Culture

Johnny m’a énervé, gonflé, ulcéré, exaspéré, mais j’ai trouvé du bon en lui

Temps de lecture : 16 min

J’ai cette petite boule au ventre, celle de la séparation imminente, celle d’un au revoir sans savoir s’il y aura d’autres soirs.

Johnny Hallyday aux 31e Victoires de la Musique, au Zénith de Paris, le 12 février 2016. | Bertrand Guay / AFP
Johnny Hallyday aux 31e Victoires de la Musique, au Zénith de Paris, le 12 février 2016. | Bertrand Guay / AFP

Précédemment dans «Sang pour Sang Johnny»: à l’entame des années 1980, notre héros s’accroche à Johnny comme une sangsue et survit aux multiples obstacles disséminés sur son parcours: solos d’accordéon, chansons en allemand, Michel Berger… Au loin, il entraperçoit la fin de carrière de Johnny. Mais pourra-t-il seulement y arriver?

Jour 20

«Ah non! Pas “L’Envie”!»

Et si, «L’Envie». Une chanson que je ne déteste pas particulièrement, au contraire de ma fantastique épouse qui râle au fin fond du salon.

«L’envie d’avoir envie gna gna gna n’importe quoi!»

Son courroux est légitime: «L’Envie» ouvre Gang, album intégralement écrit par Jean-Jacques Goldman. Rien qu’à l’évocation de ce nom, je devrais être en train de me rouler par terre en hurlant. Pourtant, je suis particulièrement attentif. Gang est le premier album de Johnny qui ravive mes souvenirs d’enfance. En 1986, j’ai 7 ans et je découvre une chanson dans laquelle un type beugle une quarantaine de fois «Je t’attends». Tube immédiat dans la cour de récré. Et voilà que trente-et-un ans plus tard, je réalise ce qu’aucun de mes copains et moi n’avions eu le courage de faire à l’époque: compter précisément le nombre de «Je t’attends» dans la chanson.

Ça nous fera donc cinquante «Je t’attends», plus quinze «Tout le temps», tout ça en 3 minutes 59 secondes. Je peux mourir tranquille et en attendant, briller en société.

– Miminette, tu sais combien de fois Johnny répète «Je t’attends» dans «Je t’attends»?
– M’en fiche! C’est bientôt fini cet album de Goldman?
– Attends, c’est «Je te promets» maintenant.
– Ah non hein!

«Je te promets», certainement ce que Johnny a fait de mieux en termes de performance vocale. Ça commence par 2 minutes 40 secondes de chant non-stop, une montée en puissance vocale parfaitement maîtrisée avant de casser au sommet tout en élégance, et de partir sur la pointe des pieds sans un bruit. Classe, retenue, talent: trois mots que je n’aurais jamais pensé utiliser un jour pour parler de Johnny Hallyday (et encore moins les trois en même temps).

Et puis vient «Laura». Que celui ou celle qui n’a pas dans son entourage une Laura née au milieu des années 1980 me jette la première bière. Mais connaissez-vous «Lara»?

En 1997, le chanteur belge Bart Herman propose sur son album De Slag Van Mijn Hart une reprise inattendue de «Laura» en néerlandais. Attention, c’est sale.

Pour une fois qu’un chanteur étranger reprend du Johnny, ce devait être souligné.

Johnny Stats – Jour 20

Nombre d’albums écoutés: 1
Durée d’écoute: 42 minutes
Taux de Goldmanisation: je suis immunisé, donc 0%

Jour 21

Après l’épisode Goldman, l’album Cadillac me semble un peu fade. Johnny y cause essentiellement de moto et de belles mécaniques. Pour ceux dont la vie des bikers est aussi mystérieuse que la mort de JFK (j’en suis), Johnny nous explique dans le bien nommé «Possible en moto» les foules de choses que l’on peut faire avec sa grosse cylindrée. En gros: rouler à fond de balle dans le désert avec une nana à l’arrière. Sans casque, évidemment.

