Culture

«À la croisée des mondes», saison 1, épisode 1: «Jordan College», récap et analyse

Temps de lecture : 10 min

[ATTENTION SPOILERS] Toutes les questions que l'on se pose après le premier épisode d'«À la croisée des mondes» (et toutes nos réponses).

La jeune Lyra est l'héroïne d'À la croisée des mondes. | Capture d'écran YouTube
La jeune Lyra est l'héroïne d'À la croisée des mondes. | Capture d'écran YouTube

Avis aux fans de fantasy (et aux non-initié·es): l'adaptation du roman À la croisée des mondes a démarré ce 5 novembre. Chaque semaine durant la diffusion de cette première saison, on analysera les épisodes et on vous aidera à y voir plus clair. Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire sur Twitter. On y répondra peut-être la semaine suivante!

Tout d'abord, bonjour!

Ok, c'est pas une question, mais comme on va vous accompagner durant toute la saison, on s'est dit que ça serait bien de faire des présentations. Nous sommes ici pour analyser, chaque semaine, les nouveaux épisodes d'À la croisée des mondes diffusés sur OCS, et fournir un peu de contexte à ceux qui n'auraient pas lu les livres de Philip Pullman, dont la série est tirée.

Après une adaptation en film avec Nicole Kidman complètement ratée (l'adaptation, pas Nicole Kidman) en 2007, on craignait un peu le pire pour cette nouvelle tentative. Mais ce qu'on a pu voir de la série pour l'instant est plutôt rassurant, voire même très enthousiasmant. Même si on a lu les livres, on ne spoilera pas l'intrigue; on s'en tiendra uniquement à ce qui a été montré dans chaque épisode et dans les trailers.

Bon déjà, le titre de cette série est super long, il faudrait lui trouver un acronyme non?

Oui en effet, il faudrait se mettre d'accord sur un petit nom assez rapidement, parce qu'on a zéro envie de taper À la croisée des mondes vingt-cinq fois par article. Que diriez-vous de HDM, pour His Dark Materials, le titre anglais? Ou ALCDM? Nous on aime bien ALCDM, mais n'hésitez pas à nous envoyer vos suggestions.

Est-ce que c'est le nouveau «Game of Thrones»?

Comme pour Game of Thrones, la série est diffusée sur HBO aux États-Unis, et on est encore une fois dans un univers fantasy, avec des éléments surnaturels, une histoire épique et assez sombre, des aventures dans le Nord, ou encore une héroïne aux origines mystérieuses qui a clairement un statut d'élue… Et effectivement, on peut penser que dans la tête des producteurs, l'envie de recréer un succès similaire à celui de Game of Thrones, que l'on peut considérer comme la plus grosse série de l'histoire de l'humanité, est sans doute très présente.

Mais l'univers d'ALCDM est assez différent: Game of Thrones était une œuvre de fantasy médiévale, tandis que les livres de Philip Pullman appartiennent plutôt au sous-genre de la gaslamp fantasy, qui s'inspire de l'ère victorienne. Autrement dit: moins d'histoires d'épées, plus d'histoires de boussoles cheloues. Ah, et les livres dont la série est tirée sont achevés depuis longtemps, donc les créateurs ne risquent pas de se retrouver dans la même situation que D.B. Weiss et David Benioff, qui ont dû improviser dès la saison 6.

Surtout, Game of Thrones a démarré dans un contexte très particulier de transition entre deux ères télévisuelles: l'âge d'or de la télé, où HBO régnait en maître et où une petite dizaine de séries se partageaient la tête d'affiche; et l'arrivée de la Peak TV, avec la multiplication du nombre de programmes et des plateformes de streaming, où plus personne ne regarde les mêmes séries en même temps.

C'est pourquoi à notre humble avis, il serait imprudent de vouloir tout comparer à Game of Thrones. Cela dit, si on voulait vraiment jouer à ça, Succession est sans doute un meilleur successeur à Game of Thrones, à la fois pour ses luttes de pouvoir et ses trahisons, mais aussi parce qu'il s'agit encore de l'une des rares séries que tout le monde regarde quasi-simultanément, le jour de sa diffusion.

Ok, mais ça ressemble quand même pas mal à «Game of Thrones» non?

On peut clairement voir l'influence de Game of Thrones, que ce soit dans le générique ou même dans quelques choix de décors. Et il y a des parallèles visuels évidents: dès le début de l'épisode, la scène où on voit Lyra et Roger gambader sur les toits de Jordan College rappelle les premiers moments de Bran et son exploration des remparts de Winterfell.

Cela dit, la passion de Lyra pour les toits était déjà présente dans les livres, et il s'agit en fait d'une image assez commune dans ce genre de récits: un symbole de l'insouciance des enfants, qui sera sans doute mise à mal plus tard dans l'histoire.

Que vient faire Jean-Michel Apathie dans cette série?

