Société / Culture

#RestezChezVous

Temps de lecture : 13 min

Ken Klaus Kendrick, leader de la Section Ω, tente de prendre le pouvoir à Washington. La Résolution -18 entre en vigueur partout sur la planète – sauf dans une poignée de pays, dont la France.

Le suprême leader de la Section Ω descendit de sa Mustang, drapé dans les étoiles de la Confédération. | Andrew Caballero-Reynolds / AFP
Le suprême leader de la Section Ω descendit de sa Mustang, drapé dans les étoiles de la Confédération. | Andrew Caballero-Reynolds / AFP

Dans l'épisode précédent, Ken Klaus Kendrick a coiffé les djihadistes au poteau pour faire sauter la centrale de Fessenheim. À la Maison-Blanche, POTUS ourdissait un plan à l'odeur de soufre. [email protected] et Panita ont décidé de faire équipe pour sauver ce qui peut l'être. Le PR, à l'Élysée, a été victime d'une migraine de l'autre monde.

15 juin 2020

Depuis un mois et demi, Zoé fouillait les confins du cosmos à la recherche de la source de la transmission captée le 1er mai par les récepteurs de l'ISS.

Son père, Major Tom, se trouvait quelque part dans ces espaces infinis. Il était encore en vie, elle le savait.

Elle n'avait jamais cessé d'y croire.

La nuit où il avait disparu, il y a si longtemps, il était monté la voir dans sa chambre. Il venait toujours l'embrasser avant de se coucher, mais ce soir-là, elle avait senti qu'il allait se passer quelque chose.

Elle avait 6 ans.

Était-ce la main de son père qui avait serré la sienne plus fort que d'habitude? Le long moment qu'il avait passé à la regarder dormir, en lui caressant les cheveux? La fébrilité qu'elle avait devinée en lui, à travers le rideau du sommeil, et dont la présence compacte se tenait entre eux comme un étranger?

Ou bien était-ce le rêve qu'elle avait fait après son départ, peut-être au moment-même où il disparaissait?

«Je vais partir. Mon voyage te semblera long, très long, des années et des années. Tu oublieras mon visage et le son de ma voix. Pourtant, je ne serai parti que quelques instants. Tu me reconnaîtras sans peine lorsque je reviendrai.»

Elle avait voulu répondre; elle avait tant de questions à lui poser. Qu'est-ce qui poussait un père à abandonner sa fille? Pourquoi ne pouvait-elle pas l'accompagner? Où est-ce qu'il allait?

Les mots la brûlaient. Ils étaient restés coincés dans sa gorge comme une mauvaise angine.

«Tu connais le signal. Je te promets que je reviendrai.»

Zoé se rappelait qu'à son réveil, la maison était vide. Elle ne l'avait jamais revu.

La voix de Sedon-A annonça que le colonel Agar était en ligne. Sur l'écran, ce n'est pas le visage de son supérieur qui apparut, mais la même scène, filmée par les télévisions du monde entier: aux États-Unis, au Chili, au Nigeria, en Allemagne, au Liban, en Inde, au Japon, en Australie, on arrêtait les enfants et ils étaient emmenés dans des camps de détention.

«La Résolution -18 est entrée en vigueur ce matin, dit le colonel d'une voix blanche. Partout, sauf en France et chez ces sous-développés de Latinos. La situation semble sous contrôle, mais on observe une certaine résistance dans les bastions du Réseau Y2K. Les forces de la Section Ω nous secondent pour nettoyer ces poches insurrectionnelles.»

Le cadre s'élargit un peu; il y avait quelqu'un à côté du colonel. Zoé n'identifia pas tout de suite cet autre visage.

C'est lorsqu'il se mit à parler qu'elle reconnut Ken Klaus Kendrick, le garagiste du Mississippi, leader autoproclamé de la Section Ω.

*

L'ivresse était totale: le droit de vie et de mort sur autrui, l'adrénaline à s'en faire péter les artères. Ken se sentait vivant pour la première fois de sa vie de minable.

Le moment et la ville n'appartenaient qu'à lui. C'était son heure de gloire, sa récompense pour toutes les brimades et les moqueries endurées dans sa peau de white trash, du berceau à l'âge adulte. La revanche avait remplacé la honte et la frustration dans son ADN.