Ah la moto… Une des marottes de Johnny, à laquelle il fait, ou plutôt ses auteurs font souvent référence. Quand on écrit des chansons pour l’idole, les thèmes sont assez limités… J’en compte trois: les filles, la solitude et la rébellion. Trois grands thèmes déclinés en plusieurs sous-thèmes, qui eux-mêmes peuvent se recouper et devenir interdépendants. Je tente de réunir tout ça sur un schéma…

Imaginez que Johnny vous demande de lui écrire une chanson. La procédure est simple: vous choisissez un des trois grand thèmes de base: filles, solitude, ou rébellion. À partir de là, vous le déclinez pour étoffer votre texte. Par exemple, vous décidez d’écrire une chanson sur une fille avec laquelle ça se passe mal.

Johnny pourrait la plaquer, mais vous préférez qu’il soit plaqué, lui laissant ainsi le cœur brisé. À ce stade, nouveau choix: soit Johnny se bat et entame une reconquête (qui en général lui brisera à nouveau le cœur), soit il verse dans une mélancolie qui le précipite à nouveau dans la solitude. Félicitations, vous venez d’écrire «Né pour vivre sans amour», et d’empocher au passage un joli p’tit chèque.

Johnny Stats – Jour 21

Nombre d’albums écoutés: 1
Durée d’écoute: 40 minutes 7 secondes
Taux d’exaspération: 1.863 cm3, soit la cynlindrée d’une Harley haut-de-gamme

Jour 22

Si je préfère le vinyle au CD, ce n’est pas par snobisme ou pour une question de qualité de son. Un vinyle contient en moyenne 40 à 45 minutes de musique, c’est sa capacité. Cela donne des albums courts et serrés. Avec l’arrivée du CD, la durée d’écoute augmente, et les artistes bourrent leurs disques de chansons bien inutiles. Johnny l’a compris et Ça ne change pas un homme, son premier album des années 1990, dure un peu plus d’une heure. C’est long, et ça laisse largement le temps à Patrick Bruel, en pleine gloire post «Casser la voix», de placer tranquillou deux chansons, dont une espèce de resucée de «Casser la voix», justement.

Mais la vraie star du disque, ce n’est pas Patriiiiiiick. C’est Bon Jovi, qui fait don de deux chansons. Je serais bien en peine de dire du mal de Jon Bon Jovi. D’abord, ce serait trop facile, et puis il vient du New Jersey, patrie de Bruce Springsteen et Tony Soprano. Donc respect.

Petit détail intéressant: c’est Philippe Labro qui signe l’adaptation en français. Nous voici donc en présence d’un des alliages les plus étranges de l’histoire du rock: Johnny Hallyday chante une chanson de Bon Jovi adaptée en français par Philippe Labro. Si vous cherchez un moment précis auquel le rock a commencé à partir en sucette, celui-là est dans la liste des nommés.

Après la petite sauterie organisée au Parc des Princes pour ses 50 ans, Johnny rêve d’authenticité. En 1994, il enregistre donc un nouvel album tout en Anglais: Rough Town.

C’est bien gentil de faire des albums «authentiques», avec des vrais bouts de blues dedans, mais subsiste toujours ce léger problème: l’accent français de Johnny. C’est assez incroyable que personne dans son équipe ne lui ait jamais expliqué qu’il chantait comme une quiche en anglais. Je ne vois que deux solutions:

– Soit personne n’a jamais osé lui dire qu’il avait un accent pourri;
– Soit personne ne parle anglais dans son équipe.

La première solution me semble quand même plus probable.

«Aïe néveure choude ave lette you teuch mi ouize yaure fingeure»

C’est à ce moment précis que Johnny est mort. Pas le chanteur évidemment, mais Johnny, mon cheval dans «Red Dead Redemption 2». Johnny a pris une balle perdue lors d’une bagarre contre des coyotes. Quoique je me demande dans une certaine mesure si ce n’est pas Johnny qui a tué Johnny. J’aurais été plus concentré si l’accent français de Johnny (le chanteur) ne m’avait pas perturbé au point de mettre en danger la vie de Johnny (le cheval).

