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[VIDÉO] Les derniers plans des derniers films de cinéastes célèbres

Temps de lecture : 2 min

Du «So long, bastard!» de Ford au «Fuck» de Kubrick, retour en une supercut sur l'ultime image laissée par un réalisateur à son public.

«"Bâtard" est le dernier mot jamais prononcé par un personnage fordien dans un film de John Ford», écrivait Serge Daney dans les Cahiers du cinéma en 1990. «Le dernier plan du dernier film, ce n'est ni le-moment-où-jamais ni le rideau qui tombe, c'est le dernier plongeon», clamait la même revue en 2003 à propos de Va et vient, ultime film du cinéaste portugais Joao César Monteiro. «Le dernier mot du dernier Kubrick sera donc "fuck"», notaient les Inrocks en 1999, à la sortie de Eyes Wide Shut.

Le dernier plan du dernier film d'un cinéaste disparu occupe une place à part dans l'imaginaire cinéphile. Et ces derniers mois, la collection s'est enrichie d'au moins deux spécimens marquants: celui du Vent se lève du néo-retraité Hayao Miyazaki et surtout celui, déjà abondamment commenté, de Aimer, boire et chanter d'Alain Resnais, disparu début mars. (Ceux qui n'ont pas vu le film mais veulent se spoiler peuvent cliquer ici).

D'où l'idée de vous proposer ce montage (évidemment non exhaustif: on aurait pu y inclure du Pialat, du Truffaut, du Peckinpah, du Fuller, du Rocha, du Visconti, du Bergman, du Tati, et tant d'autres...) de quelques «ultimes» plans de cinéastes célèbres. Un bout-à-bout qui permet de mettre en relief toute l'ambiguïté du concept: on y trouve des films posthumes de cinéastes déjà âgés (Gens de Dublin, Eyes Wide Shut) mais aussi d'auteurs disparus beaucoup plus jeunes de mort violente (Fassbinder, Pasolini). Les dernières images d'un touche-à-tout qui boucla sa carrière, quelques mois avant sa mort, sur une carte postale filmée pour un ami malade, non destinée à être diffusée (The Spirit of Charles Lindbergh, d'Orson Welles), et celles de cinéastes qui auront vécu une retraite longue après leur dernier film (Robert Bresson, Billy Wilder).

Le dernier plan d'un réalisateur disparu jeune, mais qui avait déjà tourné un film explicitement revendiqué comme son dernier: Kieslowski et Trois couleurs: Rouge. Ou encore celui du Mabuse de Fritz Lang qui, en 1963, fera encore une apparition inoubliable en cinéaste dans Le Mépris de Godard («Il faut toujours finir qu'est-ce qu'on a commencé»), comme pour rajouter lui-même un post-scriptum après avoir posé le point final trois ans plus tôt.

Le dernier plan équivaut donc rarement à une intention testamentaire consciente du cinéaste –Resnais, par exemple, avait déjà un autre projet en chantier après avoir bouclé Aimer, boire et chanter. Il relève, en revanche, du fétichisme du regard du cinéphile, constituant en quelque sorte le dernier souvenir que ce dernier emporte du cinéaste. Un peu comme la réplique qu'on garde de sa dernière conversation, qu'elle soit banale ou chargée d'émotion, avec un disparu.

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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