CultureCulture

Cinquantenaire du premier album des Rolling Stones: relisez une lettre de 1963 de Keith Richards sur sa rencontre avec Mick Jagger

DesLettres, mis à jour le 16.04.2014 à 14 h 52

Détail de la pochette du premier album des Rolling Stones.

Détail de la pochette du premier album des Rolling Stones.

Il y a cinquante ans jour pour jour, le 16 avril 1964, le label Decca publiait au Royaume-Uni le premier album éponyme des Rolling Stones. Le groupe s'était formé deux ans plus tôt autour de Mick Jagger, Keith Richards, Brian Jones, Bill Wyman, Charlie Watts et Ian Stewart, qui en sera évincé en 1963.

En 1960, Jagger et Richards, alors âgés de dix-sept ans et qui s'étaient connus sur les bancs de l'école primaire, avaient renoué contact après une rencontre fortuite sur le quai d'une gare. Un épisode que raconte Keith Richards dans cette lettre de 1962 à sa tante.

«Chère Pat,

Vraiment désolé de ne pas t'avoir écrit (je plaide la folie) sur le ton de Bluebottle. Sortie sous les applaudissements déchaînés.

J'espère vraiment que tu vas très bien.

Nous avons encore survécu à un autre glorieux hiver anglais. Je me demande quel jour commence l'été cette année?

Oh mais ma chère, j'ai été teeeeellement occupé depuis Noël, l'école mise à part. Tu sais que je suis fou de Chuck Berry et que je pensais être le seul fan à des kilomètres à la ronde. Mais un matin à Dartford «Stn» (et oui, comme ça j'ai pas besoin d'écrire «station» en entier), je tenais à la main un des disques de Chuck quand un gars que je connaissais à l'école primaire, entre 7 et 11 ans, vient vers moi, tu vois?

Il a tous les disques que Chuck Berry a fait et tous ses potes les ont aussi, ce sont tous des fans de rythm'n blues, je veux dire que ce sont de vrais fans de R&B (pas de cette bouse de Dinah Shore et Brook Benton): Jimmy Reed, Muddy Waters, Chuck, Howlin' Wolf, John Lee Hooker, tous les bluesmen de Chicago, des trucs vraiment pointus et merveilleux. Bo Diddley est génial lui aussi.

Enfin bref, ce gars à la gare, il s'appelle Mick Jagger et tous ces mecs et ces nanas se retrouvent le samedi matin au Carousel, un bar musical. Et bien un matin en janvier, je passais par là et j'ai décidé d'aller voir ce qu'il faisait. Tout le monde m'adorait et j'ai été invité à environ dix soirées.

A part ça, Mick est le meilleur chanteur de R&B de ce côté de l'Atlantique, et je pèse mes mots. Il joue de la guitare (électrique) comme Chuck et on s'est trouvés un joueur de basse, un batteur et un autre qui joue de la guitare rythmique, on s'entraîne deux à trois soirs par semaine. CA BALANCE PAS MAL.

Bien sûr, ils sont tous pleins aux as et vivent dans d'immenses maisons individuelles, c'est dingue, y a même un qui a un majordome. J'y suis allé avec Mick (dans la voiture de Mick, bien sûr, pas la mienne). BON SANG, ILS SONT IMPOSSIBLES CES ANGLAIS.

«Je peux vous servir quelque chose monsieur?» «Vodka-citron, s'il vous plaît» «Certainement monsieur.»

Je me suis vraiment senti comme un lord et j'ai failli demander ma couronne en partant.

Tout va très bien ici.

Par contre, je n'arrive juste pas à lâcher Chuck Berry, j'ai récemment acheté un de ses 33 tours directement chez Chess Records Chicago et ça m'a coûté moins cher qu'un disque anglais.

Bien sûr, ici, on a toujours les vieux taulards, tu sais comme Cliff Richards, Adam Faith et deux nouvelles horreurs/trucs minables, Shane Fenton et Jora Leyton, ON A RAREMENT ECOUTÉ UN TRUC AUSSI MERDIQUE. Sauf avec ce rital de Sinatra ha ha ha ha ha ha ha.

Enfin, je ne m'ennuie plus maintenant. Ce samedi je vais à une fête qui dure toute la nuit.

«J'ai regardé ma montre/Il était 4 ou 5 heures/Mec je savais pas/Si j'étais mort ou vif.» Extrait de Chuck Berry, Reeling and Rocking

Douze tonneaux de bière et de cidre, trois bouteilles de whisky et de vin. Son père et sa mère sont partis pour le WE et je vais danser jusqu'à ce que je m'écroule (je suis bien content de le dire).

Le samedi d'après, Mick et moi, on emmène deux filles dans notre club de rythm'n blues vers Ealing, Middlesex.

Ils ont un mec fabuleux avec une guitare harmonique, Cyril Davies, toujours à moitié saoul, jamais rasé et qui joue comme un dingue c'est merveilleux.

Bon, je pense pas avoir autre chose d'ennuyeux à te dire donc je vais m'arrêter là bonne nuit à nos chers téléspectateurs.

UN GRAND SOURIRE.

Je t'embrasse Keithxxxxxx Qui d'autre t'écrirait des conneries pareilles.»

En partenariat avec le site DesLettres

DesLettres
DesLettres (10 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte