Culture

«Game of Thrones», saison 8, épisode 6: «Le Trône de fer», récap et analyse

Temps de lecture : 12 min

[ATTENTION SPOILERS] Toutes les questions que l'on se pose après l'épisode 6 de la saison 8 de «Game of Thrones» (et toutes nos réponses).

Au revoir, Daenerys. | Capture écran via YouTube
Au revoir, Daenerys. | Capture écran via YouTube

Ça y est, comme l'hiver, la saison 8 de Game of Thrones est enfin arrivée. Pendant les six semaines de sa diffusion, on analysera chaque nouvel épisode, et on vous aidera à y voir plus clair. D'ailleurs, si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire sur Twitter, peut-être qu'on y répondra la semaine suivante!

Bon alors, qui a fini sur le trône de fer?

Personne, puisqu'il a été détruit par Drogon. Pour autant, cela ne veut pas dire qu'il n'y a plus de monarque à Westeros: après une réunion de tous les puissant·es de ce monde (en tous cas celles et ceux qu'ils ont réussi à trouver pour un meeting de dernière minute), Bran est nommé roi des Six Royaumes et le Nord reprend son indépendance grâce à la reine Sansa. Une conclusion plutôt poétique, puisque c'est le petit garçon dont la chute avait déclenché notre histoire et la guerre pour le trône de fer qui finit sur ce même trône.

Ce qui est intéressant, c'est que finalement, Bran a un parcours assez classique d'outsider de récit épique. Il mène une vie normale au début du récit, puis un événement tragique vient bouleverser sa vie. Lors d'un parcours initiatique long et périlleux, il apprend qu'il est élu (en devenant un pigeon à trois yeux), acquiert des pouvoirs surnaturels et surmonte des ennemis très dangereux.

Mais comme son histoire a toujours été assez détachée de l'intrigue centrale et que lui-même est devenu distant et désincarné, on ne le voyait pas vraiment comme un héros ou comme l'héritier possible du trône. Pour préserver l'effet de surprise, la série ne l'a jamais positionné comme un acteur politique crédible.

Du coup, c'est sûr que ça sort un peu de nulle part et le petit discours de Tyrion ne parvient pas totalement à nous convaincre du contraire. Encore un moment où la série privilégie les twists narratifs au détriment de l'intrigue.

Vous aussi, vous avez pleuré toutes les larmes de votre corps pendant les adieux de Sansa, Arya, Bran et Jon?

C'est avec les Stark qu'on a démarré la série, c'est avec eux qu'on la termine. Le lien entre Jon, Arya, Sansa et Bran a toujours été le fil conducteur émotionnel de Game of Thrones et les voir se dire adieu une dernière fois était le moment le plus poignant de l'épisode.

Difficile de ne pas repenser à leur séparation au début de l'histoire, mais surtout à tout le chemin parcouru depuis. Malgré toutes les épreuves et les désaccords, ils restent soudés jusqu'à la fin. Même si on n'a pas toujours aimé cette dernière saison, le montage final consacré à Jon, Sansa et Arya est particulièrement réussi.

C'est une fin douce-amère, puisque la fratrie est séparée et restera à tout jamais marquée par les traumatismes subis toutes ces années. Mais en alternant entre les destins de chaque personnage, la série montre la persistance du lien qui les unit. En offrant à chacun de nos héros une fin qui sonne juste (Sansa qui règne sur le Nord, Arya qui part explorer l'inconnu et Jon qui se reconstruit au nord du Mur), Game of Thrones nous donne même envie de poursuivre leurs aventures à leurs côtés.

Capture écran

Par contre, vous n'aviez pas un peu l'impression d'être en mode avance rapide pendant la première partie de l'épisode?

On parle beaucoup de la médiocrité de la série depuis qu'elle ne suit plus le fil des livres, mais c'est sa narration condensée qui a vraiment gâché l'intrigue. Dans cet épisode, on a ainsi droit aux questionnements moraux de Jon, à la célébration de la victoire de Daenerys puis à son assassinat, à l'établissement d'un nouveau régime, au couronnement de deux souverains et à la conclusion d'une bonne demi-douzaine d'intrigues.

Tous ces développements auraient non seulement pu faire l'objet de deux épisodes (on a d'ailleurs une division claire entre une première partie et une seconde), mais ils auraient carrément pu alimenter une saison entière de la série –en tous cas si celle-ci fonctionnait au même rythme qu'à ses débuts.

