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Quand les écrivains deviennent guides touristiques

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 02.05.2014 à 10 h 40

Temple d'Angkor en janvier 2010, au Cambodge. REUTERS/Clarissa Cavalheiro

Temple d'Angkor en janvier 2010, au Cambodge. REUTERS/Clarissa Cavalheiro

Aux Etats-Unis, des écrivains se mettent à emmener avec eux leurs lecteurs dans des voyages qui ne sont plus fictifs.

Comme le rapporte CNN, certains auteurs officient comme guides touristiques sur les lieux qui ont inspiré leurs livres.

En février dernier, le romancier américain John Shors par exemple, a emmené avec lui une douzaine de lecteurs pour un voyage d'une dizaine de jours en Thaïlande et au Cambodge, qui inspiraient deux de ses livres.

«Shors espère ainsi contruire un lectorat fidèle, qui engendrera un bouche-à-oreille positif. Sans compter que le voyage, à presque 6.000 dollars par personne, offre un supplément de revenus bienvenu à une époque où beaucoup d'auteurs ont besoin d'une deuxième activité pour survivre.»

Désormais, résume le site américain, les écrivains voyagent avec leurs lecteurs, skypent avec eux pour les rejoindre au milieu de clubs de lecture, créent des produits basés sur des personnages fictifs. Le marketing, surgi il y a longtemps en littérature, et amplifié notamment pour le lancement de phénomènes éditoriaux comme Harry Potter, s’étend de plus en plus à tous les livres. Et à leurs auteurs.

Ces voyages littéraires s’inscrivent dans un double mouvement: d'abord la pénétration du marketing dans toutes les sphères d'une industrie donnée. Les voyages sur les traces de personnages littéraires, ou d’écrivains, existent depuis longtemps, pourquoi ne pas pousser la recette en embarquant l’auteur lui-même?

Ils s’inscrivent aussi dans la volonté des individus de trouver un sens à leurs vacances, d’y mettre du fond. Comme l’explique Jean-Claude Kaufmann dans son récent essai Identités, la bombe à retardement, la recherche d’une croyance, dans des sociétés où l’individualisme a engendré une crise identitaire, pousse vers le religieux comme vers le séculaire:

«Tout est bon à prendre comme support d’une fermeture et d’une fixation du sens de la vie. C’est ce qui explique par exemple le développement massif des passions ordinaires dans la société d’aujourd’hui: activités culturelles, sportives, associatives...»

Les voyages littéraires semblent correspondre à cela aussi. Comme les croisières philosophiques en France, durant lesquelles les philosophes star, Michel Onfray, Pascal Bruckner ou Luc Ferry, donnent des conférences sur des bateaux parcourant la Méditerrannée, devant des groupies sexagénaires qui boivent leur parole censée raconter le monde.

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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