Il était né du mauvais côté des rails, au nombre de ces lamentables dont l'establishment progressiste se payait la tête à longueur d'année. Qu'il était bon de leur présenter enfin l'addition en balles sonnantes et trébuchantes.

Washington D.C., dans l'infernal chaos de la Résolution -18, était son stand de tir depuis l'aube. Debout à l'arrière de sa Mustang décapotable, il tenait un drapeau confédéré dans une main et un mégaphone dans l'autre:

«RESTEZ CHEZ VOUS. JE RÉPÈTE: RESTEZ CHEZ VOUS.

TOUT INDIVIDU PRIS EN FLAGRANT DÉLIT DE DÉCONFINEMENT SERA ABATTU SUR-LE-CHAMP.

LES MOINS DE 18 ANS DOIVENT ATTENDRE LE PASSAGE DE LA GARDE NATIONALE SUR LE TROTTOIR, DEVANT CHEZ EUX, MAINS SUR LA TÊTE.

TOUTE RÉSISTANCE EST VAINE.»

Il n'y avait plus à se cacher: le fascisme et la suprématie blanche étaient devenus loi du jour au lendemain. Il avait suffi d'un décret. Le monde se divisait désormais en deux catégories: les prédateurs et le gibier.

Et lui, le petit cracker qui se faisait marcher dessus sur les terrains de basket, il était le chef de la meute.

Il avisa un groupe de jeunes Noirs qui fuyaient. Leur âge? Ça n'avait aucune importance, puisqu'ils couraient dans la mauvaise direction et qu'un bandana leur masquait le visage. Ils avaient forcément quelque chose à se reprocher.

«Grand Sorcier, objecta son lieutenant qui occupait la place du mort. Ce sont peut-être des pauvres qui se sont fabriqué un masque de fortune contre le Kovid-19. Tout le monde est censé –»

Le mauvais soldat n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Une balle dans la nuque, c'était le tarif pour tous les adeptes de la demi-mesure.

Ken hurla de plus belle dans le mégaphone: «Pas de pitié pour les modérés. L'indulgence, c'est l'abâtardissement de la race. DESCENDEZ-MOI CES GANGSTERS AVANT QU'ILS RENTRENT DANS LEUR TERRIER!»

*

Les radiations de la catastrophe nucléaire à Fessenheim avaient oblitéré les souches les plus tenaces du Koronavirus de l'Atlantique à l'Oural.

L'immunité collective? Ces couillons de rosbifs en avaient rêvé, le PR l'avait réalisée. Enfin, pour être tout à fait honnête, c'est le saboteur envoyé au charbon par POTUS qui avait accompli ce petit miracle –mais la séquence d'événements regrettables ayant conduit à l'explosion de la centrale n'apparaissait nulle part dans le rapport officiel.

Et comment croyez-vous que les pays voisins l'avaient remercié? En adoptant le projet infanticide du barjot-en-chef au Conseil de sécurité!

Il n'y avait plus un seul malade diagnostiqué au sein de l'Union européenne, les hôpitaux étaient désengorgés, les terrasses rouvraient une à une, les gens commençaient à racheter n'importe quoi et à mettre leurs microbes partout, le PIB repartait à la hausse, et pourtant, cette bande de suivistes n'avaient rien trouvé de mieux à faire que de se jeter dans les bras de l'Oncle Sam.

Quelle ingratitude, quand le PR pensait au nombre de vies qu'il –enfin, l'accident– avait sauvées sur le Vieux Continent.

Un huissier entra, suivi d'un haut gradé dont les galons, accrochant la lumière du lustre Louis XV, lui firent mal aux yeux: «Monsieur le président, c'est l'heure de votre exorcisme laïc. Le ministre de l'Éducation nationale vous attend au spa après le briefing du chef d'état-major.»

Les migraines tourmentaient le PR jour et nuit. Il revoyait ce visage cauchemardesque partout, dans son sommeil, dans un coin de l'écran pendant les visioconférences sur Zoom, quand il lisait, devant la cheminée où la première dame et lui tricotaient ou jouaient au backgammon.

Le soir, l'écho de ses propres pas dans les couloirs vides du palais lui flanquait la chair de poule. Il jetait sans arrêt des regards dans son dos pour vérifier que l'horrible bonhomme qui cherchait à prendre possession de lui n'était pas caché derrière une tenture.

