réalité, les acteurs de la Silicon Valley sont en train de planter les graines de leur propre disparition», poursuit pourtant cet analyste, spécialiste de l’innovation numérique et vice-président de la société de conseil Forrester Research. Les facteurs qui ont amené la Valley à développer et faire fructifier autant d’innovations radicales dans le domaine des technologies de l’information et de la communication vont être, selon McQuivey, de moins en moins exclusivement présents sur place.

Pour le développement de l’économie de la connaissance, la concentration d’informations et de savoirs est un élément essentiel. Or, ce fut longtemps une denrée rare. La Silicon Valley, à travers de nombreuses innovations, contribue à scier la branche sur laquelle elle se tient en ayant rendu gratuites, libres et foisonnantes quantité d’informations (via Google, YouTube, etc.)

Certains de ces outils sont en effet devenus des armatures de base pour le développement de nouveaux services. Qu’on pense aux partenariats avec Amazon, aux applications mashup qui utilisent les informations et données contenues sur d’autres, ou encore au paiement par téléphone, qui facilite le commerce de proximité.

Par ailleurs, la Silicon Valley avait su attirer du capital-risque pour faire de ses petites start-ups des géants mondiaux, mais aujourd'hui, le développement d’une société innovante nécessite beaucoup moins de capital qu’il y a dix ans, selon l’auteur, qui a interrogé des vétérans du business.

En somme, c’est bien moins un déclin de la Silicon Valley que l'auteur entrevoit qu’une généralisation de son modèle à d’autres technopoles. C’est donc un déclin relatif, précise-t-il, et un rattrapage du reste du monde. Une silicon-valleyisation générale?

Ce que l'article ne dit pas, et qui en revanche ne changera pas avec la généralisation des nouvelles technologies et en particulier l’accès à Internet, c’est le rôle prédominant des métropoles innovantes dans le processus de création de valeur. Car les travailleurs intellectuels diplômés et les centres de recherche —le «capital humain»— sont de plus en plus concentrés géographiquement dans quelques centres urbains, ce qui rend quelque peu utopique la croyance en une société de l’innovation et de la connaissance hors sol, qui se contenterait des réseaux à distance pour fonctionner.

C'est même tout l'inverse. En cela, le modèle de la Silicon Valley est adaptable, mais reste indépassable. Et c’est là que, d’une certaine façon, l’idéologie californienne reste dominante. A l’image de son gourou le plus célèbre, Steve Jobs, qui valorisait énormément l'hybridation des disciplines, des idées et des hommes. Un processus qui nécessite des contacts fréquents, souvent informels, que seule la ville «créative» rend possibles.

J.-L.C.

Jean-Laurent Cassely
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Journaliste
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