Culture

«Game of Thrones», saison 8, épisode 2: «Un chevalier des Sept Couronnes», récap et analyse

Temps de lecture : 12 min

[ATTENTION SPOILERS] Toutes les questions que l'on se pose après l'épisode 2 de la saison 8 de «Game of Thrones» (et toutes nos réponses).

Jaime, culotte-slayer | Capture d'écran via YouTube
Jaime, culotte-slayer | Capture d'écran via YouTube

Ça y est, comme l'hiver, la saison 8 de Game of Thrones est enfin arrivée. Pendant les six semaines de sa diffusion, on analysera chaque nouvel épisode, et on vous aidera à y voir plus clair. D'ailleurs, si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire sur Twitter, peut-être qu'on y répondra la semaine suivante!

Est-ce que vous êtes encore en train de pleurer?

Parce que nous oui. Franchement, cet épisode était tellement parfait que l'on a bon espoir que la série réussisse à conclure en beauté. Après une saison 7 inégale et contenant pas mal de soucis d'écriture, on s'était un peu résolues à n'attendre plus que du grand spectacle de la part de Game of Thrones –la série d'aujourd'hui n'ayant plus le temps de s'intéresser aux dynamiques entre les personnages comme à ses débuts.

Heureusement, les créateurs ont décidé de nous offrir une heure de calme avant le combat de la semaine prochaine, dans un superbe épisode à l'ancienne écrit par Bryan Cogman, le plus gros fan de l'univers de George R. R. Martin parmi les scénaristes. Très respectueux des livres et amoureux des belles scènes de dialogues, c'est lui qui nous avait offert des moments de grâce comme la scène du bain entre Jaime et Brienne dans «Kissed by Fire» et celle du monologue de Tyrion lors de son procès dans «The Laws of Gods and Men».

Digne héritier de ces très beaux épisodes, «A Knight of the Seven Kingdoms» est une ultime déclaration d'amour aux personnages. Pas de scène d'action, peu d'avancées dans l'intrigue (à part la révélation de Jon à Daenerys à la fin), juste des moments très bien écrits d'échange et de communion entre nos héros alors qu'ils se préparent à affronter la mort.

L'épisode prend son temps et nous offre des scènes inoubliables, à l'image de l'adoubement de Brienne par Jaime et des retrouvailles de Théon et Sansa. Il n'y a pas une seule fausse note dans cette magnifique heure de télévision. Bref, du grand Game of Thrones qui nous met dans l'ambiance avant la plus grosse scène de bataille de l'histoire de la série.

Est-ce qu'on peut avoir un spin-off sur l'enfance de Tormund?

Parce qu'on est sûres que «la fois où j'ai têté au sein d'une géante pendant trois mois» n'est même pas dans le top 5 de ses histoires les plus tarées.

À quel moment Théon est-il devenu le mec le plus émouvant de la série?

À chaque fois qu'on le voit, on pleure. Franchement, on est les premières surprises: cruellement torturé par Ramsay pendant plusieurs saisons et réduit à une espèce de légume perpétuellement apeuré, Théon a hérité de l'une des pires intrigues de la série. Mais malgré ce rôle parfois ingrat, Alfie Allen a prouvé qu'il était un acteur incroyablement talentueux.

On l'avait vu dans la saison 2, lors des terribles scènes de sa trahison envers les Stark et de son invasion de Winterfell. Depuis les deux dernières saisons, on a enfin eu l'occasion de voir son personnage évoluer. Après avoir aidé Sansa à s'échapper des griffes de Ramsay, rallié sa sœur Yara et partagé un échange bouleversant avec Jon sur leur amour pour Ned, Théon était déjà sur la voie de la rédemption. Sa décision d'aller aider les Stark dans le premier épisode de cette huitième saison nous a beaucoup émues et cette semaine, ses retrouvailles touchantes avec Sansa nous ont bouleversées.

On voit bien que les deux personnages ont énormément d'affection et d'amour l'un pour l'autre. Sansa a beau s'être considérablement endurcie au fil des saisons, elle change complètement de visage lorsqu'elle aperçoit Théon, l'une des rares personnes encore vivantes qui l'a connue alors qu'elle était enfant et qui a elle aussi fait l'expérience de la cruauté de Ramsay.

Qui aurait cru lors du tout premier épisode que Jaime deviendrait un personnage aussi fascinant?

