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Carré, rectangulaire: à Cannes, le cinéma dans tous ses formats

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 22.05.2014 à 13 h 56

«Timbuktu» d'Abderrahmane Sissako

«Timbuktu» d'Abderrahmane Sissako

L'un des formats les plus courants au cinéma actuellement, le format standard américain, est le 1/1,85: c'est un format rectangulaire où l'image sur l'écran est 1,85 fois plus large que haute. À Cannes, par exemple, Maps to the Stars de David Cronenberg est en 1/1,85, comme le Saint-Laurent de Bonello, Deux jours, une nuit des frères Dardenne, Bird People de Pascale Ferran, The Search de Michel Hazanavicius, ou encore Queen and Country de John Boorman, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs... Quelques films sont aussi réalisés en Cinémascope (un rectangle encore plus étendu): Timbuktu d'Abderrahmane Sissako ou Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan.

Dans tous les cas, il s'agit de format rectangulaires assez aplatis.

Mais de jeunes réalisateurs de la sélection officielle se rapprochent du carré: Mathieu Amalric a ainsi filmé sa Chambre Bleue (Un Certain Regard) en 4/3, qui sont les proportions de l’image et de l'écran de télévision «classique». 

Et surtout, Xavier Dolan a filmé Mommy en carré parfait, comme le montre la photo sur l'affiche du film: c'est du 1/1.

 

Il faut quelques instants, dans Mommy, pour s'habituer à ce cadrage qui scrute les visages, les regarde au plus près. Un cadrage «extrêmement intime, personnel, un peu plus touchant, un peu plus proche de l'humain», selon Xavier Dolan. «Avec le 1/1, les distractions visuelles, l'éclairage, le décor, tout devient secondaire. Le regard est forcé sur le personnage.» On n'est pas habitués. 

Pourtant, ce format carré a été courant à une époque, celle du muet. «C'était le format de base quand le cinéma a été inventé», explique Laurent Jullier, professeur d’études cinématographiques à l’IECA en Lorraine, à la Sorbonne, et auteur notamment de Analyser un film. De l’émotion à l’interprétation. «Le carré était le format privilégié de la photo et le cinéma s'en est inspiré.»

Le format s'est ensuite étiré progressivement en rectangle, plus proche du fonctionnement de la vision humaine. On est passé du 1/1 au 1/1,33 puis 1/1,66, aux alentours de la Seconde Guerre mondiale. «On essayé d’épouser le champ visuel jusqu’à la création du 1/2,35 (le cinémascope, en 1952) qui est plus vaste que notre propre vision», précise Laurent Jullier. 

A ce stade, le format devient un enjeu quasi-publicitaire. «La télé est l'enjeu déterminant pour l'évolution des formats», explique le spécialiste. «C'est pour lutter contre le succès de la télé à partir des années 50 que le cinéma a développé le Cinémascope. Les slogans de l'époque aux Etats-Unis étaient: allez au cinéma, vous en verrez davantage. On sait que le cinéma voulait alors concurrencer la télé par la qualité, mais il voulait aussi la concurrencer par la quantité. Le multipiste (un nombre accru de pistes sonores) date aussi des années 50. De cette époque-là, on a gardé l'idée que le format très large, ça fait cinéma: bigger than life! Encore aujourd'hui, quand on fait une petite comédie mais qu'on veut donner une impression de vrai cinéma, on la met en cinémascope.» 

Le format parfaitement carré reste très rare. Le format 4/3, lui, a toujours été utilisé par des réalisateurs, comme Kubrick, qui avait tourné beaucoup de ses films, dont Shining, ainsi, même s'ils étaient ensuite diffusés dans des formats plus rectangulaires en salles. Et continue de l'être: Fish Tank (Andrea Arnold), La Dernière Piste (Kelly Reichardt), The Artist (Michel Hazanavicius), Laurence Anyways (Xavier Dolan, déjà...) étaient en 4/3. Jusqu'à ce que peut-être Dolan populariste le vrai carré?

Charlotte Pudlowski

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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