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A qui profitent vraiment les Jeux olympiques de Londres?

Yann Morell y Alcover, mis à jour le 23.07.2012 à 10 h 33

David Cameron a récemment estimé que les retombées économiques des JO s'élèveraient à 13 milliards de livres sur quatre ans. Mais les études sur le sujet sont loin d'être concluantes.

Le stade olympique et le tour Orbit à Londres le 5 mars 2012, REUTERS/Toby Melville

Le stade olympique et le tour Orbit à Londres le 5 mars 2012, REUTERS/Toby Melville

Même pour ceux des Londoniens que le sport indiffère totalement, impossible d’échapper en ce moment aux derniers préparatifs pour les Jeux olympiques. Partout dans la ville les trottoirs sont sans dessus dessous et dans le métro, les messages sur les perturbations à prévoir dans les transports publics pendant les épreuves fleurissent dans les couloirs. La cité olympique sera bien prête à temps mais les conducteurs d’autobus menacent de faire grève si un bonus pour compenser le surcroit de travail à prévoir ne leur est pas accordé, tandis que certains théâtres s’alarment de la baisse des réservations pour la période des Jeux.

Bref, dans une ambiance marquée par la crise économique que traverse le pays –le produit intérieur brut (PIB) est attendu en hausse d’à peine 0,8% cette année par les économistes du Fonds monétaire international (FMI) et le taux de chômage est toujours à 8,2% au mois de mai– les Britanniques entrent dans la dernière ligne droite des préparatifs d’un évènement dont le coût a explosé au fur à mesure qu’il approchait.

Initialement évaluée à 2,4 milliards de livres, lors de l’attribution des JO en 2005,  l’enveloppe de financement public avait dû être portée à 3,4 milliards dès février 2006, puis 4,3 milliards en novembre de la même année et enfin à 9.3 milliards en mars 2007. L’austérité décrétée à partir de 2010 n’ayant amputé ce montant que de 27 millions de livres, c’est sur ce chiffre, quasiment quatre fois supérieur aux premières estimations, que se basent toujours les derniers rapports d’exécution des préparatifs.

En ajoutant à cela quelques centaines de millions liés au coût d’achat du parc olympique et de projets annexes censés servir dans le futur mais n’entrant pas dans cette enveloppe, la Chambre des communes, dans rapport publié en février, estimait la facture finale à environ 11 milliards de livres.

Malgré cela, ceux qui regrettent ouvertement ce jour de juillet 2005 où Londres a été préférée à Paris pour l’organisation des Jeux de 2012 demeurent peu nombreux. Une crise financière, quelques faillites de banques et une crise de l’euro plus tard, ce ne sont pourtant pas les raisons qui manquent. Mais une certaine résignation et les retombées économiques et sportives escomptées pour la ville et le pays tout entier – fréquentation touristique accrue, amélioration de l’image internationale de la ville, construction d’infrastructures sportives de haut niveau pour le futur – mises en avant notamment par le gouvernement semblent faire effet.

Valse des chiffres sur les retombées

Dans un discours prononcé au début du mois à l’université de Loughborough dans le Leicestershire consacré à l’impact des jeux olympiques, le Premier ministre David Cameron a d’ailleurs démontré sa maîtrise de l’art du «business plan», anticipant que l’économie britannique allait bénéficier de 13 milliards de livres de retombées positives au cours des quatre prochaines années, un montant opportunément un peu supérieur aux dépenses publiques engagées.

Et encore s’est-il considéré comme prudent évoquant un rapport conjoint de Lloyds Bank et du cabinet de conseil Oxford Economics qui évaluaient, eux, a carrément 16,5 milliards de livres la contribution des jeux à l’économie du pays. A ceci près que les chiffres de Lloyds et d’Oxford Economics se référaient à l’ensemble de la période 2005-2012.

Dans un premier temps, en tous cas, ce n’est certainement pas le contribuable britannique qui risque de ressortir gagnant des Jeux. Mais qui dans ce cas? L’économie du pays dans son ensemble? Pas si simple.

Un rapport de 2005, commandé par le ministère britannique de la Culture, des medias et des sports au professeur Adam Blake, à l’époque à l’université de Nottingham, avait, lui, dans un premier temps, estimé à un peu moins de 2 milliards de livres l’accroissement cumulé de PIB sur la période s’étalant de 2005 à 2016 – dont un peu plus de la moitié pour la seule année 2012 – et à environ 39.000 le nombre d’emplois concernés. Certes c’était bien avant l’explosion du montant des dépenses programmées.

Problèmes de méthodologie

Mais surtout, Adam Blake avait dans son analyse mis le doigt sur un problème fondamental: le fait que les nombreuses études sur l’impact économique des Jeux olympiques menées pour les éditions précédentes (et celle-ci a fortiori) arrivaient souvent à des conclusions peu comparables entre elles, en fonction de la méthodologie et des hypothèses retenues.