De la scène d'ouverture à celle de l'adoubement de Brienne, en passant par ses conversations avec Bran et Tyrion, Jaime nous prouve encore qu'il est, avec Théon, l'anti-héros le plus fascinant de Game of Thrones.

Il existe d'ailleurs beaucoup de parallèles entre l'histoire des deux personnages, de leurs crimes passés à leur chemin vers la rédemption. Tous les deux très fiers et arrogants au début de l'histoire, ils ont commis l'irréparable par loyauté familiale mal placée. Chacun a vécu un traumatisme physique considérable qui les a forcés à l'humilité: Jaime a perdu la main qui faisait de lui le meilleur duelliste de Westeros, Théon a été émasculé, lui qui était si fier de ses prouesses sexuelles. Et ils ont appris l'honneur grâce à l'influence de figures profondément morales (Brienne pour Jaime et le souvenir de Ned pour Théon).

Comme Théon, de retour à Winterfell pour expier ses péchés, Jaime prouve ici tout le chemin qu'il a parcouru depuis le début de la série, pour enfin devenir un héros humble et honorable.

Et puis on est d'accord que Jaime est toujours un culotte-slayer?

On ne se remet toujours pas de sa barbe grisonnante.

Qui d'autre a fondu en larmes quand Brienne a été faite chevalier? Ne mentez pas.

Ce n'est pas un hasard si le titre de l'épisode, «Un chevalier des Sept Couronnes», fait directement référence à cette scène, l'une des plus belles et des plus satisfaisantes de toute la série –Bryan Cogman a même dit que c'était la raison principale pour laquelle il voulait écrire cet épisode.

Depuis qu'on la connaît, Brienne grimace à chaque fois qu'on l'appelle «lady», elle qui ne correspond en rien aux normes de la société patriarcale dans laquelle elle a grandi. Cet adoubement inédit, en plus de rétablir une grande injustice, transforme une blague récurrente («I'm not a lady») en un vrai message d'espoir et de rébellion (comme le dit Tormund, «fuck la tradition»).

Gwendoline Christie est parfaite dans cette scène, qui représente pour Brienne l'accomplissement de toute une vie, mais aussi l'aboutissement de sa relation avec Jaime. Dans un moment qui symbolise la confiance que les deux personnages ont bâtie au fil des saisons, c'est lui qui décide de l'adouber, après avoir été son captif puis son allié et son défenseur.

Comment ne pas s'émouvoir en voyant le respect et l'admiration de tous les hommes qui entourent Brienne dans cette scène, alors qu'elle a passé une grande partie de sa vie à être la risée de tout le monde?

Capture d'écran

Est-ce que vous aussi, pendant la scène entre Arya et Gendry, vous hésitiez entre la joie et la gêne?

Arya a beau avoir 18 ans dans la série, on ne l'a jamais vue traverser la puberté –contrairement à Sansa, qui a eu ses règles à l'écran– et elle n'a jamais été sexuée. Alors la voir perdre sa virginité devant nous, qui plus est avec un homme plus âgé, ça fait quand même tout drôle.

Ceci dit, il s'agit de l'une des rares scènes de sexe de Game of Thrones où la femme a le contrôle, où tout est consensuel et activement désiré –et où il n'y absolument aucun inceste à l'horizon.

On est bien loin des scènes où la série objectifie le corps de ses actrices –les créateurs ont d'ailleurs demandé à Maisie Williams comment elle voulait être filmée. Si l'on aperçoit son corps, c'est surtout pour établir qu'elle est désormais une femme, et non plus une enfant. Pour Arya, qui est passée de petite fille à redoutable tueuse sous nos yeux, cette scène représente un peu l'adolescence qu'elle n'a jamais eue.

Alors que depuis plusieurs saisons, on l'a vue devenir de plus en plus froide et robotique, elle récupère ici un peu de son humanité et nous montre qu'elle a d'autres désirs que celui d'assassiner ses ennemis.

En plus d'être l'amant le plus légendaire de Westeros, Podrick est aussi un très bon chanteur?

Ouais, et en plus, il sait de mieux en mieux se battre. Quel homme! Par contre, il devrait emprunter le shampoing de Théon, parce que là, ça va pas du tout.

D'ailleurs, elle sort d'où sa chanson?