Dans la saison 4, par exemple, Tyrion était emprisonné pour le meurtre de Joffrey pendant cinq épisodes et recevait visiteur après visiteur dans son cachot, nous offrant par là même certaines des plus belles scènes de toute la série. Tandis qu'ici, l'arrestation de Jon s'opère lors d'une ellipse narrative, tout comme son enfermement. En voyant ça, difficile de ne pas penser au fait que les créateurs de la série ont préféré se limiter à six épisodes pour conclure leur récit, alors que HBO leur en offrait plus.

Ce qui rend tout ça encore plus rageant, c'est que tous les éléments narratifs sont là, mais que le rythme effréné de la série empêche tout développement en profondeur. La transformation de Westeros en régime totalitaire Targaryen aurait pu être un sujet fascinant s'il avait été exploré un peu plus en profondeur. Le couronnement de Bran aurait pu être beaucoup plus intéressant si on avait passé plus de temps avec lui, et surtout avec lui et Tyrion pour comprendre le choix de ce dernier (non, les trois regards échangés entre eux ne comptent pas comme un développement narratif).

En regardant les deux dernières saisons de la série, on ne peut s'empêcher d'imaginer un dénouement bien plus satisfaisant si seulement les créateurs avaient donné le temps à leur intrigue de respirer.

Dis, Jon, tu peux nous rappeler qui est Daenerys, déjà?

Captures écran

Ah oui, c'est ça, merci.

Ils se sont quand même vite débarrassés de Daenerys, non?

Sur le papier, la mort de Daenerys aux mains de Jon est la tragédie ultime de Game of Thrones. Ce devrait être LE moment le plus déchirant de toute la série depuis les Noces Pourpres.

Dans un effet miroir qui semblait prédestiné, chacun était un outsider devenu favori pour le trône. Ils ont aussi fait l'objet du plus grand nombre de prophéties et théories et sont littéralement l'incarnation du titre de la saga en anglais: A Song of Ice and Fire («Une chanson de glace et de feu»).

Que le héros le plus moral de l'histoire tue l'héroïne la plus puissante, après être tombé amoureux d'elle, est un dénouement digne d'un drame shakespearien. Alors expédier ça en une moitié d'épisode, ça fait quand même bizarre.

Le problème reste le même: la série ne se donne pas le temps de bien construire son intrigue. Pour que cette tragédie finale prenne tout son poids, il aurait d'abord fallu qu'on croit en l'histoire de Dany et Jon. Mais leur relation, qui n'a été établie que par quelques scènes superficielles, a surtout été marquée par l'absence d'alchimie entre les personnages. Le fait que le dernier plan qu'ils partagent rappelle la fin très poignante d'Ygritte dans les bras de Jon souligne encore plus ce cruel manque.

Et puis on aurait aimé que Jon débatte de sa décision pendant un peu plus longtemps et qu'il étudie d'autres possibilités avant d'arriver à cette conclusion violente qui, si elle est compréhensible, paraît ici très soudaine.

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Tyrion, il prend pas un peu vite la confiance pour un prisonnier?

Le mec est enchaîné mais il donne une conférence sur la géopolitique de Westeros et appelle à créer un nouveau régime, tranquille.

Euh… «Qui a une meilleure histoire que Bran le Brisé»?!

Tyrion n'a pas dû regarder la même série que nous, parce qu'on peut penser à une bonne demi-douzaine de personnages avec une histoire aussi bonne voire meilleure que celle de Bran.

Deux d'entre elles sont assises en face de lui: Arya est passée de petite fille noble à assassin redoutable qui a éliminé la plus grande menace contre l'humanité; Sansa a traversé les pires horreurs pour finalement devenir la meilleure dirigeante de Westeros.

Mais oui, le mec qui est tombé d'une tour et communique avec les arbres a une histoire beaucoup plus inspirante et cool.

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Il est super efficace ce conseil, n'est-ce pas?

En dix minutes, ils ont réussi à décider de l'avenir du royaume et à s'accorder sur un souverain –une question qui est quand même, rappelons-le, au cœur de tous les conflits depuis le début de la série. Soit ils ont tous suivi des cours à Sciences Po, soit Benioff et Weiss avaient vraiment envie de boucler toute cette intrigue en un épisode.

Tout le monde s'en fout que Jon soit l'héritier?