Quoi qu’il en soit, Johnny est mort, et je ne suis pas certain d’appeler son successeur Jean-Philippe. J’hésite avec Jean-Claude, en hommage à Jean-Claude Camus.

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Johnny et moi au temps du bonheur (capture d’écran du jeu «Red Dead Redemption 2»)

Puisque mon cheval est dead, je pars écouter la suite dans ma chambre, qui m’a souvent servi de refuge depuis le début du marathon. Au fil des disques, j’ai remarqué l’apparition d’une fissure au plafond… Elle a beaucoup grandi lors de l’écoute des années 1960, puis s’est stabilisée dans les années 1970 avant de repartir de plus belle dans les années 1980. Depuis ce matin, nouvelle évolution:

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Il a fallu installer des étais pour éviter que le plafond ne tombe par terre. Et si j’étais victime d’une malédiction? Écouter Johnny me porterait-il la poisse? Depuis que j’ai commencé à écouter Johnny, il m’est quand même arrivé de drôles de trucs…

  1. Mon plafond menace de s’écrouler.
  2. Il y a un dégât des eaux chez mon voisin du dessous.
  3. Je me suis coincé un doigt dans un placard en écoutant «J’en parlerai au diable».
  4. J’ai raté une marche de mon escalier en écoutant «Les coups».
  5. Je suis malade depuis deux semaines bien qu’en temps normal, je sois plutôt robuste.

Alors quand Johnny chante «Est-ce que tu me veux encore?» sur l’album Lorada, j’avoue réfléchir sérieusement à la question.

Johnny Stats – Jour 22

Nombre d’albums écoutés: 3
Durée d’écoute: 3 heures
Taux de malédiction: au-dessus de la moyenne

Jour 23

«Aujourd’hui pas de Johnny, on écoute autre chose!»

Ma fantastique épouse en a ras-le-bol. C’est vrai que les années 1990 de Johnny, sans être détestables, ne sont pas non plus très excitantes. Allez, c’est d’accord, je fais une journée sans Johnny! Et me voilà parti en ville avec femme et enfant, c’est sympa.

Il ne faut pas plus de cinq minutes avant que ne commence à trotter dans ma tête «Quelque chose de Tennesseeeee». Zut. Allez, je pense à autre chose, c’est la journée sans Johnny. Trois minutes puis «Je te promets» prend le relais. C’est fichu.

Alors que je finis la balade familiale avec «Que je t’aime» qui suinte dans mon cerveau, je commence à penser à l’après. Que vais-je faire quand j’aurai fini d’écouter TOUT Johnny? La réponse semble évidente: je vais arrêter d’écouter Johnny… Pas si simple.

Arrêter d’écouter Johnny ne me séparera pas complètement de lui. À moins d’une diète numérique particulièrement sévère, je ne peux pas échapper aux algorithmes qui presque chaque jour m’envoient des mails en tous genres. D’abord le classique mail commercial.

Puis les mails de fake news craspouilles.

Beaucoup plus pervers: même mes SMS sont contaminés.

Je veux écrire l’onomatopée «Mmmh»? Le correcteur automatique la transforme en «Memphis»…

Je réussis à me tenir jusqu’au soir, puis vers 23 heures, je craque. Tant pis pour la journée sans Johnny, ma fantastique épouse est partie dormir, elle n’en saura rien. Je passe le plus discrètement possible «Destination Vegas», l’unique concert de Johnny dans la ville du péché... Comme il ne comptait pas trop sur le public américain pour remplir la salle, ce sont les Français qui se sont déplacés… Au lieu de se faire plumer par la roulette du Caesar’s Palace, ils se sont fait dépouiller par Johnny.

Se déplacer à Vegas et payer une fortune pour écouter un imitateur d’Elvis, ça s’appelle une arnaque.