En réalité, les choses étaient bien plus tragiques: vérification faite sur Wikipédia, son visiteur du soir était bien l'Iwa des morts dans le vaudou haïtien, Baron Samedi. Quand celui-ci était à l'intérieur de son corps, le PR ne s'en rendait pas compte. Sa conscience s'éteignait comme une ampoule, et il revenait à lui seulement quand l'autre en était parti.

Pendant ces absences, Dieu seul savait ce que l'esprit malin lui faisait faire. La veille, le PR s'était réveillé à l'arrière d'un scooter piloté par un ancien garde du corps, connu pour avoir eu la main un peu leste sur les étudiants de gauche.

Pas plus tard que ce matin, le PR avait ouvert l'œil à l'intérieur d'une cage de primates au Jardin des plantes. Il était en train de sucer la moelle d'un os de poulet quand on l'avait hélitreuillé en catimini, avant le réveil des gardiens.

*

Le convoi blindé arriva devant la Maison-Blanche, dont les grilles étaient ouvertes. Le suprême leader de la Section Ω descendit de sa Mustang, drapé dans les étoiles de la Confédération, investi d'une mission: venger la défaite et laver l'orgueil du Sud. Il était le spectre du général Lee remettant les pendules de l'histoire à l'heure, 150 ans après.

POTUS était allongé sur l'herbe du parc, en position latérale de sécurité, un club de golf entre les jambes.

– «Dire que je t'ai tout donné, souffla-t-il en crachant du sang.
– Ne parlons pas du passé. Veux-tu me prêter allégeance ou mourir comme une bête?
– Est-ce que je pourrai continuer à faire mon dix-huit trous quotidien sous le nouveau régime?»

Ken acquiesça en lui caressant sa nuque orange.

– «Mais tes hôtels seront nationalisés et convertis en plantations de coton. Ce soir, je rétablis l'esclavage.
– Je jure fidélité à la Section Ω, Grand Sorcier.
– C'est bien. Mais c'est trop tard.»

Et, sans autre forme de procès, Ken Klaus Kendrick lui défonça le crâne avec son fer 3. Trois soldats en tuniques blanches et à capuches pointues jetèrent le cadavre de POTUS dans la fosse commune qu'on achevait de creuser sur Pennsylvania Avenue.

Le nouveau maître des lieux se fit conduire jusqu'au bureau Ovale, où le diable l'attendait assis dans le fauteuil encore chaud de POTUS.

– «Qu'est-ce que tu fabriques ici?, fit Klaus. Hors d'ici, avant que mes hommes te bottent les fesses.
– Tu as la mémoire courte.
– Je n'ai plus besoin de toi.
– Moi non plus»,
répondit le diable, en désintégrant cet insignifiant amas d'atomes.

Le diable se leva et s'installa à la fenêtre. Tous ces pitres déguisés comme pour Halloween roulaient des mécaniques, certains d'avoir gagné la partie, inconscients de la ficelle qu'il tenait au-dessus de chacune de leurs têtes en bois.

Au loin, le capitole était en flammes. Tout se déroulait comme prévu: ce serait bientôt l'enfer sur terre.

Pourquoi diable, alors, n'arrivait-il pas à chasser le mauvais pressentiment qui l'avait cueilli à son arrivée à l'aéroport international Washington-Dulles?

*

«Euh, si Monsieur le président préfère, je peux repasser plus tard...»

Le chef d'état-major dévisageait le PR avec un mélange de pitié et d'inquiétude.

– «Je vous écoute, général.
– Ce que j'ai à vous dire…
– Ne faites pas de chichis, mon vieux. Au point où j'en suis.
– Monsieur le président, la Résolution -18 est appliquée partout, sauf dans les pays hispanophones des Amériques et de la Caraïbe. Au dernier décompte, 350.000 enfants de l'espace Schengen demandent l'asile politique à nos frontières.
– Qu'on les laisse entrer. L'histoire se rappellera que nous avons guidé le monde libre.
– L'OTAN est en train de déployer ses forces navales dans la Manche, l'Atlantique nord et en Méditerranée. Nous ne sommes pas de taille. Nos satellites sont hors-jeu. Des rumeurs font état d'un débarquement dans le Cotentin. D'après nos experts, mieux vaudrait capituler.
– Jamais! Moi président de la république, la France ne cèdera pas au diktat de la force brute! Est-ce que la ligne Maginot tient?
– Pour l'instant, Monsieur le président... Mais je vous rappelle que plus personne n'habite dans l'Est depuis Fessenheim.
– Si Paris est envahi, je déplacerai le gouvernement au cœur de la zone interdite. Des nouvelles de POTUS?
– Il se passe quelque chose d'étrange à Washington. Nos honorables correspondants parlent d'un coup d'État. L'information a été recoupée: l'instigateur serait ce garagiste du Mississippi.
– Kendrick?
Le Kendrick qui a fait péter notre centrale? C'est ce taré qui est aux affaires, maintenant? Mais pincez-moi, que je me réveille!
– Il semble que le suprême leader Kendrick ait été transformé en substance gazeuse juste après avoir pris le pouvoir.
– Alors qui?
– Le diable, Monsieur le président. Le diable en personne.»

