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«Koh-Lanta, La Légende»: le délicieux supplice du mardi soir

Temps de lecture : 6 min

Au programme de cette première semaine de notre nouvelle chronique télé, angoisse et «Koh-Lanta». Koh Langoisse, quoi.

Koh-Lanta – La légende, c'est un peu les JO de la dèche. | Capture d'écran
Koh-Lanta – La légende, c'est un peu les JO de la dèche. | Capture d'écran

Bienvenue dans Anaïs regarde la télé. Le principe de cette chronique hebdomadaire est simple: son autrice s'appelle Anaïs Bordages et parfois, elle regarde la télé.

Si vous me connaissez déjà un petit peu*, vous savez que j'ai une passion toute particulière pour la télé-réalité, ses drames, ses manipulations, et ses personnages hauts en couleur. (*Si vous ne me connaissez pas encore, merci de vous référer au paragraphe précédent.) Il y a l'émission où les gens cuisinent, l'émission où les gens se draguent, l'émission où les gens chantent. Et puis, pour les amateurs de chaos, il y a «Koh-Lanta»: l'émission où les gens souffrent. Afin de rester dans la thématique du moment, il fallait donc forcément inaugurer cette chronique avec celle-là.

«Koh-Lanta», c'est la promesse d'un délicieux supplice tous les mardis soir. C'est l'occasion d'avoir des crampes et de faire augmenter votre tension artérielle sans bouger du canapé –et je pense qu'on sera tous d'accord là-dessus, ce qui nous manque vraiment en ce moment, c'est un peu de stress supplémentaire.

Mais c'est aussi l'émission où l'on peut oublier ses propres peines en regardant des gens souffrir dans un cadre paradisiaque. Grâce à TF1, on peut contempler ces pauvres êtres à la peau brûlée et couverte de plaies infectées, qui ont choisi de volontairement s'affamer et se tordre les ligaments, et se murmurer à soi-même: «Finalement, j'ai peut-être plus d'argent, plus d'appartement et plus d'amant, mais au moins, je suis pas en train de me faire bizuter à “Koh-Lanta”.» Alors merci, chers candidats, pour votre sacrifice.

Formule «All Stars»

Si je lui vouais un culte passionné pendant les premières saisons, j'avoue que j'ai laissé tomber «Koh-Lanta» il y a quelques années, au moment où l'âge d'or de la télé-réalité française («Nouvelle Star» version M6, «Star Ac'», «Secret Story») touchait à sa fin, laissant les chaînes de la TNT s'emparer du marché. Après avoir suivi en dilettante la saison de Vincent «I don't want this» Blier, c'est donc la première fois depuis des années que je redécouvre véritablement l'émission. Et je dois dire que j'ai bien choisi mon moment, avec cette formule «All Stars» de l'extrême.

Cette nouvelle saison, intitulée «Koh-Lanta, La Légende», est censée être la plus difficile de toutes. Mais, bizarrement, ça n'est pas sur le fait de chercher un deux-pièces à moins de 1.000 euros à Paris. Personnellement, je trouve que c'est un peu le challenge ultime, mais ok.

Quand un proprio te ghoste alors que tu lui as envoyé tous tes bulletins de salaire depuis 2005, ton arbre généalogique sur huit générations, des analyses d'urines et un échantillon de ton sang.

Recyclage de candidats

En gros, la production a rassemblé vingt-et-un vieux loubards, qui ont déjà fait «Koh-Lanta» quatre ou cinq fois, et les a faits revenir pour une nouvelle grève de la faim carabinée (et cette fois-ci, on ne leur a même pas filé du riz). En fait, «Koh-Lanta, La Légende», c'est un peu les JO de la dèche. Mais l'avantage, quand on fait revenir des guerriers déjà confirmés, c'est qu'on se retrouve avec des fous furieux comme Laurent, qui conserve d'impressionnants pectoraux alors qu'il a arrêté de s'alimenter depuis huit jours, et affirme que tout ça, «c'est dans la tête». Euh pas trop quand même. Mais belle leçon de résilience en ces temps troublés. Sinon, je ne sais pas si, à l'époque, Denis Brogniart disait déjà «mano a mano» au premier degré, mais je trouve ça extrêmement angoissant.

Comme il s'agit d'une saison spéciale «légendes», j'ai pu faire la connaissance de certains candidats qui m'avaient auparavant échappé. Notamment Claude, pour qui l'expression «Big Dick Energy» a clairement été inventée, «Clem la rage» dont le surnom très raccord avec cette période de merde me fait hurler de rire, ou le très choupi Phil, qui pleure plus dans cette émission que moi quand je compose un dossier immobilier en plein syndrome prémenstruel.