Johnny Stats – Jour 23

Nombre d’albums écoutés: 1
Durée d’écoute: 49 minutes
Taux de dépendance à Johnny: élevé

Jour 24

J’ai passé la nuit à vomir, rattrapé par une gastro qui ne me laisse aux premières heures du matin aucune autre force que celle d’attraper péniblement mon iPad. J’insiste un peu sur ma toux, histoire de prouver à ma fantastique épouse que je souffre énormément.

«Si c’est une gastro, ça ne fait pas tousser. Je suis sûre que lorsqu’il était malade, Johnny ne s’inventait pas des symptômes pour faire son intéressant, lui.»

Pffffff. Qu’est-ce qu’elle en sait d’abord? Ma tablette dans les mains, je télécharge mon Parisien Dimanche. Murielle Bolle fait la une, c’est cool, je suis toujours dispo pour un update sur l’affaire Grégory. C’est en toute fin d’interview que Murielle balance LA révélation:

«Quand j’ai le blues, j’écoute du Johnny, et je chante à tue-tête. C’est mon idole depuis que j’ai 10 ans, j’ai tous ses vinyles. Il fait partie de ma vie.»

Ça change tout! Si Murielle Bolle est fan de Johnny, elle ne peut pas être foncièrement mauvaise. Quelle pourrait être sa chanson préférée… «Le pénitencier»? «J’ai oublié de vivre»? «Noir c’est noir»? «Ça n’finira jamais»? Encore des secrets, toujours des mystères…

En attendant, je suis malade, et je m’ennuie.

«Bah écoute un p’tit Johnny, ça va peut-être te guérir!»

Oh que je n’aime pas ce ton méprisant… Mais après tout, ma fantastique épouse a sans doute raison… Une cure de Johnny devrait me retaper. Le remède se nomme «Ce que je sais». C’est très embêtant, c’est l’album écrit par Pascal Obispo. Du coup, j’engage mon pronostic vital.

Comme prévu, c’est ignoble. Des orchestres à cordes surchargés, des guitares affligeantes de caricature, et pire que tout: Obispo qui s’amuse à faire chanter Johnny le plus aigu possible, le summum étant bien sûr atteint avec «Allumer le feu» et son ultrasonique «Il suffiraaaaaaaaaaaa».

Je me demande ce que Murielle Bolle pense de cet album… Se dandine-t-elle sur «Allumer le feu»? Pleure-t-elle sur «C’est en France»? Rêve-t-elle de «L’Eldorado»?

«Chercheur d'amour ou hors-la-loi
On veut trouver l'Eldorado
Ce coin de cœur auquel on croit
Où l'on pourrait vivre en héros»

Quelle part de vérité Murielle trouve-t-elle dans «Ce que je sais»?

«Ce que je sais, c’est que je suis là.
Ce que j’en sais c’est que j’en suis là

[…]
Ce que j'étais, c'était avant toi

Je sais où j'étais, j'y étais sans toi»

«Jamais non personne n'a su pour moi ce que je sais, ce que je sens»

«Il fait partie de ma vie», dit Murielle Bolle dans Le Parisien Dimanche. Johnny chantait aussi pour elle.

Et l’album suivant, Sang pour sang? La seule chose que je me suis dite en l’écoutant, c’est: «Tiens, ça fait presque vingt ans que c’est sorti». Demandez à Murielle Bolle ce qu’elle en pense, elle a sûrement un avis plus complet que le mien.

Johnny Stats – Jour 24

Nombre d’albums écoutés: 2
Durée d’écoute: 2h02
Fièvre: 39,5

Jours 25, 26 et 27

Les jours passent, les disques aussi et j’ai de moins en moins de choses à raconter.