Le PR sourit. C'était la première bonne nouvelle qu'il entendait depuis des mois.

«Le cornu? Vous êtes sûr? Alléluia! Avec celui-là, au moins, on pourra discuter.»

*

Panita reconnut l'officier de l'immigration qui l'avait arrêté et rattrapé à chacune de ses tentatives d'évasion.

L'homme était en proie à une grande agitation; il jetait en tous sens des regards alarmés. Il ne prononça pas un mot et fit signe à Panita de le suivre.

Devant le baraquement des garçons de moins de 12 ans les attendait un enfant, le visage en larmes et secoué par les sanglots. Panita, frappé par la détresse qui se lisait dans ses yeux, ne sut dire s'il s'agissait d'un garçon ou d'une fille. L'enfant triturait nerveusement ses cheveux blonds et ne devait pas avoir plus de 4 ou 5 ans.

L'officier de l'immigration le prit dans les bras: «Tu vas partir avec lui. Il s'appelle Panita et s'occupera de toi. Tu peux lui faire confiance. N'est-ce pas, Panita?»

Panita fronça les sourcils. C'était la première fois que l'on s'adressait à lui, dans le camp de détention, autrement que par son matricule: 11793.

Autour d'eux, le camp était en effervescence. Les sirènes hurlaient. Des camions allaient et venaient. À chaque fois en descendait une vingtaine de garçons et de filles, la même terreur gravée sur le visage. Des hommes en uniforme noir, le symbole Ω cousu à hauteur de la poitrine, les triaient en fonction de leur âge avant de les pousser à l'intérieur des bâtiments.

Panita se souvint de ce qu'il avait dit à l'officier six mois plus tôt, quand celui-ci l'avait rattrapé en lisière du désert et ramené au camp.

– «Je t'avais prévenu qu'un jour viendrait où ton fils serait amené ici.
– Ma fille. Elle s'appelle Zoé. Tu sais ce que ça veut dire en grec?
– La vie»,
répondit Panita.

Le talisman du Starman était lourd et brûlant dans sa poche.

– «Je te la confie, dit l'officier. Je vais vous conduire à la sortie de la ville. Ensuite, je ne pourrai plus rien pour vous.
– Je ne partirai pas sans [email protected],
répondit Panita.
– On n'a pas le temps.
– Alors, je reste. Trouve quelqu'un d'autre.»

L'officier regarda sa montre, puis sa fille. Il ouvrit la portière arrière d'une vieille Chrysler garée près des barbelés.

– «Montez et couchez-vous par terre. Je reviens.»

Panita obéit. Il prit la main de la petite fille dans la sienne et lui assura qu'elle était en sécurité avec lui. Les sanglots et les pleurs continuèrent pendant une ou deux minutes, puis Panita sentit qu'elle s'était calmée.

La nuit tombait. Par la fenêtre, Panita vit l'astre du Starman qui brillait plus intensément.

Quand l'officier revint, il était accompagné de [email protected] Elle s'allongea sur la banquette arrière.

Panita lui sourit et, sans lâcher la main de Zoé, se laissa étourdir par le ronronnement agréable du moteur et les cahots de la route.

*

Avant d'être de Gaulle, homme providentiel et sauveur de son pays, il fallait que le PR redevienne lui-même et se libère des sinistres influences de Baron Samedi.

«Prêt, Monsieur le président?», demanda le ministre de l'Éducation nationale.

Les moulures du plafond dessinaient de fascinantes arabesques sur son crâne d'œuf. Le PR réprima un sourire –le ministre était connu pour son tempérament colérique– et hocha la tête.