Il s'agit d'une chanson très populaire à Westeros, mentionnée dans les livres par le fantôme de Noblecœur, une sorcière qui peut prédire l'avenir. Elle raconte l'histoire d'une certaine Jenny of Oldstones (Jenny de Vieilles-Pierres), qui danse avec ses fantômes dans un château désert, en essayant d'oublier sa douleur et sa peine.

Cette ballade sur le deuil et la disparition d'un monde est la bande-son parfaite pour la dernière nuit de nos héros avant la bataille apocalyptique. Comme il s'agit de Game of Thrones, la chanson n'a bien évidemment pas été choisie par hasard. La Jenny en question était mariée à un Targaryen (Duncan, le grand-oncle de Dany), qui a renoncé à la couronne par amour pour elle –un choix qui présage peut-être celui que Jon ou Dany devra faire.

Mais ce n'est pas tout: la sorcière qui évoque cette chanson dans les livres est aussi celle qui avait prédit que Azor Ahaï, AKA «le prince qui fut promis», AKA celui-qui-va-sauver-tout-le-monde, descendrait du roi Aerys Targaryen.

Pour rappel, la prophétie d'Azor Ahaï obsède pas mal de monde depuis le début de la série. Mélisandre pensait que Stannis était l'élu, avant de prendre conscience de son erreur. Daenerys semble croire qu'il s'agit d'elle-même, tandis que beaucoup de fans misent sur Jon. Si Azor Ahaï existe bel et bien, on devrait enfin découvrir son identité dans les prochains épisodes.

En attendant, les créateurs de la série ont offert un petit clin d'œil aux plus grands fans avec le choix de cette ballade.

En parlant de prophétie, vous avez relevé le clin d'œil à celle sur la mort de Cersei?

Quand Tyrion dit: «Peut-être qu'après ma mort, je marcherai sur Port-Réal pour la déchiqueter», il fait sans le savoir allusion à la prophétie qu'une sorcière avait livrée à Cersei lorsqu'elle était adolescente.

Dans la série, la prophétie dit que Cersei perdra ses trois enfants et sera reine jusqu'à ce qu'une autre, plus jeune et plus belle, la remplace. Mais le livre donne un détail supplémentaire: elle mourra de la main du valonqar, ce qui signifie «petit frère» en haut valyrien. Cersei a toujours pensé qu'il s'agirait de Tyrion, mais n'oublions pas que Jaime est né seulement quelques minutes après elle… Wink wink.

Daenerys est allée à l'école des clowns entre la saison 7 et la saison 8 ou quoi?

Parce que sa blague sur la taille de Jon, c'était quelque chose.

Bran a un rôle majeur à jouer dans la guerre contre le Night King, ok, mais c'est quoi ses pouvoirs, exactement?

Si Bran est l'objet du plus grand nombre de théories de fans, c'est avant tout parce que l'étendue et la nature de ses pouvoirs restent un mystère. On sait qu'il n'est plus tout à fait lui-même depuis qu'il est devenu la Corneille à trois yeux et qu'il a téléchargé toutes les connaissances de l'univers. Il est désormais le gardien de la mémoire de Westeros.

Sauf qu'en fait, Bran, c'est un peu comme Google: il a réponse à toutes les questions, mais encore faut-il savoir lesquelles poser. Il ne savait pas, par exemple, que les parents de Jon s'étaient mariés en secret avant que Sam ne le lui révèle. Mais une fois qu'il l'a appris, il a pu immédiatement revisiter la scène.

Comme on l'a vu à plusieurs reprises dans la série, Bran a effectivement le pouvoir de se transporter dans le passé pour revivre certains moments de l'histoire. La question qui se pose, c'est de savoir s'il peut changer le présent en transformant le passé.

Certain·es pensent par exemple que Bran tentera de retourner au moment où les Enfants de la forêt ont créé le Night King, pour les empêcher de commettre une telle erreur et mettre fin à la guerre. Les questions de perturbations spatio-temporelles sont toujours des casse-têtes absolus, mais plusieurs éléments laissent à penser que ce genre de théorie ne tient pas la route.

La seule fois où Bran a eu un impact sur un événement passé est lorsqu'il a entraîné la transformation d'Hodor. Mais cela n'a été possible que parce que Bran avait pris possession du corps d'Hodor dans le présent, alors même qu'il était en train de visiter le passé (si vous commencez à avoir mal à la tête, c'est normal).

