Culture

Et si écouter TOUT Johnny avait un impact négatif sur ma psychologie?

Temps de lecture : 12 min

Je m’attendais à ce que le début de carrière soit dur à gérer, mais pas au point d’avoir déjà la main sur le bouton d’arrêt d’urgence de ce défi stupide.

Johnny Hallyday chante devant 3.000 enfants qui assistaient ensuite à la première projection du film Mandrin, dans la salle parisienne de l'Olympia le 13 décembre 1962. | AFP
Johnny Hallyday chante devant 3.000 enfants qui assistaient ensuite à la première projection du film Mandrin, dans la salle parisienne de l'Olympia le 13 décembre 1962. | AFP

Précédemment dans «Sang pour sang Johnny»: pour comprendre l’inexplicable vide laissé dans sa vie par la mort du chanteur, Marc décide d’écouter l’intégralité de sa discographie. Il ne sait pas encore qu’il s’embarque dans un voyage jusqu’au bout de l’extrême.

Jour 1

Vendredi 12 octobre. Cette journée aurait été tout à fait comme les autres si je ne l’avais pas choisie pour marquer le début de mon entreprise stupide. Soyons méthodique: la seule façon de procéder, c’est d’écouter tous les albums dans l’ordre de sortie, et en voiture Sylvie.

Étape 1: lister les cinquante-et-un albums de Johnny. Attention, les albums «live» ne sont pas inclus, sinon c’est vingt-neuf albums supplémentaires, ce qui fait sacrément gonfler la facture. Donc les lives, on verra plus tard, ou on ne verra pas. Hop, un tour sur Wikipédia et la liste est mienne.

Étape 2: il n’y a pas d’étape 2. Me voilà au pied du mur, haut de cinquante-et-un albums. Première référence: Nous les gars, nous les filles. Je ne suis pas maso au point de me procurer des CD ou des vinyles. Ce sera en streaming, et au casque, pour de meilleures conditions d’écoute. Mais surtout pour cacher à mon entourage la vraie nature de mes activités.

Alors il est où cet album? Pas chez Apple Music. AH ÇA COMMENCE BIEN HEIN. Je le trouve sur Spotify, auquel je ne suis plus abonné depuis… Apple Music. Quarante minutes pour retrouver mes codes d’accès, puis réinstaller l’appli. AH ÇA COMMENCE BIEN HEIN.

Cette fois, c’est la bonne. Nous les gars, nous les filles, premier album de Johnny, qui commence justement par la chanson «Nous les gars, nous les filles».

Les chœurs me font penser au «Temps des colonies» de Sardou. AH ÇA COMMENCE BIEN HEIN. Les chansons s’enchaînent… L’avantage, c’est qu’elles durent deux minutes en moyenne, donc ça va vite. Niveau paroles, c’est assez sommaire: «Bla bla bla bla», «Gnan gnan gnan gnan»... Ça s’appelle «Tu parles trop», une grosse dénonce au message assez simple: les femmes, ça ne sait pas fermer sa gueule. Surtout quand ça parle de fric.

«Tu parles trop… Avec toi mon percepteur
De mon magot, connaît le chiffre par cœur»

«Tu parles trop» est évidemment une adaptation, dont le couplet sur le percepteur ne figure pas dans la version originale «You Talk Too Much»… Ni d’ailleurs les «Bla bla bla bla» et autres «Ggnan gnan gnan». Bienvenue dans le monde mystérieux des adaptations françaises.

Vingt-six minutes: c’est la durée de ce premier disque. J’effectue un rapide auto-check-up. Je ne suis pas paralysé, mes oreilles fonctionnent toujours, mes cheveux sont encore en place.

Allez j’enchaîne: deuxième album, Salut Les Copains. Il est question de twist dans la première chanson. Il est même question de twist sur à peu près tout le disque. Je suis mal renseigné sur le twist, et je n’ai pas spécialement envie d’en savoir plus. En tout cas, Johnny a l’air de très bien le connaître, puisqu’il lui passe même un coup de fil dans «Si tu me téléphones»:

«Allô twist? Oui c’est moi.»

Étrange. Puis arrive «Retiens la nuit», mon premier rendez-vous avec l’angoisse. Je hais cette chanson. Je prends une grande inspiration et je plonge. Je me concentre sur l’arrangement de cordes qui n’avait jamais retenu mon attention auparavant. J’en sors vivant.