Au moment où le ministre allait ouvrir le rituel en déclamant les dix commandements de la laïcité, censés pulvériser les esprits communautaristes, séparatistes et islamo-gauchistes, on entendit un grand fracas à la porte, qui finit par céder.

Le PR ôta les rondelles de concombre qu'il avait sur les paupières et eut tout juste le temps d'enfiler son peignoir en éponge.

Le plus éminent de nos académiciens se tenait face à lui, sabre au clair, juché sur un poney Shetland, entouré de sa garde prétorienne de clones néo-conservateurs.

– «Qu'est-ce qui vous prend?, s'écria le PR. Vous avez donc perdu la tête?
– Taisez-vous!,
tonna l'académicien. Je ne me répéterai pas: il est dans ce pays des territoires perdus de la République qui sont en train de tomber sous la coupe d'éléments radicalisés.
– Mais,
protesta le ministre, le djihad a été éradiqué…
– Taisez-vous! Les salafistes sont de l'histoire ancienne. Le fléau qui nous menace aujourd'hui, c'est le Réseau Y2K que cette petite écervelée de Suédoise a organisé avant de s'évaporer. Il faut une guerre préventive contre les jeunes. Tous les jeunes sont suspects, sauf ceux qui lisent Le Figaro et Causeur!
– Ça ne fait pas beaucoup de monde,
persifla le PR.
– Taisez-vous! La jeunesse saura retrouver le chemin de la vertu républicaine, mais elle a besoin de notre aide. Je mets mon armée de clones à votre disposition. De deux choses l'une: soit vous acceptez, soit vous pouvez vous considérer comme déchu. Vous avez une minute pour décider.
– En somme,
dit le PR, vous voulez que la Résolution -18 entre en vigueur chez nous. Cette américanisation de votre pensée me surprend.
– Taisez-vous! Je déduis de vos sarcasmes que vous avez choisi le camp des collabos. Vous l'aurez voulu!»

L'illustre académicien fit signe à ses sbires de s'emparer du PR. Alors qu'ils étaient sur le point de l'attraper par son peignoir, une obscurité totale se fit dans le salon. Un rire terrifiant rebondit entre les murs.

Quand la lumière revint, le PR était seul, nu comme un ver. Il avait du sang sur les mains, et plus mal à la tête que jamais.

*

Le dernier djihadiste de l'Hexagone avait un petit creux.

Il entra dans une boulangerie qui faisait partie des commerces ayant été autorisés à rouvrir durant la première phase du déconfinement et acheta un pain au chocolat.

L'eau à la bouche, il trouva un banc isolé dans un square.

Il croqua dans la pâte dorée et encore chaude, laissa le morceau fondre sur sa langue aussi longtemps que possible, puis, n'y tenant plus, avala.

Rien.

La deuxième bouchée fut encore plus frustrante –comme si ses papilles avaient été anesthésiées par une piqûre chez le dentiste. Au troisième essai, il dut se rendre à l'évidence: le problème ne venait pas de la pâtisserie.

C'est lui qui avait perdu le goût et l'odorat.

«Il faut vous mettre en quarantaine sans tarder», lui dit l'aide-soignant qui avait prélevé sa salive.

Le test était positif: le dernier djihadiste de l'Hexagone était infecté par le Koronavirus.

«Vous êtes porteur asymptomatique. C'est une chance pour vous. Mais aussi une lourde responsabilité: si vous ne prenez pas les précautions nécessaires, vous pourriez être le patient zéro de la deuxième vague.»

Le dernier djihadiste fit semblant d'écouter les consignes de l'aide-soignant pour télécharger l'application de traçage.

Une idée fixe s'était mise à tourner dans sa tête comme un hamster sur sa roue: «Et dire qu'on s'est donné tout ce mal –mitrailler, égorger, exploser, attentat-suicider–, alors qu'il suffisait d'attendre une petite protéine de rien du tout.»

Dans l'avant-dernier épisode de Koronavirus, la France évite la Troisième Guerre mondiale mais se retrouve coupée en deux après la sécession de la région PACA. Le PR reçoit de la Klorokine en intraveineuse dans un couvent surplombant les calanques. De l'autre côté de l'Atlantique, Baron Samedi abat ses cartes; le diable sort un cinquième as de sa manche. Panita et [email protected] arrivent au bout du chemin, comme des millions d'enfants réfugiés qui trouvent une terre d'asile au Mexique.

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