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Une «équipe d'Europe» gagnerait-elle plus de médailles que les Etats-Unis?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 01.08.2012 à 19 h 03

En faisant le total des médailles des pays européens, l'«équipe d'Europe» aurait largement gagné les JO de Pékin. Mais tout n'est pas aussi simple qu'une addition.

Un drapeau de l'Union européenne à Varsovie le 15 mai 2005, REUTERS/Katarina Stoltz

Un drapeau de l'Union européenne à Varsovie le 15 mai 2005, REUTERS/Katarina Stoltz

En visite à Londres lundi 30 juillet, François Hollande a remercié David Cameron d’avoir «mis un tapis rouge pour les athlètes français pour gagner des médailles», une petit pique en référence au «tapis rouge» déroulé par le Premier ministre britannique aux exilés fiscaux français il y a quelques semaines, et qui a bien fait ricaner les journalistes présents. Il faut dire qu’avec ses trois médailles d’or, toutes glanées dans les prestigieuses épreuves de natation, la France est loin devant la Grande-Bretagne, toujours à quai en ce qui concerne les breloques dorées, en ce début de compétition.

Le Président français, apparemment en grande forme, a ensuite mis de côté la guerre de Cent ans pour assurer que c’est le «résultat de l’Europe qui va compter»:

«On mettra les médailles françaises dans l’escarcelle de l’Europe, comme ça les Britanniques seront contents d'être Européens.»

En dehors du plaisir qu’a pris François Hollande à taquiner les Britanniques sur leur propre sol, son idée de réunir tous les pays européens sous la même bannière aux Jeux olympiques n’est pas nouvelle. Et elle est à première vue séduisante pour des Européens qui doivent laisser tous les quatre ans les trois premières places des JO en nombre de médailles aux Etats-Unis, à la Chine et à la Russie et se contenter des miettes.

L'Union européenne écrase la concurrence

Si l’on additionne les médailles des 27 pays membres de l’Union européenne aux Jeux de Pékin, l’équipe «Europe» est en effet loin devant les Etats-Unis et la Chine.

Jeux olympiques de Pékin en 2008:

  1. Union européenne – 87 médailles d’or et 280 médailles au total
  2. Chine – 51 médailles d’or et 100 au total
  3. Etats-Unis – 36 médailles d’or et 110 au total

Des petits pays comme Chypre, le Luxembourg ou Malte ne rapportent généralement aucune médaille, mais l’UE est emmenée par des puissances sportives moyennes (Allemagne, Grande-Bretagne, France, et dans une moindre mesure l’Italie et l’Espagne) qui à elles seules peuvent rivaliser avec les superpuissances si elles mutualisent leurs médailles.

Arrêtons tout de suite de rêver: l’Union européenne n’est pas prête de présenter une équipe commune aux Jeux olympiques, et on peut parier que ce ne sera toujours pas le cas aux JO de 2104 à Bamako (oui les pays en voie de développement auront pris leur envol entre-temps, et si je me trompe, je ne serai plus là pour que vous me jetiez cet article à la face). Et même si les pays européens décidaient d’unir leurs forces, les choses ne seraient pas aussi simples qu’une bonne vieille addition de médailles.

Les bienfaits de l'unification sportive

Andrew Benito et Huw Pill, deux économistes de Goldman Sachs, se sont penchés sur la question dans une étude, en se demandant si une équipe réunissant les 17 pays de la zone euro (un scénario un tout petit peu moins improbable qu’une équipe de l’Union européenne) ferait une bonne équipe olympique.

Benito et Pill ont identifié plusieurs facteurs positifs d’une équipe unifiée pour le nombre de médailles total. Les athlètes seraient par exemple obligés de s’entraîner plus dur pour se qualifier aux JO à cause du plus grand nombre de candidats, tandis que les ressources seraient utilisées plus efficacement sur les athlètes de très haut niveau capables d’obtenir une médaille pour l’équipe unifiée.

L’étude oublie un autre aspect potentiellement bénéfique. Alors que les équipes du monde entier rivalisent d’inventivité et de moyens pour espionner les techniques d’entraînement et le matériel de leurs concurrents et pour surveiller les dernières évolutions dans tous les sports, une unification permettrait un partage des connaissances et des informations forcément bénéfique. Huw Pill, co-auteur de l’étude et économiste en chef européen de Goldman Sachs, nous confirme qu’il s’agit d’une piste intéressante:

«Il y aurait ici une belle analogie entre le sport et l’économie. Le commerce et l’intégration sont supposés faciliter le transfert d’idées. Sans cela, les pays peuvent faire appel à des moyens imparfaits comme la simple imitation (ou l’“espionnage”). La première solution est sans doute plus efficace que la seconde étant donné qu’il y a de nombreuses formes d’innovation, sportives ou économiques, qui ne peuvent être codifiées et imitées si facilement.»

Le cas de l'Allemagne

En reprenant notre calcul, la zone euro, pourtant privée des médailles britanniques, resterait la première à Pékin avec 55 médailles d’or et 174 médailles au total.

Mais l’unification a ses limites. Elle réduirait par exemple le nombre d’athlètes que l’équipe unifiée peut présenter dans chaque épreuve, comme l’expliquent les deux économistes dans leur étude:

«Une équipe unifiée de la zone euro aurait un nombre significatif de compétiteurs en moins que 17 pays individuels. Quand les marges de victoire sont faibles et que la chance joue donc un rôle relativement plus important dans la détermination du résultat, avoir moins de participants peut faire baisser le nombre total de médailles.»

L’histoire récente nous offre un exemple bien connu d’unification, celle de l’Allemagne en 1990. Benito et Pill ont comparé le nombre de médailles gagnées par l’Allemagne aux JO avant et après son unification. Résultat: la moyenne de médailles par compétition de l’Allemagne unifiée est de 93,4, alors que la moyenne additionnée des médailles de la RDA et de la RFA était de 127 (86,5 + 40,5).

Même en comparant cette évolution avec celle de la France (choisie comme «groupe de contrôle», une technique statistique pour prendre en compte des facteurs extérieurs comme la montée en puissance de la Chine, qui a fait perdre des médailles à l’Allemagne réunifiée mais pas qu’à elle), la performance de l’Allemagne réunifiée est moins bonne que celle des deux Allemagnes d’avant 1990 (mais notons que l'étude ne prend pas compte les nombreux cas de dopage des athlètes de l'Allemagne de l'Est).

Si ce résumé très simplifié de l’étude de Benito et Pill vous fait déjà mal à la tête, c’est au moins la preuve que savoir si une équipe unifiée de la zone euro serait meilleure que les Etats-Unis ou la Chine n’est pas une entreprise aisée. Mais une chose est sûre: une telle équipe gagnerait bien plus de médailles que la Grande-Bretagne.

Grégoire Fleurot

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Journaliste
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