Capture d'écran

Faut croire que LCI ça ouvre des portes.

Pourquoi tout le monde parle de Poussière?

La Poussière est au cœur de l'intrigue: Lyra découvre son existence grâce à Lord Asriel, qui mène des recherches sur le sujet et semble en avoir découvert de nouvelles propriétés lors de son voyage dans le Nord. Qu'est-ce que la Poussière exactement? Il s'agit d'une particule élémentaire très mystérieuse, et tout le monde tente de déchiffrer sa véritable nature. Ce qu'on sait pour l'instant, c'est qu'elle est attirée par les adultes mais pas les enfants, et qu'elle semble aussi avoir un lien avec «la myriade de mondes» que Lord Asriel mentionne lors de son exposé à Jordan College.

Pourquoi il y a des ANIMAUX QUI PARLENT?

Les animaux qui accompagnent chaque personnage dans la série sont appelés des dæmons (ça se prononce démon mais c'est écrit comme ça pour faire plus cool). La nature exacte des dæmons est assez compliquée à expliquer; le plus simple est sans doute de dire qu'il s'agit d'une extension physique de l'âme des personnages. Comme on le voit dans ce premier épisode, le dæmon d'un enfant peut changer de formes autant qu'il veut, mais sa forme se fixe lorsque la personne atteint l'âge de 18 ans. Pantalaimon, le dæmon de Lyra, a souvent la forme d'une hermine.

Le passage à l'âge adulte est un thème majeur dans l'histoire, et on le voit dès ce premier épisode; notamment avec la cérémonie des Gitans qui célèbrent les 18 ans de Tony Costa, le fait que la Poussière ne se fixe que sur les adultes, ou qu'une entité mystérieuse semble enlever des enfants. Et si la forme des dæmons se fixe à l'âge de la puberté, ce n'est pas anodin: ces derniers contiennent aussi toute une symbolique genrée et sexuelle. Généralement, les dæmons des hommes sont de genre féminin, et les dæmons des femmes sont de genre masculin (cela arrive qu'un dæmon et son humain soient du même genre, mais c'est très rare).

Dans les livres, Philip Pullman ne semble pas trop avoir réfléchi à la question de l'homosexualité ou de la transidentité, mais peut-être que la série tentera de les explorer un peu plus à travers les rapports entre humains et dæmons. Quoi qu'il en soit, cette dimension est importante: le fait de toucher le dæmon de quelqu'un d'autre est un énorme tabou, comme s'il s'agissait d'un organe sexuel. Par ailleurs, il faut savoir que les dæmons et leurs humains sont reliés par un fil invisible, et ne peuvent jamais s'éloigner physiquement l'un de l'autre sans subir de violentes douleurs. Seules les sorcières peuvent s'écarter sans problème de leurs dæmons.

Y a des sorcières aussi dans cet univers?

Eh oui, il y a des sorcières. Mais elles n'apparaîtront qu'un peu plus tard dans la série; ils ne vont pas nous sortir tous les éléments surnaturels à la fois, sinon on va faire une overdose.

Le Magisterium: qui sont-ils, quels sont leurs réseaux?

Il s'agit de l'Église qui dirige d'une main de fer le monde dans lequel la série se déroule. Dans les années qui précèdent le début de l'histoire, cet organe religieux est devenu de plus en plus autoritaire, et un passage du premier livre indique même que «son pouvoir sur tous les aspects de la vie est absolu». Le Magisterium est composé de plusieurs organes et collèges, dont la toute puissante Cour de discipline consistoriale, qui s'apparente à un organe de répression.

On en reparlera, mais la religion occupe un rôle très important dans la trilogie de Philip Pullman, qui contient de très forts thèmes bibliques malgré son statut d'œuvre pour enfants. Lors de la parution des livres, puis de la sortie du film, l'auteur avait d'ailleurs été vivement décrié pour sa critique de la religion organisée, certains groupes américains allant même jusqu'à qualifier la trilogie d'ouvrage antichrétien.

Qui sont ces deux messieurs très louches qu'on voit discuter au siège du Magisterium?

Les mecs du Magisterium. | Capture d'écran

Le monsieur chauve est le Père McPhail. C'est le président de la Cour de discipline consistoriale: en gros, c'est lui qui dirige le Magisterium, il est donc extrêmement puissant et dangereux. C'est assez surprenant de le voir aussi tôt dans la série, car il n'est mentionné que très tard dans les livres, mais il joue un rôle crucial dans toute l'intrigue de la trilogie.

On peut déjà voir qu'il a des espions partout, et que les recherches de Lord Asriel sur la Poussière et les mondes parallèles le dérangent énormément. Quant à l'autre monsieur plutôt sexy, il s'agit de Lord Boreal, une autre figure menaçante qu'il va falloir surveiller de près.

Qui sont les Gobblers, ou les Enfourneurs en VF?

