Cannes 2014 / Culture

Les intermittents du spectacle à Cannes: «Nous sommes les ouvriers, les techniciens, les artistes de votre grand oeuvre»

Temps de lecture : 2 min

A Cannes, le 15 mai 2014. REUTERS/Régis Duvignau.
A Cannes, le 15 mai 2014. REUTERS/Régis Duvignau.

Les syndicats et le patronat travaillent sur une nouvelle convention d'assurance chômage qui ne plaît pas aux intermittents du spectacle: elle va, selon les mots de Patrick Bloche, président de la commission des Affaires culturelles à l'Assemblée nationale, «accentuer [leur] précarité». Ils se font donc entendre à Cannes.

Dès l'ouverture du Festival, les intermittents sont intervenus à la fois dans le direct d'i-Télé et sur le plateau du Grand Journal, sur lequel ils se sont immiscés. Jeudi 15 mai, ils étaient présents à la cérémonie d'ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs, où le film (formidable, on en reparlera) de Céline Sciamma a été projeté.

Alors que le directeur de la Quinzaine, Edouard Waintrop, allait prendre la parole, juste après un hommage émouvant rendu à Alain Resnais, quatre personnes sont intervenues sur scène avec des panneaux annonçant leurs revendications.

Evoquant la crise, les difficultés auxquelles ils font face, les intermittents ont rappellé:

«En 1968, le Festival de Cannes s'est arrêté parce que les cinéastes de la Nouvelle Vague avaient conscience de la société dans laquelle ils vivaient. Nous espérons que les cinéastes présents ici ce soir, partout sur la Croisette, qui profitent des agapes de ce Festival, ont aussi un minimum de sensibilité sociale par rapport aux gens qui vivent et qui les font vivre. Nous sommes les ouvriers, les techniciens, les artistes, qui participons à votre grand oeuvre».

Après avoir été applaudis, ils ont ajouté que de plus en plus de corps de métiers étaient en grève, comme les postiers, parce que les travailleurs étaient de plus en plus oppressés. Avant de poursuivre:

«En 2003, ce sont les travailleurs du spectacle vivant qui se sont révoltés, qui ont fait tomber un certain nombre de festivals, la mort dans l'âme. En 2014, pourquoi le monde de l'audiovisuel ne prendrait-il pas enfin conscience du monde dans lequel nous vivons?»

En 2003, le Medef avait voulu en finir avec le régime spécifique d'assurance-chômage des artistes et des techniciens du spectacle. Mal lui en avait pris. Au cours de l'été, des grèves très suivies avaient entraîné l'annulation de grands festivals dont les Francofolies et Avignon. Depuis quelques mois, les intermittents parlent de reproduire les combats de cette année-là, et les pouvoirs politiques craignent qu'ils ne le fassent.

«2014 ne sera pas 2003», a pourtant assuré le leader de la CGT Spectacle Denis Gravouil à Télérama. Parce que beaucoup des intermittents «sont à un ou deux jours de travail près».

Sur la scène de la Quinzaine des Réalisateurs, l'intermittent qui avait la parole a poursuivi:

«Ce que nous défendons, nous le défendons pour tous. On ose ici venir prendre la parole comme nous allons la prendre partout. Nous aimerions ne pas avoir à la prendre mais nous nous retrouvons face à un gouvernement de gauche qui entérine des décisions prises par le Medef. Alors oui, nous venons bouleverser le bel ordonnancement de ce festival, mais nous espérons que vous comprenez que nous sommes obligés de le faire. Il n'y a pas d’un côté vous, de l’autre nous.»

Ils ont été applaudis. Mais ensuite ils sont sortis, et la projection s'est poursuivie.

Charlotte Pudlowski

Charlotte Pudlowski Rédactrice en chef de Slate.fr

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