Et puis le Hodor que l'on a connu dans la série était déjà traumatisé par cet événement. La crise provoquée par Bran dans le passé n'a pas changé le cours de l'intrigue dans le présent, elle a juste expliqué l'origine tragique de l'état d'Hodor.

De toute évidence, le présent est donc immuable, et l'influence de Bran sur le cours de l'histoire a déjà eu lieu. Du coup, si la Corneille à trois yeux sauve l'humanité, ça ne sera probablement pas en empêchant la création du Night King dans le passé.

On est les seules à trouver que Jon a plus d'alchimie avec Tormund qu'avec Daenerys?

Quand Tormund l'a appelé «mon petit corbeau», on a eu envie qu'ils s'enfuient ensemble au nord du Mur pour y mener une vie paisible faite d'amour et d'eau fraîche.

Est-ce qu'on vient de voir l'épisode le plus féministe de la série?

Le titre fait référence à l'adoubement de Brienne, mais tout l'épisode fait la part belle aux femmes puissantes de la série. Il y a Lady Mormont, qui insiste pour aller au combat, ainsi que la petite fille qui dit à Gilly et Davos qu'elle veut se battre… Mais surtout Daenerys et Sansa, qui tentent de mettre leurs différends de côté, et Arya, qui fait la démonstration de ses talents de guerrière avant de perdre sa virginité dans une scène où elle mène totalement la danse.

Ces trois héroïnes se sont progressivement masculinisées au fil des saisons, et c'est particulièrement frappant dans cet épisode. Toute leur gestuelle semble empruntée aux héros masculins de leur entourage (notamment Ned Stark) et leur garde-robe renvoie aux armures traditionnellement portées par les hommes (encore une fois, la tenue d'Arya est inspirée par Ned).

Capture d'écran

Mais nos héroïnes ont aussi un point de vue spécifiquement féminin sur les relations de pouvoir, comme lorsque Daenerys tente de faire la paix avec Sansa ou que cette dernière disserte sur le fait que les hommes sont facilement manipulables.

Cet épisode montre à quel point elles sont fortes, tout en restant vulnérables: Daenerys confie à Sansa qu'elle est tombée amoureuse de Jon, Brienne ne cache pas ses larmes lorsqu'elle est adoubée et Arya exprime son désir de manière franche et décomplexée.

Bref: si elles se sont toutes bâties en réaction à une société ultra patriarcale et ont dû beaucoup s'endurcir, ce sont leurs expériences de femmes qui leur permettront peut-être de vaincre à la fin.

En vrac

– Le manbun de Jon est de retour, nos ovaires approuvent.

– Jaime confirme que Cersei était bien enceinte dans la saison 7. Reste à savoir si elle a fait une fausse couche depuis.

– Si vous savez où l'on peut se procurer les épaulettes en fourrure rouge de Daenerys, ça nous intéresse.

Capture d'écran

– Wow, Gendry, il est à point comme un bon steak Charal.

– D'ailleurs, on a beaucoup apprécié le female gaze employé dans la scène où Arya mate ses biceps.

Capture d'écran

– Les préliminaires selon Arya: lancer des couteaux en marmonnant: «Je connais bien la mort, c'est une pote à moi.»

– Le blason à côté du nom de Kit Harrington dans le générique est toujours celui des Stark… Intéressant.

– On a versé notre petite larme lors de l'échange entre Davos et la petite fille qui ressemble beaucoup à Shireen.

– C'est la première fois que l'on voit Ghost depuis la saison 6, et on espère que la série va enfin l'utiliser dans une bataille (voire même faire revenir Nymeria et sa meute).

– MDR Tormund, c'est vraiment le mec trop gênant en soirée.

– Grey Worm et Missandei prévoient déjà leur retraite à Narth, on sent que ça va mal finir.

– Varys qui lutte pour trouver la poche de sa tunique: on est toutes passées par là.

– L'arme que Gendry a forgée pour Arya est une version améliorée de celle qu'elle utilisait lors de son entraînement à Braavos.

– Après «The Rains of Castamere» interprétée par Sigur Rós et The National, et «The Bear and the Maiden Fair» interprétée par The Hold Steady, c'est cette fois Florence + the Machine qui reprend une chanson traditionnelle de Westeros en chantant «Jenny of Oldstones» dans le générique.

On espère que vous avez dit vos prières, fait vos pronostics et posé vos RTT, parce que la semaine prochaine, ça va envoyer.

Anaïs Bordages Journaliste

Marie Telling Journaliste

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