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L'Euro sera-t-il bon pour les économies polonaise et ukrainienne?

Olivier Monod, mis à jour le 06.06.2012 à 15 h 17

Alors que la France commence la construction des stades de l’Euro 2016 en pleine crise financière, la question de la rentabilité économique se pose. Une question complexe et trop souvent traitée de manière partisane.

Au stade national de Pologne le 12 septembre 2011, REUTERS/Kacper Pempel

Au stade national de Pologne le 12 septembre 2011, REUTERS/Kacper Pempel

Organiser une compétition sportive est-il bon pour le pays hôte, en particulier pour la Pologne et l’Ukraine? Honnêtement on n’en sait rien. Pour être exact, personne n’en sait rien à ce jour. On entend bien à droite à gauche que la Pologne va gagner 2 points de PIB grâce à l’Euro mais cette information est à prendre avec des pincettes selon Frédéric Bolotny, économiste du sport:

«Il existe beaucoup de controverses sur ces calculs. La première porte sur la méthodologie. Il est très compliqué de prendre en compte tous les investissements liés à la compétition. On a vu des rapports sur la Grèce ne comptant pas la construction de l’aéroport dans les coûts! Ces analyses réalisées avant la compétition ont en général une portée politique. Les rapporteurs ont tendance à surévaluer les gains potentiels...»

On l’aura compris, pour s’assurer de la justesse d’une analyse sur l’impact économique de l’organisation d’un évènement sportif dans un pays, il faut attendre une étude indépendante réalisée après la compétition. Ladite enquête devra porter sur plusieurs points bien précis.

«Il faut faire la somme des injections dues à la compétition et retrancher les fuites», explique l’économiste.

Eléphants blancs

Certains critères sont plutôt simples. Il est assez facile d’obtenir de manière assez précise le nombre de visiteurs étrangers débarqués pendant une période donnée et de calculer le panier moyen de chaque touriste. La Suisse estime ainsi que l’Euro 2008, qu’elle a co-organisé avec l’Autriche, lui a apporté environ un million de touristes qui ont dépensé un total de 165 millions d’euros, dont 60% sur le logement, 19% sur la nourriture et les boissons, 11% en shopping et 9% en transport.

D’autres critères sont plus subtils. «Il faut prendre en compte l’utilité sociale des investissements effectués» souligne Frédéric Bolotny. En effet, un tel évènement, à l’instar d’un plan Marshall, redonne de l’activité dans le secteur du bâtiment, du transport, de la construction d’infrastructures. Pour peu que le tout soit un minimum réfléchi, les nouvelles routes, nouveaux aéroports et autres sont pensés pour rendre service une fois la compétition terminée.

Les principaux couacs potentiels sont plutôt à chercher du côté des infrastructures sportives, les fameux éléphants blancs. Pour l’euro 2004 au Portugal, le pays a construit de grands stades pour la compétition que les clubs n’ont jamais su remplir depuis. La question à se poser est donc la suivante. Les infrastructures construites pour la compétition seront-elles réutilisées par la suite? Une interrogation à laquelle seul le temps peut répondre.

Si la réponse est oui, l’investissement public, même s’il est plus important que prévu au départ, comme en Ukraine, n’est pas perdu. Dans le cas contraire, le pays se retrouve avec une dette creusée et des installations qu’il essaie de rentabiliser à tous prix. Un peu comme la Grèce depuis les JO de 2004...

Ukraine, une image en berne

«Je ne suis pas sûr qu’il faille vouloir tout justifier par l’économie», estime Frédéric Bolotny. En effet, en termes de fierté nationale ou d’apaisement du climat social, les grandes compétitions peuvent jouer un rôle très positif sur un pays. Souvenez-vous de la France black-blanc-beur de 1998. Qu’aurait donné un débat sur l’identité nationale à l’époque?

Au delà de l’humeur interne du pays, les évènements internationaux permettent d’améliorer l’image externe du pays. Une communication bien gérée pendant l’évènement alliée à un accueil de qualité des touristes permet de s’assurer un bon flux de visteurs avant, pendant et surtout après la compétition.

Sur ce plan, l’Ukraine semble mal partie. Rappelée à l’ordre par Platini sur les prix exhorbitants de ses chambres d'hôtel, elle doit également faire face à une sévère critique politique autour du sort réservé à l'opposante Ioulia Timochenko, en plus de celle liée aux problèmes de racisme au cours des matchs de son championnat national. Si le boycott politique qui se dessine se confirme, l’Ukraine aura perdu une partie des retombées potentielles de l’euro...

Olivier Monod

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