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Non, on n’a pas trouvé un émoticône dans un poème de 1648 :(

Grégor Brandy, mis à jour le 16.04.2014 à 11 h 33

Et ce n'est sans doute pas une coquille, non plus.

Non, ce n'est pas le premier émoticône :(. / Capture d'écran Early English Books Online

Non, ce n'est pas le premier émoticône :(. / Capture d'écran Early English Books Online

L’histoire était belle. Trop belle peut-être. Repéré par Levi Stahl sur son blog, beaucoup de médias américains comme The Atlantic,ou Le Huffington Post l’ont repris, pensant trouver là un émoticône plus vieux que celui retrouvé en 2012, dans un texte d’Abraham Lincoln.

Mais celui présent dans le poème To Fortune, de Robert Herrick qui date de 1648 n’en est pas un.

Il avait pourtant tout pour plaire, puisqu’il se plaçait juste après un «fmiling yet» (déjà en train de sourire).

Mais comme le note Ben Zimmer sur Slate.com, Bonnie Taylor-Blake qui a mis en ligne ces scans a remarqué que sur la page suivante, on retrouve la même double ponctuation.

«Je ne pense pas que la retranscription du discours de Lincoln nous faisait un clin d’œil, et je suis encore plus sûr que Herrick n’avait pas pour intention de nous faire tourner la tête avec son petit smiley. Et ce n’est pas que dans le texte de Herrick. La combinaison deux points/parenthèse est facilement trouvable dans d’autres textes du XVIIe siècle, en anglais.»

Benjamin Schmidt, chercheur en lettres numériques à l’Université de Northwestern, à côté de Chicago, aux Etats-Unis, a cherché les récurrences de cette combinaison sur Open Library. Certains des résultats étaient des erreurs de reconnaissance optique de caractères (OCR). Mais la plupart des réponses n’était pas des erreurs, mais bien une série de ponctuation normale, même si cela paraît un peu bizarre, vu d’aujourd’hui.

Voici, par exemple, des extraits de Sylva Sylvarum de Francis Bacon, publié de façon posthume, en 1669.

«Certains écrivains, voire sans doute plusieurs imprimeurs étaient plus enclins à mettre un deux points ou un point-virgule avant de fermer la parenthèse. Dans Plain Scripture Proof of Infants Church-membership and Baptism, j’ai trouvé 14 exemples de ":)". Open Library en a identifié sept autres lors de la numérisation mais ce sont erreurs OCR. Ce qui veut également dire qu’elle n’a peut-être pas réussi à tous les identifier.»

Keith Houston a étudié ces signes de ponctuation et en a fait un livre sur les secrets de la ponctuation, Shady Characters. Il y écrit:

«Les écrivains et les imprimeurs ont souffert de cette tendance –ou plus précisément de cet irrésistible besoin–  qui consistait à accabler leurs écrits de cette ponctuation insolite. Et cela a commencé à apparaître au XVIIe siècle.»

Donc si vous tombez sur de tels exemples dans de vieux textes, ce n’est sans doute pas parce que l’auteur a voulu vous faire un clin d’œil. C’est simplement parce que lui ou son imprimeur pensait que ça serait une bonne idée :(.

Cet article est une adaptation/traduction d'un article de Ben Zimmer paru sur Slate.com

Grégor Brandy
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