Ok, il ne veut pas la couronne et il a tué Daenerys, mais l'héritage de Jon était LE sujet sur toutes les lèvres pendant deux saisons, donc ça aurait été cool de le mentionner même vite fait pendant le conseil, ne serait-ce que pour éliminer la possibilité pour de bon.

Il a vraiment eu une vie de merde, Jon, non?

Non mais sérieusement: il a été traité comme un bâtard pendant toute son enfance, il s'est retrouvé dans un ordre de losers au bout du monde dans un froid de gueux, sa première meuf est morte dans ses bras, il a été trahi et tué par ses hommes, il s'est battu dans plus de batailles que n'importe quel autre personnage de la série (dont plusieurs contre une armée de zombies), puis il a découvert que sa deuxième meuf était sa tante et qu'elle avait des tendances tyranniques et il a dû la tuer avant qu'elle n'achève de trucider tout le monde!! Tout ça pour finalement se retrouver de nouveau au bout du monde dans un froid de gueux. Quelle lose.

Mais du coup, elle sert à quoi la Garde de Nuit, là?

Fidèle à elle-même, la série ne s'attarde pas trop sur les détails. Tyrion dit juste qu'il faudra toujours un endroit pour les parias, mais on a du mal à savoir à quoi sert la Garde, maintenant que les Marcheurs Blancs ont été éliminés et que les sauvageons ne sont plus considérés comme des ennemis.

Qui la dirige et s'assure que les règles sont appliquées? Apparemment, il n'y a presque que des sauvageons à Castle Black, et c'est pas eux qui vont se préoccuper du vœu de célibat de Jon (même s'il ferait dans tous les cas mieux de rester seul, vu son passif).

Quand il part avec Tormund et les autres, c'est pour rétablir des tribus de sauvageons dans le nord? Est-ce que Jon va devenir roi au-delà du Mur? Encore une fois, c'est une fin douce-amère et très émouvante, mais qui pèche dès qu'on rentre dans le détail.

On sait que la guerre a fait beaucoup de victimes, mais Tyrion n'a pas trouvé mieux que Bronn et Davos pour siéger dans son conseil?

C'est un peu la misère, sérieux –même si Davos a fait de sérieux progrès en grammaire (on est très fières de lui).

Le coup du livre qui relate toute l'histoire à laquelle on vient d'assister, c'est pas un peu pompé sur «Le Seigneur des anneaux»?

Bah si, beaucoup même. C'est tellement prévisible que pas mal de fans avaient deviné que Sam serait l'auteur de A Song of Ice and Fire. Honnêtement, ce genre de révélation-clin d'œil aux fans, c'est juste un peu naze (on ne s'est toujours pas remises de la fin de Gilmore Girls, où elles décident d'écrire un livre qui s'appelle... Gilmore Girls).

Il va se passer quoi quand Grey Worm va se ramener à Naath avec les Unsullied?

«Salut, ma meuf morte était originaire d'ici, alors je me suis dit que j'allais rappliquer avec tous mes potes.»

Est-ce que les personnages secondaires ont eu la fin qu'ils méritaient?

Notre seule grosse déception, c'est Grey Worm, qui n'a jamais été très développé dans la série et finit vraiment son arc comme un connard, aveuglé par sa loyauté envers Daenerys au point d'égorger des prisonniers de guerre –lui qui, il y a trois saisons, faisait la leçon à Tyrion sur l'esclavage et la cruauté envers le peuple et qui a suivi Daenerys parce qu'elle promettait de mettre fin aux massacres d'innocent·es.

Comme Missandei il y a deux épisodes, on aurait bien aimé que l'un des rares personnages racisés (et pauvres) de la série soit écrit avec un peu plus de consistance.

On est cependant contentes d'avoir retrouvé une dernière fois certains personnages secondaires, comme Yara, Edmure Tully et même le petit Robin, qui semble avoir bien grandi! On a même revu Tormund et Sam, qui ont eu droit à une conclusion plutôt satisfaisante, l'un en cimentant son amitié avec Jon au-delà du Mur, l'autre en devenant enfin Grand Maester au service du royaume (on imagine qu'ils ont changé les règles et que désormais, les maesters peuvent avoir des enfants).

Mais côté personnages secondaires, c'est la dernière scène de Brienne, devenue Lord Commandante de la Garde Royale, qui nous a le plus émues.

