Culture

Comment le film indien «Gunday» est devenu le plus mal noté au monde

Temps de lecture : 2 min

Détail de l'affiche de «Gunday» (Aanna Films).
Détail de l'affiche de «Gunday» (Aanna Films).

La note est sans appel. Avec un score de 1,4 sur 10, Gunday, le dernier film du réalisateur de Bollywood Ali Abas Zafar, sorti en février 2014, est devenu le pire film du monde selon les notes de la base de données américaine IMDb, qui permet d’évaluer 235.000 films sortis dans le monde entier.

Pourtant, les critiques étaient positives. Mais, selon les sites FiveThirtyEight et Digital Spy, plusieurs milliers de personnes se seraient mobilisées pour faire chuter le score du film.

Parmi les 44.000 votants, 36.000 n’étaient pas originaires des Etats-Unis. Parmi eux, de nombreux Bangladais, incités sur les réseaux sociaux à voter contre ce film par un mouvement nationaliste, le Gonojagoron Moncho.

Ce mouvement s’est formé suite au procès du leader islamiste Abdul Quader Molla. La sentence, une condamnation à perpétuité, ne suffisait pas aux yeux des nationalistes: en 2013, il obtiennent, à l’issue de nombreuses manifestations, sa condamnation à mort et son exécution.

Depuis, le mouvement continue son action sur Internet, avec pour but de protéger l’image du Bangladesh. Et ce jusqu’au cinéma.

Gunday, dernier film produit par Yash Raj Films, raconte l’histoire de deux orphelins qui ont dû fuir la guerre de libération du Bangladesh en 1971 et sont arrivés en Inde pour refaire leur vie. Rien de néfaste pour l’image du pays jusque-là, mais ce sont en réalité les onze premières minutes du long-métrage qui ont provoqué la colère du Gonojagoron Moncho. L’Inde y apparaît comme l’unique vainqueur de cette guerre, tandis que la naissance du Bangladesh, elle, est le simple résultat du conflit opposant l’Inde au Pakistan. Une vision trop réductrice aux yeux du mouvement nationaliste.

Débute alors un combat sans merci sur la toile, avec la création d'un hashtag dédié –#GundayHumiliatedHistoryOfBangladesh– et d'une page Facebook «Boycott Gunday». Sur IMDb, 91% des votants décernent la plus basse note (une étoile) au film, pourtant présenté comme «carrément agréable» par le New York Times et qui bénéficie d'une note de 3,1 de la part des (rares) spectateurs qui l'ont noté sur le site français Allociné.

Difficile pour Gunday de remonter la pente. Le deuxième film au classement des 100 les plus mauvais réalisé par IMDb ne risque pas de le dépasser. The Hottie and the Nottie (2008), dans lequel le premier rôle est tenu par Paris Hilton, affiche un score de 1,8/10: selon la DRH d’IMDb, il faudrait que 40.000 personnes ne décernent qu’une étoile à ce film pour que Gunday perde sa dernière place au classement. Cela risque de prendre du temps.

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