J’approche de la fin… Je devrais en profiter un peu, savourer les derniers kilomètres qui me séparent de la ligne d’arrivée, mais les années 2000 de Johnny m’en empêchent… Une succession de disques sans saveur, sans chansons, et même presque sans Johnny. Malgré tout, l’angoisse de séparation commence à monter… Plus que six, cinq, quatre albums…

Que retenir du Johnny du XXIe siècle? Musicalement, il n’a pas l’air très concerné par ce qu’il fait. Il bouffe à tous les râteliers, avec des chansons signées De Palmas, Stephan Eicher, Marc Lavoine, Catherine Lara ou Axel Bauer, qu’il met toutes sur un même disque. Forcément, ça me donne des aigreurs d’estomac. La palme revient à «Pense à moi», composé par un certain Rick Allison, plus connu pour avoir fait chant… hurler Lara Fabian à de trop nombreuses reprises.

À cet instant précis, j’ai envie de fuir loin, très loin, peu importe la méthode.

Dans les années 2000, Johnny conserve son goût prononcé pour les pochettes moches. Celle de Ma Vérité fait une très belle entrée en haut de classement.

Encore un peu plus près et son nez trouait le livret du CD. C’est aussi sur Ma vérité qu’a lieu la rencontre au sommet entre Johnny et le Ministère A.M.E.R.. Johnny veut sans doute faire jeune, il a surtout l’air con, tout particulièrement quand Doc Gynéco balance son «Ministère, Johnny / Aussi burnés qu'un keuf sous Sarkozy».

Franchement, je me sens très bien, ne vous inquiétez pas pour moi.

À cet instant, je commence sérieusement à douter de ma capacité à aller au bout du marathon. Et le pire est à venir: quoi de mieux pour m’achever qu’une reprise d’«Imagine» en duo avec Læticia? Un single au profit de l’Unicef, très bien, mais les enfants ne souffrent-ils déjà pas assez?

Franchement, je ne me suis jamais senti aussi bien. Aucune angoisse, aucune crainte, tout est super.

Je respire un peu avec Le Cœur d’un homme, sorte de retour aux racines blues. Un peu de simplicité, pas de rappeurs ou de Læticia à l’horizon pour s’emparer d’un micro: ça détend.

Accalmie de courte durée, puisque dès l’album suivant Jamais seul, Johnny comble un vrai manque dans sa carrière: il n’avait jamais mis dans une chanson des hurlements de loups. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Je vous assure: j’ai adoré écouter les années 2000 de Johnny.

Johnny Stats – Jours 25, 26 et 27

Nombre d’albums écoutés: 5
Durée d’écoute: 4h45
Taux d’exaspération: 9.659%


Jour 28

C’est le dernier jour. Plus que trois albums à écouter… Je me sens triste et vide. Après, il n’y aura plus de Johnny à découvrir, plus de Johnny à aimer, plus de Johnny à détester. Mes rendez-vous matinaux avec lui vont me manquer, mes trajets en bus avec Johnny, mes cafés avec Johnny, mes soirées avec Johnny, mes clopes avec Johnny, mes digestifs avec Johnny.

Et si j’étais victime d’un syndrome de Stockholm musical? Ce soir, je serai libre, mais j’ai envie de rester avec lui. Plus que trois albums à écouter… J’ai cette petite boule au ventre, celle de la séparation imminente, celle d’un au revoir sans savoir s’il y aura d’autres soirs. Quand démarre L’Attente, un frisson me parcourt.

La boule dans l’estomac se transforme en nœud dans la gorge. Je n’ai passé que vingt-huit jours avec Johnny, mais cela me suffit pour m’être accroché à lui. Mon meilleur ami choisit ce moment pour m’envoyer un SMS de circonstance.

C’est exactement ça! «Il y a du bon en lui»: c’est ce que je cherche depuis le début, et que je n’ai jamais vraiment su formuler. Oui, Johnny m’a énervé, Johnny m’a gonflé, ulcéré, exaspéré, mais j’ai trouvé du bon en lui. Reste une question: si Johnny est Vador, qui est l’Empereur? Aznavour? Je vous préviens, je n’écouterai pas l’intégrale d’Aznavour.