La première femme chevalier de Westeros a eu une saison 8 riche en événements, entre son adoubement, son union avec Jaime puis leur séparation. L'arc de Brienne a toujours été lié à celui du chevalier Lannister, et on avait été assez frustrées de la voir abandonnée et brisée émotionnellement, alors qu'elle commençait à peine à se montrer vulnérable.

Qu'elle rétablisse ici une dernière fois l'honneur du Régicide, dont elle était l'une des rares à percevoir toute l'humanité, était donc particulièrement touchant. Et quand elle a écrit qu'il était «mort en protégeant sa reine», on a eu un gros pincement au cœur (et puis franchement, elle n'est vraiment pas rancunière).

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Avez-vous remarqué la petite pousse au nord du Mur, à la fin?

Ça y est, le printemps est arrivé.

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Qu'est-ce qu'on fait, maintenant?

Bah on reprend notre vie normale, en sachant qu'il n'y aura peut-être plus jamais de phénomène télé de cette ampleur. Même si les deux dernières saisons ont été décevantes, on ne peut pas nier à Game of Thrones son impact incommensurable sur la pop culture, sur les codes narratifs de la télé et sur la façon dont on consomme les séries.

Ce qui a commencé comme un pari un peu fou de transformer une saga fantasy réputée inadaptable en série HBO est devenu en une petite décennie le plus gros succès de l'histoire de la télé. Même si le nombres de théories et de réactions qu'a engendrées le programme a pu être épuisant, Game of Thrones va laisser un gros vide qu'on aura du mal à combler.

En vrac

– Le look de Sansa à la fin, c'est un mix de Jeanne d'Arc, d'Elizabeth I (version Cate Blanchett) et de Valentino. On aime.

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– C'était triste quand Tyrion a trouvé Jaime et Cersei :(

«Vous venez juste de penser à ça?»: Tyrion, il sait que Jon, c'est pas un rapide et qu'il a pas pu penser à «L'amour, c'est la mort du devoir» de lui-même.

– Ce plan de Daenerys avec le dragon dans son dos est vraiment très beau.

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– On veut une pancarte «Uncle, please sit» pour notre prochain dîner de famille.

– Drogon, c'est tellement un anarchiste, en fait.

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– Ah et ça y est, Sam a inventé la démocratie.

– La blague sur l'omission de Tyrion dans l'histoire de Westeros est drôle, mais c'est quand même difficile à croire quand on sait qu'il a été la Main d'un roi et d'une reine, accusé du meurtre de Joffrey et coupable de celui de Tywin Lannister.

– Robin Arryn, c'est un peu le Neville Londubat de Westeros niveau glow up.

– Il est sympa, Ghost: nous, si Jon nous avait traitées comme ça il y a deux épisodes, on lui aurait arraché le bras.

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– Entre le drapeau Targaryen pendu à la façade et Daenerys qui surplombe son armée du haut des marches, l'imagerie nazie était très forte dans cet épisode.

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«Il n'y a rien de mieux au monde qu'une bonne histoire.» Ah ça, on ne vous le fait pas dire.

– Yara, elle voit Sansa déclarer l'indépendance du Nord et elle pense pas à faire pareil avec les Îles de fer?

– Arya, Sansa et Jon sont tous les trois accompagnés du loup Stark à la fin de la série: la première est sur un bateau qui porte l'emblème de sa famille, la couronne de la seconde représente deux têtes de loup et le troisième est réuni avec Ghost.

Capture écran

– Brienne a un gros level en calligraphie, elle serait bonne en bullet journal.

– Edmure Tully, c'est vraiment le François Bayrou de Westeros.

– C'est quand Tyrion parle de Sansa et Arya à Jon que ce dernier commence à envisager de tuer Daenerys. Un beau rappel à Ned, qui dans la première saison avait décidé de trahir son honneur et d'affirmer être un traître pour protéger ses filles.

– Le pauvre Bran, maintenant, tout le monde l'appelle Bran le Brisé. Un peu validiste, tout ça.

– Dans un joli parallèle, la toute dernière scène de la série fait écho à la toute première scène du pilote.

La dernière scène. | Capture écran

La première scène. | Capture écran

– On vous laisse sur cette réplique, qui pourrait être la devise de cette saison: «Personne n'est content, ce qui veut probablement dire que c'est un bon compromis.»

Anaïs Bordages Journaliste

Marie Telling Journaliste

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