Vite, la suite: Sings America's Rockin’ Hits, l’album qui nous fait comprendre pourquoi Johnny n’a jamais vendu un disque aux Anglo-Saxons. Que des reprises bien nulles et un accent français parfait, la palme à «Diana» qui finit le disque:

«Onli iou canne tèque maï arte
Onli iou canne tère eusse euparte»

Après trois albums, je m’étonne: aucun signe de «Souvenirs, souvenirs»… Je croyais pourtant que c’était une de ses premières chansons… Recherche rapide et grosse crise d’angoisse. Il y a dix, DIX (10!) mini-albums de huit à dix chansons, la plupart inédites, qui ont échappé à ma vigilance. Des 33 tours 25 cm qui font grimper l’addition à soixante-et-un albums! Il va falloir jouer serré.

Premier sur la liste: Hello Johnny. Logique. Et donc «Souvenirs, souvenirs» pour commencer. Je souffre. Je souffre encore plus quand résonne l’épouvantable «Itsy bitsy petit bikini». C’est dur, c’est insupportable, je n’ai pas signé pour ça. Enfin si, peut-être. Je m’attendais à ce que le début de carrière soit dur à gérer, mais pas au point d’avoir déjà la main sur le bouton d’arrêt d’urgence de ce défi stupide. Circonstance atténuante pour Johnny: tout le monde sait qu’à cette époque, il ne chantait absolument pas ce qu’il voulait. Le vrai Johnny, s’il existe, ne se trouve pas à cette adresse.

Allez un p’tit dernier pour clore la journée: Tête à tête avec Johnny Hallyday. Ce n’est pas déplaisant, on se fait à l’ambiance… Et ça passe. Je me suis enfilé cinq Johnny en une seule journée. Un truc qui me semblait aussi improbable qu’une frappe de bâtard de Benjamin Pavard.

Je rejoins femme et enfant pour le traditionnel apéro familial du vendredi soir. Le moment est agréable, je m’offre même une deuxième bière pour me récompenser de mes exploits, prétextant simplement «une dure journée», ce qui est tout à fait vrai. Puis… Le couac.

«Tu écoutes quoi en ce moment?» me questionne ma fantastique épouse.

La seule question qu’il ne fallait pas me poser ce soir. Tant pis, je fonce.

– Euh… Du Johnny.
– Ah oui, c’est bien ça Johnny Cash!

Je n’ai pas le cœur de rectifier, elle a l’air heureuse.

Johnny Stats – Jour 1

Nombre d’albums écoutés: 5
Durée d’écoute: 2h46
Taux d’exaspération: 70%


Jour 2

Un bon samedi, ça commence par un rendez-vous chez le dermato, et par «Viens danser le twist» pour égayer mon chemin vers la vérification des grains de beauté. Petit imprévu: une alerte me prévient de la réédition d’un de mes disques préférés au monde: Give Out But Don’t Give Up de Primal Scream. Enregistrements inédits à Memphis, ça ne peut pas se refuser. Hein, ça ne peut pas se refuser?

Bah si, ça se refuse. Johnny d’abord, la mission avant tout. Je maugrée sur le chemin, avec Johnny qui continue de m’informer sur son amour du twist. Il me propose même d’apprendre à le danser, mais là je suis au milieu de la rue, donc non merci. Le doute s’installe… Et si écouter TOUT Johnny avait un impact négatif sur ma psychologie? Et si je finissais dans les gros titres des rubriques «insolite»?

«Il écoute l’intégrale de Johnny et devient SDF»

Mais j’irai jusqu’au bout. Si Johnny me manque, c’est qu’il doit bien y avoir une raison.

J’attaque «Madison Twist» dans la salle d’attente du dermato. C’est très impoli d’écouter de la musique dans une salle d’attente, mais c’est pour la science donc j’ai une excuse. Johnny le séducteur déballe tout dans «Une fille comme toi».

«Très longtemps, j'ai cherché
Par les rues encombrées de la ville
Tes grands yeux, ta beauté»

Ça chauffe sec, c’est mignon.

«Et ton allure de poney gentil
Ton sourire, une fille comme toi»

Ah, il faudra que je teste le coup du «poney gentil»…

La journée coule lentement au rythme des sixties, des tubes («Elle est terrible»), des découvertes («Les bras en croix»), et… du reste. Je serre les fesses très fort sur «L’idole des jeunes». Mais globalement ça va mieux. La première moitié des sixties était l'époque que je connaissais le moins et que je craignais le plus. La fin est en vue, et puis ce soir, je suis d’anniversaire. Un agréable moment de détente à peine perturbé par la question crispante d’une amie en plein milieu de la soirée:

– Et tu écoutes quoi en ce moment?
– Oh bah j’aimerais bien écouter Primal Scream.

Il y a certaines choses qui restent en travers de la gorge.