Ce sont des adultes qui kidnappent les enfants, pour une raison qui n'est pas encore claire. Dans le pilote, on assiste déjà au kidnapping de deux petits garçons: Billy Costa, un jeune Gitan, et Roger, le meilleur ami de Lyra. Retrouver les enfants disparus va devenir la mission de Lyra dans cette première saison.

Elle est louche Mrs Coulter, non?

…Oui. C'est pas la pote du Père McPhail pour rien.

Est-ce qu'il y a une grosse différence entre la série et les livres?

Capture d'écran

La série est pour l'instant très proche des livres en ce qui concerne l'intrigue. Le seul gros changement, c'est que les créateurs ont légèrement modifié l'univers victorien de la trilogie, pour le rendre un peu plus moderne et futuriste. On voit notamment des hélicoptères au début de l'épisode, et les costumes et décors ont un côté plus coloré et lumineux, alors que l'atmosphère des romans est résolument sombre…

Ces petits changements nécessitent un léger temps d'ajustement pour quiconque a lu les livres, mais on se dit que c'est peut-être pas plus mal d'avoir tenté quelque chose de différent: à trop vouloir être fidèles, les adaptations se plantent souvent.

C'est quoi un aléthiomètre?

Cette petite boussole que le maître de Jordan College donne à Lyra à la fin de l'épisode est très importante. Il s'agit d'un objet qui répond aux questions et dit toujours la vérité. Il n'en existe que six dans le monde, et cela prend généralement des années d'étude pour apprendre à les utiliser. Mais vous vous en doutez, Lyra va comprendre comment il fonctionne en deux jours et demi.

L'aléthiomètre dit toujours la vérité. | Capture d'écran

Et vous, à quoi ressemblerait votre dæmon?

Nous, on penche pour un babouin. Voilà.

En vrac

– Uncle issues: complexe psychosexuel qui consiste à fantasmer sur un personnage d'oncle sexy qui porte des pulls molletonnés. Voir aussi: James McAvoy dans le rôle Lord Asriel.

– Dès ce premier épisode, on sent que les moyens ont été mis (c'est apparemment la série la plus chère de la BBC, qui co-produit avec HBO). La photographie est superbe, tout comme les costumes, et la musique de Lorne Balfe.

– Dans le générique, on peut apercevoir trois objets: l'aléthiomètre, le poignard subtil et le miroir d'ambre. Dans la trilogie de Philip Pullman, ces trois objets ont une grande importance, et les deux derniers tomes portent d'ailleurs leurs noms dans la version originale: The Subtle Knife et The Amber Spyglass.

– Tout comme Lord Asriel lors de son exposé, le générique fait référence à une multitude d'univers qui semblent superposés. Cela aura toute son importance plus tard dans l'histoire.

Générique. | Capture d'écran

– S'il y a bien une chose qu'ils n'ont pas voulu calquer sur Game of Thrones, c'est le casting à 99.99% blanc. Et ça fait plaisir.

– Nous aussi si on voulait placer un enfant en sécurité pendant une inondation, on le confierait à Lester Freamon.

Lester Freamon. | Capture d'écran

– Lyra a déjà plus d'alchimie avec Pan que Dany avec ses dragons.

– L'épisode est réalisé par Tom Hooper! Oui oui, celui qui a réalisé Le Discours d'un Roi et Les Misérables, entre autres. Il se trouve qu'avant de devenir un cinéaste qui aime un peu trop faire pencher la caméra sur le côté, il avait démarré sa carrière en réalisant des épisodes de télé, notamment de la série britannique EastEnders. On peut donc dire que c'est un retour aux sources.

– Quant au scénariste, il s'agit de Jack Thorne, qui a travaillé sur Skins et la minisérie This Is England. Il est également créateur de la série britannique The Fades, et co-auteur de la pièce de théâtre Harry Potter et l'enfant maudit avec JK Rowling. Bref, du beau pedigree.

– On va pouvoir lancer un nouveau jeu à boire: cul sec à chaque fois que vous voyez un ancien acteur de Game of Thrones. Pour l'instant on en a vu deux. Il y a déjà Ian Gelder, l'érudit Charles qui sert aussi d'instituteur à Lyra. Il jouait Kevan Lannister dans Game of Thrones, la main du Roi de Tommen, mort dans l'incendie de la Septe de Baelor. Et puis il y a James Cosmo, qui jouait notre oncle imaginaire à tous, Jeor Mormont, le mentor de Jon Snow tué dans la mutinerie de Craster.

Ian Gelder, l'érudit Charles qui sert aussi d'instituteur à Lyra. | Capture d'écran

James Cosmo, qui jouait notre oncle imaginaire à tous, Jeor Mormon. | Capture d'écran

– Le lézard de l'érudit Charles s'appelle Serena.

C'est tout pour nous. À la semaine prochaine!

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