Culture

«À la croisée des mondes» saison 1 épisode 5: «Le Garçon perdu», récap et analyse

Temps de lecture : 7 min

[ATTENTION SPOILERS] Toutes les questions que l'on se pose après le cinquième épisode d'«À la croisée des mondes» (et toutes nos réponses).

L'aléthiomètre tente de prévenir Lyra d'un danger imminent. | Capture écran via YouTube
L'aléthiomètre tente de prévenir Lyra d'un danger imminent. | Capture écran via YouTube

Avis aux fans de fantasy (et aux non-initié·es): l'adaptation du roman À la croisée des mondes a démarré le 5 novembre. Chaque semaine durant la diffusion de cette première saison, on analysera les épisodes et on vous aidera à y voir plus clair. Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire sur Twitter. On y répondra peut-être la semaine suivante!

Que vient faire Will dans cet épisode?

Visiblement, les scénaristes de cette série sont paniqué·es à l'idée de conserver le moindre mystère pour la saison 2. Après avoir révélé dès le début l'existence de plusieurs mondes parallèles, après avoir montré la double vie de Lord Boréal, après un milliard de scènes sur le fonctionnement du Magisterium et après en avoir beaucoup dit sur John Parry (aka Andrew Scott aka Stanislaus Grumman aka la tête décapitée et congelée du premier épisode), la série introduit désormais le personnage de son fils, Will Parry. Will Parry!!! C'est le deuxième protagoniste d'ALCDM, et mon crush ultime quand j'avais 11 ans.


Capture d'écran.

D'un côté, voir Will à l'écran est très excitant: son rôle est crucial dans l'œuvre de Philip Pullman et son arrivée était très attendue. Mais il est déstabilisant de voir la série se précipiter dans des révélations qui sont censées avoir lieu bien plus tard et, surtout, de présenter ces révélations avec à peu près zéro panache (l'introduction des mondes parallèles dans l'épisode 2 était également plate).

Toute la beauté du deuxième tome de la trilogie est qu'il démarre dans un autre monde (le nôtre), avec un autre personnage principal (Will) dont on n'avait jamais entendu parler auparavant: une propulsion narrative grisante, similaire au début de la saison 2 de The Leftovers, qui complexifie l'intrigue et nous fait prendre conscience de la portée de l'histoire qu'on est en train de lire. Ici, la surprise tombe à plat, avec une introduction très factuelle dont le seul avantage est de nous montrer un meilleur aperçu du quotidien de Will et de sa relation avec sa mère.

Du coup, c'est qui, Will?

Will est un jeune garçon généreux, intelligent et attentionné, mais il cache une profonde colère liée à la disparition de son père quand il était très jeune. Sa mère, Elaine Parry, a une santé mentale très fragile et semble notamment souffrir de TOC. Will, qui n'a que 13 ans, doit s'occuper d'elle tout en essayant de ne pas attirer l'attention de ses profs ou des services sociaux.

Lorsqu'on le rencontre, sa mère est particulièrement agitée et paranoïaque, persuadée que des hommes mystérieux veulent s'en prendre à elle. Dans la série, l'identité de ces hommes n'est plus un mystère, puisqu'on sait immédiatement qu'il s'agit de Lord Boréal et de ses acolytes.

Farder Coram, il compte nous briser le cœur à chaque épisode?

Après nous avoir fait pleurer avec l'histoire de sa relation tragique et de la perte de son fils, Coco remet le couvert dans cet épisode. Alors qu'il rumine tranquillement dans son coin, son ex débarque sans prévenir et lui fait une belle démonstration de breadcrumbing. Elle lui dit qu'il est plutôt beau gosse pour son âge et l'embrasse, avant de repartir et de le laisser se noyer dans ses larmes. SYMPA.

Serafina n'a pas de balai?

Dans les livres de Philip Pullman, les sorcières volent grâce à des branches de pin. C'est pour ça qu'il est possible de communiquer avec elles grâce à des brindilles, comme celles que le consul a montré à Lyra dans l'épisode précédent. Étrangement, les producteurs ont choisi de les faire voler à la Superman, sans branche ni balai… Why not.

Est-ce que Iorek est toujours le meilleur personnage de cette série?

Oui, même s'il n'est pas un cheval.


Capture d'écran.

Qu'est-il arrivé à Billy Costa?

Il s'agit d'un moment à la fois terrifiant et tragique de la trilogie originale... que la série a un peu foiré. Visuellement, les scènes dans le village de pêcheurs sont très belles et recréent bien l'angoisse que ressentent Lyra et Pan avant de pénétrer dans la cabane. Mais la série n'arrive pas vraiment à communiquer l'horreur de ce que le petit garçon a subi, ni à quel point cela paraît contre-nature aux yeux de Lyra, de Pan et des Gitans.

Billy a été victime d'une intercision: on lui a coupé son dæmon. C'est un geste monstrueux et extrêmement violent, comme si on lui avait arraché son âme ou une partie de son corps. Cette découverte est l'un des moments les plus choquants de l'histoire: voir un être humain sans dæmon est «comme voir quelqu'un sans tête ou avec les côtes ouvertes et le cœur arraché».

Dans le livre, lorsque Lyra trouve le petit garçon, il tient dans ses bras un poisson mort, espérant recréer le lien qu'il avait avec son dæmon (on vous avait dit que ça allait devenir dark). Face à cette découverte, Lyra est tellement submergée par la peur et le dégoût qu'elle a envie de vomir. Dans la série, Billy a juste l'air un peu patraque.