Johnny Stats – Jour 2

Nombre d’albums écoutés: 4
Durée d’écoute: 1h32
Taux d’exaspération: 50%

Jour 3

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ma fille. Une petite couvée par sa mère au son des Libertines, biberonnée aux White Stripes, et qui ne dit jamais non à un petit «Prousse Pristine». C’est magnifique.

Une petite fête est organisée à la maison pour ses trois ans, et pendant que les enfants retournent l’appartement, les parents trinquent sur des sujets aussi diversifiés et excitants que l’école, la propreté à l’école, la garde après l’école et aussi un peu l’école.

Et si… Et si là comme ça, je balançais un p’tit Johnny? Discrètement dans la sono, pas fort, juste pour voir… Quelqu’un le remarquerait-il seulement? Vite, je checke mes playlists. Alors… Où en suis-je… Un EP… «Da Dou Ron Ron». Houlalala… Si je le passe, ça va s’entendre. Tout le monde connaît «Da Dou Ron Ron», même pas fort, on va me faire des remarques. Et si ça arrive, je suis cuit. Je laisse tomber.

Depuis le début du marathon, je suis très méfiant. J’ai ce sentiment étrange, celui d’être attiré par quelqu’un tout en refusant obstinément de succomber. Je ne peux pas tomber amoureux de Johnny, je n’ai pas le droit, c’est pas moi, ça! Plus tard dans la soirée, enfin seul, j’écoute discrètement «Da Dou Ron Ron». J’ai bien fait de ne pas le passer dans l’après-midi: c’est complètement nul.

Johnny Stats – Jour 3

Nombre d’albums écoutés: 1
Durée d’écoute: 18 minutes
Taux d’exaspération: 50%

Jour 4

Alors que tombent les premières critiques de l’album posthume à paraître en fin de semaine, je suis toujours à la merci du Johnny sixties.

«Les guitares jouent»… Elles jouent tellement bien qu’elles reprennent des passages entiers de «Misirlou» de Dick Dale. Mais comme «Misirlou» est en réalité une chanson grecque de la fin des années 1920, je ne dis rien. Soyons magnanimes.

J’expédie la suite, dont l’ignoble «Quand je l’ai vue devant moi», dont vous devinerez l’origine en faisant une traduction approximative. Indice: Liverpool. J’ai hâte d’arriver à l’album suivant: Johnny, reviens! Les Rocks les plus terribles. Celui-là je le connais. Je ne l’ai jamais écouté, mais je le connais, c’est supposé être le premier «grand» Johnny.

Que des reprises, ou plutôt des «adaptations», avec beaucoup de Chuck Berry. Du rock, quoi. «Johnny B. Goode» devient «Johnny, reviens!» et bien sûr, ça ne tient pas la route comparé à la version originale. L’inégalité mathématique tient sans surprise sur tout le disque:

version originale > version Johnny

C’est comme au cinéma:

VO > VF

Pourquoi la France a-t-elle choisi Johnny pour être sa star? Il n’y avait vraiment personne d’autre de dispo? Eddy Mitchell ou Dick Rivers, ça ne faisait pas l’affaire? Au fond, Johnny a peut-être eu la chance du «premier». Premier à arriver sur le marché, premier à déblayer le terrain, premier à enfoncer les portes. Et comme il n’était pas trop moche et qu’il ne chantait pas trop mal, on l’a gardé. C’est un peu le Salomon de Rabbi Jacob, en version rock.

Ça aurait pu être pire. Au même moment en Allemagne, la superstar locale s’appelle Heino, et Heino c’est ça:

Finalement, on a eu beaucoup de chance avec Johnny, vraiment beaucoup de chance…

Johnny grandit. En 1965, il a 22 ans, et il se paye un coup de chaud. Menaces à peine voilées à une jeune fille qui l’a plaqué dans «Tu as de la chance». Puis il passe à l’acte dans «Le diable me pardonne». Il balance une première fille par la fenêtre, puis en trouve une autre avec laquelle tout se passe super bien: «Dans son café, j’ai mis de la mort aux rats, elle dort depuis six mois». Et il s’étonne de finir à l’ombre... Et si Johnny avait raté sa vraie vocation: être Francis Heaulme avant Francis Heaulme?

Il n’est pas loin de minuit quand j’entame La Génération perdue. Et là enfin ça y est: J’AIME VRAIMENT BIEN UNE CHANSON DE JOHNNY.

