Société

Procès de Dominique Brunel: «Dès qu'il avait les moyens, il achetait une voiture de luxe»

Temps de lecture : 5 min

[Épisode 1] Fin octobre 2015. Jean-Marc Brunel n'a pas répondu au téléphone de la semaine. Ses parents s'alarment: ça ne lui ressemble pas.

Michel et Irène Brunel au procès de leur fils Dominique. | Élise Costa
Michel et Irène Brunel au procès de leur fils Dominique. | Élise Costa

Cet article est le premier épisode de notre récit de l'affaire du meurtre de Jean-Marc Brunel.

Retrouvez l'intégralité de la série:

> Épisode 1 - Qui est à l'appareil?

> Épisode 2 - Le puits

> Épisode 3 - FBI et housses mortuaires

> Épisode 4 - L'œil de Caïn

Une intuition funeste peut survenir n'importe quand. Mais lorsqu'elle surgit à quelques jours de la Toussaint, elle s'avère d'une troublante cohérence, presque indécente.

Le 27 octobre 2015, à 17h45, la gendarmerie de Châteauneuf-du-Pape reçoit un appel commençant par l'indicatif 0034. L'Espagne. À l'appareil, un homme de 87 ans décline son identité. Michel Brunel explique que son fils cadet âgé de 57 ans n'a pas répondu au téléphone depuis une semaine, que ce n'est pas dans l'habitude de Jean-Marc de se séparer de son portable, que la mère de Jean-Marc et lui-même sont loin de Châteauneuf-du-Pape et même du Vaucluse, puisqu'ils vivent sur la Costa Blanca, à Alicante, depuis leur retraite, et que tout cela le préoccupe beaucoup. Mais ce qui l'inquiète le plus, c'est que la ligne de Jean-Marc ne sonne pas dans le vide. Une personne décroche: son fils aîné, Dominique.

Une petite maison de 130 mètres carrés

Dominique Brunel réside au Panama depuis plusieurs années. L'Amérique du Sud l'a toujours attiré –ça et les belles automobiles. Jean-Marc aimait plutôt les motos, lui c'était les autos. «Dès qu'il avait les moyens, il achetait une voiture de luxe», se rappelle son fils Étienne*. Parce que la vie est trop courte et les désirs d'ailleurs souvent trop grands, Dominique décide de quitter la France pour le Venezuela aux débuts des années 1990. Étienne, sa petite sœur Olivia* et leur mère Valérie* le suivent.

Là-bas, il «rencontre des gens». Son épouse ne pose aucune question, ce qu'il y fait semble important. Il développe sa société de sécurité où il met au point «des systèmes d'écoute téléphonique» pour la police déléguée aux ambassades. Sa mère, Irène Brunel, racontera plus tard: «J'ai pris l'avion, je suis allée voir. Il ne faisait rien.» Quoi qu'il en soit, le Venezuela «a commencé très vite à devenir très dangereux», expose Valérie. Après deux tentatives de coups d'État en l'espace de huit mois, Hugo Chávez accède au pouvoir et les tensions socio-économiques ne font que s'accroître. Dominique et sa femme rentrent avec les enfants. «Une fois en France, il n'était plus possible de retourner là-bas, assure Valérie. J'avais retrouvé mes amis, ma famille...» Mais Dominique n'a qu'une envie, c'est de repartir.

«Mais qu'est-ce qu'il vient faire là? Il n'a rien à faire!»

Irène Brunel, la mère de Dominique et Jean-Marc

Seul, il se rend au Panama en 1996 «pour raisons professionnelles». Il s'y installe définitivement en 1998, monte une société d'export de cœurs de palmier qui se solde par un échec, officialise son divorce en 2004, monte une boîte de coaching, puis une autre d'huiles essentielles. Mais aucune ne connaît le succès escompté. «Je suis allée le voir deux fois au Panama, se souvient Irène Brunel. Il avait une petite maison, je lui ai acheté des meubles pour l'aider.» «Une villa de 130 mètres carrés, avec un jardin, tout va bien», précise Étienne. Dominique Brunel y rencontre une femme, qu'il épouse en 2017.

