Parents & enfants / Culture

«Je vois bien Fantômette à la tête d'une académie consacrée aux super-héroïnes»

Temps de lecture : 5 min

Le personnage créé par Georges Chaulet n'a toujours pas fait tomber le masque. Ça commence à être un peu ridicule.

Couverture de Fantômette et l'île de la sorcière de Georges Chaulet. | Bibliothèque Rose
Couverture de Fantômette et l'île de la sorcière de Georges Chaulet. | Bibliothèque Rose

C'est une simple question de génération mais je n'imagine pas qu'on puisse acheter une aventure de Fantômette à l'état neuf. Un exemplaire de Fantômette, comme la plupart des livres des Bibliothèque Rose ou Verte, se doit d'être jauni, de sentir juste un peu le renfermé, d'être redécouvert chaque été dans les placards aux trésors de sa mamie Jeannine. Là, entre un baril de coureurs cyclistes en plastique et l'édition 1978 du jeu de société Jeux sans frontières, Alice la détective et Bennett l'écolier anglais m'attendaient également. Ainsi que tous les personnages créés par Enid Blyton.

Je ne sais pas ce qu'est devenu le Jeux sans frontières de ma grand-mère. Je crois que je préfère vivre dans le souvenir. Dans ma mémoire, c'était un jeu sensationnel, avec des rebondissements de dingue. J'imagine que si je tentais d'y rejouer aujourd'hui, la désillusion risquerait d'être grande.

C'est un peu pareil avec le personnage de Fantômette, avec qui je n'ai pas été en contact depuis près de vingt-cinq ans. Je me souviens l'avoir quittée sur un coup de tête, un peu lâchement, parce que je commençais à ne plus assumer le fait d'être fan d'une pré-ado affublée d'un masque et moulée dans un justaucorps... et, aussi, parce que l'adaptation télévisée m'avait franchement collé la honte. Diffusée dans l'émission les Minikeums à partir de 1992, elle semblait avoir été écrite sur un coin de nappe et décorée à l'aide de carton-pâte. Aujourd'hui, je continue à connaître une partie du générique par cœur, alors que j'aurais au contraire voulu effacer à jamais cette série de mon esprit. Mais on sait bien que le ridicule et le gênant sont souvent indélébiles.

Cousine des 4 As

Oublions le programme télévisé pour nous concentrer sur la série de livres. Fantômette a été créée en 1961 par Georges Chaulet, l'homme auquel on doit également la bande dessinée Les 4 As, qui fait également partie de mes grands souvenirs d'enfance.

On peut quasiment considérer Fantômette comme l'une des premières super-héroïnes françaises de l'histoire. Comme Superman ou Fantômas, elle apparaît et disparaît au gré de ses envies, sans que les personnes qui l'entourent ne parviennent jamais à deviner qui se cache derrière son masque d'enquêtrice secrète. En réalité, Fantômette n'est autre que Françoise Dupont, jeune citoyenne de la ville de Framboisy. On peut d'ailleurs considérer Fantômette comme la dernière super-héroïne de l'histoire s'appelant Françoise.

Dans la cinquantaine de romans qui lui sont consacrés, Fantômette-Françoise semble gérer sa double identité avec une maestria qui fait franchement rêver. À bien y regarder, ce sont surtout ses amies et ses ennemis qui n'ont absolument aucune jugeote. Fantômette et Françoise ne sont jamais dans la même pièce au même moment, l'évaporation de l'une entraîne très fréquemment l'apparition de l'autre. Tout le monde continue à se demander qui peut bien être cette super combattante du crime.

Petit, je me souviens m'être déjà fait cette remarque: un monde où les gens n'arrivent pas à comprendre que Françoise et Fantômette sont la même personne, ce n'est pas franchement un monde de Prix Nobel. Ça ternit un peu le prestige de l'héroïne: il est plus facile d'aligner les victoires dans un monde rempli d'imbéciles.

«Je n'en suis pas si sûre, me contredit Vanina, 36 ans. Tout le monde connaît cette phrase d'Audiard sur les cons qui osent tout. Leur caractère imprévisible les rend particulièrement pénibles à gérer. Je ne crois pas que faire régner l'ordre soit plus simple lorsqu'on est entourée d'idiots.» Vanina imagine même une Fantômette usée par ses enquêtes incessantes: «Dans les livres, elle court dans tous les sens, c'est la folie. En grandissant, je la vois bien perdre un peu la tête et continuer à évoluer dans son costume de justicière, sans se rendre compte que tout le monde a compris depuis longtemps qui elle était.»

De telles situations pourraient atteindre des sommets de pathétisme: «J'imagine que ça doit déjà exister, mais j'imagine bien une super-héroïne totalement ringarde, pas perspicace pour deux sous, passée du statut de gloire locale à celui de gros boulet en quelques décennies. L'enfant-star qui refuse de passer à autre chose, c'est un thème que j'aimerais voir dans plus de films et de bouquins. Je me souviens d'un truc de ce genre dans Moi, moche et méchant 3, mais il faudrait combiner ça à une réflexion sur la vieillesse des super-héros.»

Fantômette contre Steve Carell

Vanina imagine Fantômette dans un univers à la The Office, version Steve Carell ou François Berléand Ricky Gervais:

«Pour oublier qu'elle a un job complètement naze, Françoise sort parfois de son tiroir de bureau sa panoplie de Fantômette, qu'elle va enfiler dans les toilettes pendant que ses collègues sont en pause déjeuner. Elle tente de résoudre des problèmes de photocopieuse ou un vol de trombones sous sa fausse identité. Quand elles réintègrent l'open space, les autres personnes font semblant de ne pas savoir qui elle est, juste pour lui faire plaisir. J'imagine quelque chose de si pathétique que ça pourrait presque en devenir touchant. Quand même, il serait temps que Fantômette grandisse un peu. Que quelqu'un ait une conversation avec elle, ça devient urgent.»

Quand il était petit, Willy, 31 ans, a demandé avec insistance un costume de Fantômette pour son anniversaire. Il n'a jamais reçu ce cadeau. «Sans doute parce que j'étais un garçon. Je ne vous dis pas la déception.» Aîné d'une fratrie de trois, Willy aurait adoré avoir une sœur: «Une grande, si possible. Une fille du genre Fantômette, qui puisse m'apprendre plein de trucs, y compris à taper des méchants.»

La Fantômette adulte de Willy est bien différente de celle imaginée par Vanina: «Je la vois bien à la tête d'une académie consacrée aux super-héroïnes. Aujourd'hui, elle serait la mamie super classe qui apprend à plein de justicières en herbe comment réussir une filature, se battre, concevoir et utiliser des accessoires en tout genre.» Le tout dans sa bonne vieille ville de Framboisy: «C'est le lieu idéal pour installer une école secrète. On peut faire passer ça pour une colonie de vacances ou un centre d'entraînement pour sportives. Quand les stages sont terminés, mamie Françoise peut goûter à une semi-retraite bien méritée, loin des grandes villes et du poste de ministre de l'Intérieur proposé par le président Hamon.» On nage en pleine science-fiction.

Willy insiste: «Les petites filles et les jeunes femmes ont besoin de modèles aussi proches d'elles que possible. La montée en puissance des super-héroïnes américaines, c'est super, mais vu de chez nous, ça peut parfois donner l'impression que tout ça appartient au rêve américain et que la France doit se contenter de Joséphine, ange gardien comme inspiration super-héroïque.» Effectivement.

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