Ces études, rarement indépendantes, ont de plus tendance à surévaluer les impacts positifs, en adoptant par exemple une approche assez large des effets directs et indirects, et à sous-évaluer les aspects négatifs, en adoptant une approche plus étroite sur ce point. Parmi ces conséquences négatives souvent minorées on retrouve les effets d’éviction, les Jeux accaparant des ressources qui dans d’autres circonstances auraient, par exemple, servi un tourisme culturel ou bien permis la construction d’infrastructures plus urgentes pour la ville organisatrice.

De là à penser que les Jeux olympiques ne sont au final qu’un jeu à somme nulle pour l’économie, il n’y a plus qu’un pas même s’il n’est pas forcement simple à franchir. En tous cas, Adam Blake dans son rapport évoquait les calculs réalisés en 2000 par l’économiste américain John Irons. Ce dernier avait constaté, pour les pays organisateurs des olympiades entre 1952 et 2000, une croissance annuelle du PIB jusqu’à 1,5% supérieure à la moyenne de long terme (12 ans) durant les quatre années qui précèdent chacune des olympiades mais une baisse de régime au cours des huit années suivantes.

Plus récemment, l’agence notation Moody’s dans une note publiée au mois de mai avait quant à elle considéré que «les Jeux olympiques avaient peu de chances de fournir un véritable coup de fouet à l’économie du Royaume-Uni et que l’impact des projets d’infrastructure sur le PIB s’était déjà fait ressentir». Moody’s ajoutait s’attendre tout de même à un impact globalement positif pour le secteur du tourisme mais loin de ce que les chiffres bruts des prévisions de fréquentation pouvaient laisser supposer.

Poule olympique ou œuf économique?

Plus optimiste, mais en apparence seulement, une étude réalisée par Andrew Rose et Mark Spiegel de l’université de Californie et de la Federal Reserve Bank de San Francisco, constatait en 2010 une hausse quasi systématique des exportations, de l’ordre de 20% pour les pays organisateurs. Le problème est que la même augmentation des échanges internationaux était aussi constatée pour les candidats malheureux  l’organisation des Jeux.

Les auteurs de l’étude avançaient une explication à ce phénomène: le fait qu’un grand nombre de candidatures à l’organisation des Jeux se faisaient dans le cadre d’un processus plus global de modernisation et d’ouverture économique des pays concernés. C’est ainsi, par exemple, que la candidature malheureuse de l’Afrique du Sud aux Jeux olympiques de 2004 – Athènes avait finalement remporté la compétition - était venue accompagner une phase de libéralisation des échanges initiée au milieu des années 1990.

L’organisation des Jeux olympiques serait donc, la plupart du temps, plus l’un des aboutissements d’une démarche d’ouverture économique et politique qu’un véritable catalyseur de l’activité. Les exemples ne manquent pas. Pékin n’a-t-elle pas remporté l’organisation des Jeux de 2008 au moment où la Chine concluait les négociations de son entrée dans l’Organisation mondiale du commerce?

Quant aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964, ils ont aussi coïncidé avec l’entrée du Japon dans l’OCDE et avec son adhésion au FMI. Pour Barcelone, l’organisation des Jeux de 1992 a été remportée en 1986, l’année où l’Espagne faisait son entrée dans la Communauté économique européenne, moins de dix ans après le retour de la démocratie. La candidature de Londres, enfin, venait accompagner une décennie de vaches grasses économiques, dopée par une industrie de la finance en plein boom, que la débâcle de 2007 et 2008 devait cependant bientôt venir briser.

Le grand gagnant est...

Reste que si au niveau macroéconomique, l’impact positif semble bien difficile à démontrer, il est des secteurs qui devraient mieux que d’autres tirer leur épingle du jeu, à condition de bien s’y prendre. Un récent article du Guardian évoquait les promotions de dernière minute de certains hôtels du centre-ville qui pour s’être montrés trop gourmands sur leurs tarifs faisaient face à des baisses significatives de leur taux de réservation à seulement quelques jours de la cérémonie d’ouverture.  

L’hôtellerie et surtout la construction sont régulièrement citées comme les principales bénéficiaires du regain d’activité économique engendré par les olympiades. Dans son étude de 2005, Adam Blake les mettait d’ailleurs en tête des secteurs favorisés, aux côtés des infrastructures sportives et des services aux entreprises.

David Cameron, lui, dans son discours à Loughborough, a insisté sur le fait que ces Jeux avaient aussi été l’occasion d’entreprendre une rénovation des quartiers est de Londres et de doter la ville d’un meilleur système de transports, ajoutant que les entreprises britanniques avaient ainsi bénéficié de contrats de construction pour plus de 6.5 milliards de livres. Peut-être est-ce dans ces quartiers, qui en avaient bien besoin, qu’il faut finalement chercher les grands gagnants de ces Jeux.

Yann Morell Y Alcover

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