Tous les ans, il rentre en France «pour voir ses enfants et s'occuper des affaires». À chaque fois, son frère Jean-Marc l'accueille une semaine ou quinze jours dans sa maison de Châteauneuf-du-Pape. Le 27 octobre 2015, cela fait un mois que Dominique vit chez lui. Jean-Marc lui a donné de l'argent pour le billet d'avion. En apprenant le retour de son fils aîné, Irène Brunel avait piqué une colère: «Mais qu'est-ce qu'il vient faire là? Il n'a rien à faire!»

Les rideaux du salon ont rétréci

À l'autre bout du fil, les gendarmes tentent de rassurer Michel Brunel. Son fils Dominique était justement chez eux cet après-midi pour leur faire part de la vive inquiétude de ses parents, car Jean-Marc devait rentrer d'Ukraine le dimanche et nous étions déjà mardi. Dominique ne semblait pas affolé: il l'avait accompagné à l'aéroport, ne se souvenait plus duquel, ni à quelle date précisément, mais savait que son frère Jean-Marc discutait avec des femmes ukrainiennes sur des sites de rencontres. Dieu sait comment les choses peuvent tourner là-bas, si l'amour ou la mafia s'en mêle. Si cela pouvait apaiser Michel Brunel, les gendarmes iraient jeter un œil le soir même pendant leur patrouille.

«Ce qui marque les gendarmes, c'est que l'ensemble des portes est fermé, sauf celle du bureau, au fond du couloir»

L'enquêtrice Sandrine Serquera

Au milieu de l'automne, la nuit tombe vite dans le sud-est de la France. Le véhicule de la gendarmerie de Châteauneuf-du-Pape monte la petite allée menant au portail de la maison de Jean-Marc Brunel. Une Golf grise immatriculée dans le Vaucluse est stationnée devant la demeure. Il est 18h30, les lumières sont allumées. Ils sonnent. Dominique Brunel leur ouvre. Les gendarmes consignent dans leur rapport: «Ce dernier est vêtu d'un pantalon kaki et d'un t-shirt blanc. Il porte des chaussures type Timberland de couleur beige.»

Les brigadiers expliquent à Dominique Brunel vouloir recueillir quelques informations supplémentaires sur le voyage de son frère en Ukraine. L'homme leur propose d'entrer. «Ce qui marque les gendarmes, c'est que l'ensemble des portes est fermé, sauf celle du bureau, au fond du couloir», indiquera l'enquêtrice Sandrine Serquera.

Sur le bureau, un ordinateur, un fax et quelques papiers. Dominique Brunel imprime le devis récapitulatif du vol Paris-Odessa de Jean-Marc. En prenant la feuille, les gendarmes aperçoivent l'iPhone 5 posé sur le bureau. «C'est votre téléphone?» le questionnent-ils.

Dominique leur répond par la négative. C'est celui de son frère Jean-Marc, qu'il lui a confié pour gérer les mails de sa boîte, une entreprise familiale et florissante de négoce en fromages, et les transférer à son associé si besoin pendant son absence.

Alors Dominique Brunel demande aux gendarmes par quels moyens ils comptent retrouver son frère, et quelles démarches administratives il doit entreprendre pour signaler sa disparition.

En partant, les gendarmes notent le numéro de la plaque d'immatriculation de la Golf grise garée sur la propriété, puis rentrent à la brigade de Châteauneuf-du-Pape. Michel Brunel les rappelle. Fadila, la femme de ménage de Jean-Marc, vient de le contacter. Elle a travaillé pour Irène et Michel Brunel pendant huit ans, et quand ils sont partis couler d'heureux jours en Espagne, elle est passée au service de leur fils Jean-Marc. Tous les mardis, de 13 à 17h. Elle ne se serait jamais permise de contacter les parents de son employeur si elle ne les connaissait pas et n'avait pas gardé de bons contacts avec eux. Mais il faut qu'elle leur dise: il se passe des choses étranges chez Jean-Marc.

Des objets disparaissent de la maison sans raison. Un tapis, une commode et un miroir ancien orné de dorures semblent s'être envolés. Et puis les rideaux du salon ont rétréci.

Les gendarmes reprennent aussitôt la route pour se rendre chez Jean-Marc Brunel.

* Le prénom a été changé.

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