Culture / Culture

«My mother died today»: pas si facile de traduire «L'Étranger» de Camus en anglais

Temps de lecture : 2 min

La traduction anglaise en date de 2012 préfère «outsider» à «stranger».
La traduction anglaise en date de 2012 préfère «outsider» à «stranger».

La traduction est un art subtil qui ne consiste pas simplement à remplacer un mot par un autre, mais bien à embrasser une langue et toute la culture qui va avec. Votre prof d'anglais avait donc raison de seriner que faire de la transposition littérale n'était pas assez, comme le prouve par exemple le cas, cité par la New York Review of Books, de la traduction en anglais de L'Étranger.

Le célèbre ouvrage d'Albert Camus, «l'un des romans français du XXe siècle les plus lus» selon la revue, a posé de nombreux défis aux traducteurs qui ont tenté de s'y coller. Et de nombreuses variations existent entre chacune des versions anglaises du livre qui se sont successivement imposées, des années 1950 à nos jours.

La New York Review of Books raconte par exemple comment, de The Stranger, le titre du livre est devenu The Outsider dans une traduction qualifiée «d'excellente», en date de 2012. Une variation qui s'explique par la volonté d'être au plus près de toutes les significations que le terme «étranger» peut porter non seulement en français, mais surtout dans cette histoire en particulier, comme l'indique l'auteure de la traduction, Sandra Smith:

«En Français, étranger peut être traduit par "outsider" [qu'on pourrait traduire par quelqu'un qui est étranger à une chose parce qu'il en est exclu, comme le laisse d'ailleurs entendre le terme tel qu'il est utilisé en français], "stranger" [un inconnu] ou "foreigner" [une personne qui vient de l'étranger]. Notre protagoniste, Meursault, est tout cela à la fois et le concept d'"outsider" encapsule toutes ces significations possibles: Meursault est un étranger à lui-même, en-dehors de la société et un étranger au sens où c'est un Français en Algérie.»

Même complexité pour la transposition en anglais de l'alternance française entre le tutoiement et le vouvoiement, ou pour la traduction de la première phrase du livre, très forte:

«Aujourd’hui, maman est morte.»

Si la traduction de 1946 penchait pour «Mother died today», trois petits mots qui suffisent à mettre le personnage principal dans «une formalité qui peut-être interprétée, selon la New York Review of Books, comme un manque d'empathie», celle de 2012 a choisi d'y adjoindre un «my» («My mother died today»). Une formule qui se rapproche, selon l'auteur de la traduction, «de la proximité que sous-entend "maman" en français», pouvait-on lire dans le Guardian en 2013.

A.F.

Andréa Fradin Journaliste

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