Mais malgré mes nouveaux favoris, je reste team Sud-Ouest, et donc team Clémence. C'est la règle, c'est comme ça (et au passage, #JusticePourMichelSarran).

Des épreuves casse-tête

Redécouvrir «Koh-Lanta», c'est aussi constater que les épreuves du jeu sont devenues hyper archi-compliquées. Pour moi, «Koh-Lanta», c'était l'émission où tu perdais les poteaux parce que la VAR montrait que ton pouce avait bougé de 1 millimètre. Aujourd'hui, la production doit sans doute distribuer un manuel d'instructions illustré de 46 pages aux candidats pour qu'ils comprennent le but d'une épreuve.

Le plus drôle, c'est qu'on essaie de nous faire croire qu'ils ont compris les consignes du premier coup, alors que, à chaque fois, il faut grosso modo s'attacher à une corde et empiler des papayes sur un échiquier géant avant de faire le tour de soi-même puis faire un salto à l'envers les yeux bandés afin de jeter des noix de coco dans des saladiers en rotin en équilibre sur un poteau au bord d'une cascade. Y a toujours une histoire de boules, aussi. Et à la fin, quand Denis leur demande si c'est clair, ils répondent tous: «C'est clair, Denis.» Menteurs.

Pour une raison incompréhensible, la faim, la douleur et l'absence d'hygiène corporelle sont l'issue préférée des candidats.

Mais bon, j'arrête de râler, parce qu'il y a quand même des twists absolument incroyables dans cette saison. Déjà, tous les candidats éliminés se retrouvent sur une île des losers, où ils doivent s'affronter chaque semaine pour, au choix:

  • rentrer chez eux, prendre un bain et manger des pâtes;
  • rester sur l'île des losers à s'affamer.

Pour une raison incompréhensible, la faim, la douleur et l'absence d'hygiène corporelle sont l'issue préférée des candidats. Mais j'avoue que j'ai hâte de voir la tête des autres lorsque les «bannis» feront leur retour dans la vraie compétition. A fortiori si c'est «Clem la rage».

Haute tension

Le cinquième épisode est tout particulièrement fabuleux, parce que les tensions continuent de s'amplifier entre les candidats. Les stratégies «hommes vs femmes», établies en début de saison, commencent à s'écrouler: c'est comme dans la vie, on a beau proclamer qu'on arrête définitivement les hommes, en vrai c'est toujours compliqué, parce qu'ils sont quand même mignons (mais «un tout petit Breton»).

En plus, la production a concocté une épreuve de confort 100% foutage de merde: au lieu de concourir en équipe, seuls trois aventuriers pourront profiter de la récompense (la récompense étant des fruits et des légumes). J'adore la télé-réalité!!!!!!!!! Vive la manipulation mentale!!!!! D'autant plus que les candidats sont déjà très affaiblis psychiquement, à l'instar de Laurent, qui annonce à voix haute: «J'ai vraiment envie de concombre, bizarrement.» En effet, ça doit être une première dans l'histoire de l'alimentation.

Encore mieux, le jeu de confort se révèle une nouvelle fois être l'arnaque du siècle: tu penses avoir gagné un peu de répit, et à la fin tu dois préparer ta pâte à crêpes toi-même, ou, dans ce cas précis, aller cueillir tes propres fruits. Quelle angoisse. Comme l'explique Phil avec éloquence: «J'ai juste envie d'aller manger, quoi.» Après avoir vu les trois candidats affamés avaler l'équivalent d'un maxi panier de La Ruche qui dit oui, le plus grand mystère de «Koh-Lanta» reste entier: comment font-ils pour ne pas transformer leurs intestins en torrents de lave?

Pow-wow

Comme d'habitude, la dernière partie de l'émission est consacrée aux discussions stratégiques avant le conseil, c'est-à-dire un moment encore plus gênant qu'une explication entre meufs au collège. L'occasion de constater que les candidats sont tous encore plus paranos qu'un propriétaire parisien, et d'être triggered à chaque fois que quelqu'un annonce pour qui il ou elle va voter. (Comment ça, y a une élection en avril?)

Les souris de mon appart'.

Heureusement, cette semaine, on échappe au conseil traditionnel, et Denis Brobro fout la merde une nouvelle fois, en annonçant que «le conseil c'est maintenant, et le vote, c'est tout de suite». PLOT TWIST. J'adore la télé-réalité!!!!!!!

Et ce n'est pas fini. Plot twist sur plot twist, tout le monde vote contre Clémence (how dare you?). Plot twist sur plot twist sur plot twist, Clémence sent le vent tourner et joue son collier d'immunité!!! Et enfin, plot twist ultime: sa meilleure copine Candice se fait donc éliminer par sa faute. Cruel, mais redoutablement divertissant. Décidément, il n'y a qu'à la télé que la souffrance peut être aussi fun.

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