Quatre jours que j’attendais une chanson qui retienne vraiment mon attention. Je ne sais même pas pourquoi j’accroche, mais j’accroche. Peut-être le côté Dylan, qui est bien imité sur chaque fin de phrase («d’un monde résignéééééééé-euh»). Jusqu’ici, je m’étonnais aussi d’avoir entendu relativement peu de tubes. Sur La Génération perdue, on a «Noir c’est Noir», que je connaissais à peine dans sa version studio. Et puis «La Fille A Qui je Pense», et aussi «Cheveux longs Idées Courtes», qui ne réussit même pas à m’énerver.

Pour la première fois en quatre jours, je vais me coucher content. Je suis peut-être à un tournant.

Johnny Stats – Jour 4

Nombre d’albums écoutés: 6
Durée d’écoute: 2h50
Taux d’exaspération: 20%

Jour 5

C’est une première: je me lève avec du Johnny dans la tête. «Gabrielle». Un malheureux hasard fait que c’est aussi le prénom de ma fille. Je crois qu’avec sa mère, on n’a jamais pensé à Johnny quand on a choisi le prénom. Je ne sais pas comment c’est arrivé, mais ce matin, en voulant la gronder, j’ai rugi un «Gabrielle», là comme ça, sans faire exprès. À la Johnny. Le choc.

Je reprends le fil des écoutes avec Johnny 67. Le taux d’exaspération remonte sec: «Amour d’été», soit «Love Me Tender». Énorme soupir… Depuis le début, j’essaie de considérer ce type comme un rockeur, même si je sais bien que c’est faux. Je me bats tous les jours pour ne pas être trop définitif, mais là c’est trop.

Johnny, c’est grosso modo l’inventeur de la variété. C’est simple: vous prenez n’importe quelle chanson rock, soul, R&B, tout ce qui est anglo-saxon. Vous la filez à Johnny, il la chante en français avec une traduction foireuse et hop c’est prêt: vous obtenez de la variété. Exemple: «Knock On Wood», sommet de la soul devient chez Johnny le standard «Aussi dur que du bois». Au début, je ne comprends même pas ce qu’il chante… J’entends «Aussi dur que Dubois». C’est qui ce Dubois? L’amant de Sylvie Vartan? Il y a pire: «Hey Joe», popularisé par Jimi Hendrix. «Hey Joe, le Vietnam, la bombe tu t’en fous de tout ça»? Mais d’où il sort ces inepties? Pas de la version originale en tout cas. Au moins «Hey Joe» n’a pas été traduit en «Hé Jo». C’est déjà ça.

Il est à peine 9 heures du matin et je suis déjà sur les nerfs. J’entame l’album suivant quand tombent les premières alertes de la perquisition chez Jean-Luc Mélenchon. Comme je me doute vaguement de ce qu’il va raconter, je coupe le son de son Facebook Live et je continue d’écouter Johnny. Je regarde Jean-Luc Mélenchon parler à son smartphone et dans mes oreilles, «Jeune homme», une chanson plutôt bien adaptée à la situation…

Musicalement, les choses s’améliorent. On arrive à la fin des années 1960, l’époque est porteuse, aucune raison que Johnny n’en profite pas aussi, même un petit peu. Au premier abord, la pochette de Rêve et Amour n’est pas des plus encourageantes…

Sur «Non, ne me dis pas adieu», je repère pour la première fois sa manie des fins de phrase en «ure»: «Je t’aime, oui je t’aime, mon amuuuuure». Le grand orchestre est de sortie, et moi je suis toujours sensible aux grands orchestres. Évidemment, ce n’est pas très rock, mais j’ai décidé d’arrêter de chercher du rock dans l’œuvre de Johnny. Si vous cherchez des Johnny qui font du rock, adressez-vous à Johnny Rotten ou Johnny Thunders. Johnny Hallyday n’est pas rock, même pas en rêve.

Le problème avec Johnny, c’est qu’il a tendance à faire tout et son contraire au fil des albums. Et avec Rivière... Ouvre ton lit, dernier album des sixties, il fait cracher les guitares. C’est formidable, je me dandine tout seul en attendant le bus, j’ai presque des envies d’amour libre, mais en 2018, je risque d’être mal compris. Même «Je suis né dans la rue» passe tout seul, sans effort. Quelque chose est en train de se passer, mais quoi?

Il ne reste que quelques singles à évacuer pour boucler les sixties: «Que je t’aime», «Les coups», et des trucs sans importance des «Chevaliers du ciel». Pour écouter tout ça, j’applique la méthode Mélenchon au footballistique France-Allemagne du soir. Johnny plutôt que les commentaires de Denis Balbir: la vie nous met parfois en face de choix étonnants. Mais pas compliqués.

Johnny Stats – Jour 5

Nombre d’albums écoutés: 4
Durée d’écoute: 2h52
Taux d’exaspération: 50%

À suivre.

Marc Dérian

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