De retour au camp, on prend un peu plus la mesure de la situation. Lyra semble secouée, Hester a l'air abattu et même Iorek est bouleversé. Même si le livre allait plus loin, la mort de Billy arrive comme un choc, amplifié par la performance bouleversante d'Anne-Marie Duff.

Dans l'œuvre originale, le garçon que Lyra tente de secourir s'appelle Tony Makarios, mais c'était une très bonne idée des scénaristes de le remplacer par Billy, auquel on s'est déjà attaché: les enjeux émotionnels sont beaucoup plus forts.

Qui a pleuré pendant les funérailles de Billy et le chant des Gitans?

Moi. Question suivante.


Capture d'écran.

Pourquoi on ne voit pas plus de dæmons dans la série?

C'est la question que tout le monde se pose depuis le début, et ça commence à devenir un peu problématique. Chaque être humain est accompagné d'un dæmon. Dans les scènes de groupe, on devrait donc voir les personnages entourés d'une multitude d'animaux, ce qui n'est pas vraiment le cas. On le sait, le coût pour créer autant d'animaux en images de synthèse est très élevé: même une série comme Game of Thrones a dû reléguer ses loups au second plan pour des raisons budgétaires.

Il est assez facile d'imaginer que les dæmons d'ALCDM ne sont jamais loin, perchés hors-champ, cachés dans la poche ou la capuche de leurs humain·es (ce qui est souvent le cas de Pantalaimon dans le livre). Mais ils sont tellement discrets que l'on a presque tendance à oublier que dans ce monde, les dæmons sont omniprésents. Sans cet élément, le fait de voir le petit Billy sans son dæmon paraît beaucoup moins étrange.

Qui kidnappe Lyra à la fin de l'épisode?

Lyra et Pantalaimon sont kidnappés par des chasseurs samoyèdes, un peuple dont les dæmons sont tous des loups. C'est comme ça que Lyra se retrouve à Bolvangar, la station où les sbires de Mrs. Coulter mènent des expérimentations sur des enfants.


Capture d'écran.

Encore plus flippant: les infirmières qui prennent Lyra en charge remarquent qu'«elle paraît sur le point de changer» car elle n'a pas encore atteint la puberté et décident de pratiquer une intercision sur elle. Maintenant, vous comprenez mieux pourquoi Bolvangar est surnommé «les champs du mal».

À plus de la moitié de la saison, quel bilan dresser de cette adaptation?

Après cinq épisodes, ALCDM semble encore un peu chercher son ton, malgré plusieurs scènes très prometteuses. La musique et le casting sont impeccables et les éléments de fantasy, comme les dæmons et les ours en armure, extrêmement enthousiasmants. D'autres choix d'adaptation sont fascinants, à l'image de l'humanisation du singe de Mrs. Coulter.

Malheureusement, la série souffre d'une écriture à la fois plate et redondante, qui relie les points de l'intrigue de manière mécanique, sans parvenir à retranscrire le caractère merveilleux des bouquins. ALCDM prend vie lorsqu'elle nous plonge dans la psyché très perturbée de Mrs. Coulter ou lorsqu'elle nous montre les rituels des Gitans. Mais elle manque d'un véritable point de vue, ce qui est d'autant plus frustrant quand on la compare à l'autre grosse adaptation du moment, l'excellente Watchmen.

Trop de scènes se contentent de réexpliquer ad nauseam certaines informations (la relation entre Serafina et Farder Coram a été racontée trois fois en deux épisodes, sans forcément nous apprendre quoi que ce soit de nouveau). À l'inverse, plusieurs scènes importantes qui auraient pu avoir un énorme impact visuel dans la série ont été zappées, de manière incompréhensible.

Par exemple, dans le livre, lorsque Lyra rencontre Iorek à Trollesund, elle a peur de s'approcher de lui. Pan décide alors de tirer sur le lien invisible entre lui et Lyra, malgré les protestations de la jeune fille. Plus Pan s'éloigne physiquement, plus cela devient insupportable: ils se mettent à ressentir «à la fois une douleur physique, mais aussi une tristesse et un amour intenses». C'est un moment traumatisant, qui illustre à quel point la séparation entre un dæmon et son humain·e est inconcevable (et ça aurait pu être utile pour contextualiser la souffrance de Billy).

Il y a aussi le détail bouleversant du poisson séché que Billy serre dans ses bras pour se rassurer. Lors des funérailles dans le livre, Lyra s'énerve violemment contre les Gitans qui ont jeté le poisson après la mort de Billy. Elle finit par graver une pièce avec le nom de son dæmon, Ratter, et la dépose sur la dépouille du petit garçon. Dommage que cette scène puissante n'ait pas été inclue dans la série.

En vrac

– Grâce au dæmon de Serafina Pekkala, on en sait un peu plus sur les recherches de Lord Asriel: il veut construire un pont entre les mondes à l'aide de la Poussière.

– Moi aussi je veux un ours pour m'emmener au travail.

– Après avoir demandé à Ma Costa si elle allait devenir gitane, Lyra affirme à Iorek qu'elle est un ours: elle a clairement des petits problèmes d'identité, la pauvre.

– J'espère que je ressemblerai à Serafina quand j'aurai plus de 300 ans.


Capture d'écran.

– Will Parry apparaît pour la première fois dans La Tour des anges, le deuxième tome de la trilogie, qui n'a jamais été adapté en film (à cause de l'échec cuisant du premier). C'est donc la première fois que le personnage est incarné à l'écran, par le jeune Amir Wilson. Et il s'en sort pour l'instant très bien.

– Si vous vous demandez où vous avez déjà vu le coach de Will, c'est l'avocat / misogyne sexy qui apparaît dans la saison 2 de Fleabag.

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