Je pardonne aisément les quelques daubes qui parsèment L’Attente. Ce n’est pas grave, plus rien n’est grave, on n’est pas là pour se faire souffrir. Quoique «Rester Vivant» me fait quand même un peu mal. C’est la règle: à chaque fois que Johnny me procure une belle émotion, il me la reprend juste après. On s’habitue à tout paraît-il…

Je tairai poliment l’avant-dernier album De l’amour. On ne va pas s’engueuler maintenant, ça ne servirait à rien. Plus qu’un disque, et ce sera fini. Je connais déjà Mon pays c’est l’amour mais symboliquement, je l’écoute une dernière fois… Les titres passent, s’enchaînent sans difficulté… Et puis le dernier titre: «Je ne suis qu’un homme».

Les dernières paroles: «La rage en moi me rappelle que je ne suis qu’un homme».

Le dernier accord retentit (pour info: un «la» mineur, enfin je crois), puis le silence. Johnny ne chantera plus.

Johnny Stats – Jour 28

Nombre d’albums écoutés: 4
Durée d’écoute: 2h57
Taux de fierté: 457%


Jour 50

Du haut de ma pyramide, cinquante-et-un albums de Johnny Hallyday me contemplent. Et même un peu plus en comptant quelques disques non répertoriés dans la discographie officielle, et deux albums live. Au total: soixante-trois disques de Johnny Hallyday écoutés en vingt-huit jours, soit une moyenne de 2,25 par jour. Sur le papier, ce n’est pas très impressionnant, mais il fallait quand même tenir le choc.

Évidemment, il reste des chansons que j’ai ratées, quelque singles, ou des inédits comme «Chérie donne-moi du chili», que j’ai découverte récemment en fouinant à droite à gauche.

Mon marathon Johnny est terminé depuis maintenant vingt-deux jours. Je ne me souviens pas de tout ce que j’ai écouté/enduré, j’ai des trous de mémoire. Si quelqu’un me soumet au blind test, je ne serai pas incollable, loin de là.

Mon retour à une vie musicale normale n’a pas été si facile. Comme prévu, j’étais un peu démuni, je ne savais pas trop quoi écouter… Ma première chanson d’homme libre («Rocky’s Late Night» par Albert Hammond Jr.) m’a détendu d’un seul coup. Je revenais dans mes contrées familières, très éloignées de Johnnyland, tel un soldat qui revient de la guerre, puis j’ai passé le flambeau à mon amie mélomane tendance «cool».

Je ne suis pas devenu fan de Johnny, loin de là. Mais musicalement, je le respecte plus qu’avant. Je me demandais comment il avait pu échapper à la prison à vie pour crimes contre la musique. Je sais désormais qu'il aurait bénéficié d’un non-lieu. Johnny n’a jamais tutoyé les sommets. Aucun de ses disques ne restera dans l’histoire de la musique, ce qui n’est pas si grave. Celles et ceux qui ont et qui auront ce privilège à l’avenir se comptent sur les doigts de la main.

Johnny était plus grand sur scène que sur disque. On peut toujours sublimer sur scène de mauvaises chansons en y mettant l’énergie et la conviction nécessaires. La force de Johnny Hallyday était là. Mais cela ne m’intéresse pas. Johnny m’a peu convaincu mais quand il l’a fait, il m’a embarqué à 100%. C’est cela dont je me souviendrai… Et qui me fait y revenir. Le goût du frisson.

Si j’ai trouvé «Chérie donne-moi du chili», c’est parce qu’après une bonne semaine de diète, j’ai recommencé… Par petites touches… Quelques live, comme ça, juste pour voir… Au bureau, je mets de côté un livre sur Johnny qui aurait fini à la poubelle si je ne l’avais pas sauvé. Un soir, j’essaye même de regarder le film Jean-Philippe qui passe à la télé, avant que n’intervienne ma fantastique épouse.

«Quoi?!!! Encore Johnny?!!»

Eh oui mon amour. Ça ne finira jamais.

Marc Dérian

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