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«Agents of SHIELD», l'échec télé de Marvel

Alexandre Hervaud, mis à jour le 16.04.2014 à 16 h 22

Non content de truster le grand écran avec ses Avengers, Marvel a tenté d'imposer sa marque sur le petit avec la série Agents of SHIELD. Sans grand succès.

Agents of SHIELD

Agents of SHIELD

L'article qui suit contient un lot de spoilers massifs de la série Agents of S.H.I.E.L.D ainsi que du film Captain America: le Soldat de l'hiver.

La rentrée séries américaines de l'automne dernier était marquée par l'arrivée d'un ambitieux projet attendu au tournant par des légions de fans: la série Agents of S.H.I.E.L.D, émanation de l'univers Marvel construit depuis Iron Man (2008) et suite directe du carton mondial Avengers (2012). On nous teasait du guest (effectivement, Samuel L. Jackson est passé faire coucou en Nick Fury le temps d'un épisode), des liens directs avec les films Marvel sortant parallèlement en salles (Thor 2, Captain America: le Soldat de l'hiver) et le retour d'un personnage très apprécié, l'agent Coulson pourtant tué dans Avengers.

Autant dire qu'on avait presque confiance, sachant que Joss Whedon, entre deux réalisation d'Avengers (le deuxième débarque l'an prochain), s'attaquait à la mise en scène du pilote. En voici la bande-annonce, entre poursuites tournées à Paris, vannes de geeks et brefs extraits des films Marvel pour titiller le chaland:

Diffusé fin septembre sur la chaîne ABC –le network appartient à Disney, tout comme Marvel– le pilote du show n'a pas vraiment suscité un intérêt démesuré, aussi bien critique que public. Les audiences sont en chutes quasi continues, et même le dernier épisode diffusé cette semaine, pourtant bien meilleur que la moyenne et en lien direct avec le carton Captain America 2, n'a pas suffi à enrayer cette chute.

Si l'amateur de séries ne peut que trouver inégaux les 17 épisodes à ce jour diffusés, oscillant entre le franchement sympathique et le carrément gênant, qu'en pensent les (gros) fans de comics? Relativement néophyte en la matière, j'ai préféré tirer les vers du nez à Sullivan Rouaud, redac-chef du site spécialisé Comicsblog et accessoirement fan des séries de Whedon... du moins jusqu'à Agents of S.H.I.E.L.D.

Avant de parler de la série, comment aviez-vous accueilli le Avengers de Joss Whedon?

C'est un beau pied de nez, peu de gens y croyaient et Marvel Studios, parti d'un prêt bancaire en 2007, finit par créer le plus gros évènement de la jeune histoire des adaptations de comics au cinéma. Je trouve que le film a plusieurs gros défauts, mais porte en lui cette chose assez indescriptible, ce «supplément d'âme» disent certains, qui nous fait tous passer au-dessus de la réal' discutable et des quelques problèmes de rythme.

Ce projet de série Agents of Shield, avant même de regarder le pilote, ça vous semblait prometteur?

Comme tous les gens qui s'y sont intéressés de près, j'étais super excité à défaut d'être confiant. L'ombre d'ABC plane souvent de manière beaucoup trop appuyée au-dessus de ses créations, même s'il est impossible d'avoir une confirmation de Kevin Feige (le big boss de Marvel Studios ultra bavard, qui n'évoque que très, très rarement la série) que celle-ci est une commande de Disney.

La série avait plusieurs atouts. D'abord, un cadeau pour les fans, en attente du retour de Phil Coulson, devenu le chouchou du public en l'espace de quelques films et deux courts-métrages. Et puis le S.H.I.E.L.D allait enfin pouvoir être développé convenablement, avec des menaces moins colossales que ses homologues au cinéma mais finalement adaptées à la télé, de la même manière que les Vengeurs ne s'occupent que rarement des petites frappes en comics, trop occupés à se battre contre Thanos ou Loki. Ils laissent ça aux troupes du S.H.I.E.L.D.

Le problème, c'est que la promesse s'est transformée en grosse désillusion, aussi bien à l'écriture qu'à la réalisation, et qu'on se retrouve dans une sorte de Club des Cinq 2.0 pendant 16 épisodes. Même si je dois dire que le dernier a un peu éveillé ma curiosité. 

Quels sont à vos yeux les principaux points noirs de la série?

Je pense que la série n'est pas faite pour les connaisseurs de comics. Il y a un manque d'engagement flagrant à tous les niveaux, que ce soit Sam Jackson qui offre des cameos en demi-teinte, pour rester poli, ou encore l'épisode qui fait revenir un personnage de Thor, Lady Syf (Jaimie Alexander), et qui concentre pour moi tous les défauts de la série. Je sais bien que les conditions de production d'un épisode ne sont pas les mêmes qu'au cinéma, mais aucun acteur ne semble y croire, tout paraît cheap, les faux-raccords sont légion et on a réellement l'impression d'assister à une bagarre de cosplayeuses. D'ailleurs, je trouve les rôles féminins globalement moins bien écrits que dans l'ensemble de ce que peut produire l'empire Whedon, du grand-père John à la fratrie Zack/Joss.Jed [plus encore que Joss, c'est d'ailleurs Jed et sa compagne scénariste Maurissa Tancharoen qui gèrent l'écriture de la série, NDLR].

Dans le dernier épisode, la série intègre le bouleversement qui touche le S.H.I.E.L.D dans Captain America 2, (l'infiltration de la structure par les nazillons de Hydra), ce qui était a priori prévu depuis le début par les scénaristes...

Pour une fois, j'ai été surpris. Le twist est malin à défaut d'être bien amené et sur le papier, c'est tout à fait efficace. Saffron Burrows (Victoria Hand) campe un personnage important de l'univers Marvel et les showrunners n'hésitent pas à faire des choix cinglants avec l'ensemble de leur cast. Evidemment, nous n'avons pas eu la chance en France de vivre l'épisode pendant la sortie de Captain America 2, sorti le 4 Avril aux Etats-Unis, mais j'ai retrouvé, dans l'intention, les meilleurs ambitions de Marvel Studios. 

Je vais encore fair ele rabat-joie et pointer du doigt la réalisation et la qualité des dialogues, mais je dois avouer que si je dois retenir un seul épisode depuis le départ, c'est sans aucun doute celui-ci qui m'affecte le plus. Déjà parce qu'il remet en cause l'existence même de la série, qu'il est un ajout malin à Captain America 2 et surtout, qu'il se paye le luxe de donner deux-trois indices pour Avengers: Age Of Ultron, chez les plus méticuleux des spectateurs. Ça peut paraître idiot, mais la simple mention de Captain America dans le film met du baume au cœur et donne vraiment l'impression de voir un univers partagé. C'est triste, parce que c'est un ressort basique à l'extrême et que les deux univers ne sont pas réellement compatibles à cause du ton employé par la série depuis des mois, mais ça donne envie d'y croire. Le problème, c'est que c'est un peu tard. 

Ce changement de direction insufflé par l'univers ciné de Marvel pourrait-il suffir à «sauver» la série?

J'ai peur que Whedon nous refasse une Dollhouse avec une fin de saison qui absout tout le reste de ses pêchés. D'autant plus quand tu jongles avec une série que tu as le droit de sacrifier, tu peux te permettre d'être sensationnel, et c'est le cas avec le cliffhanger du dernier épisode.

Le problème, c'est que dans l'ensemble, la série ne fonctionne pas avec l'univers ciné Marvel et que le niveau global est trop faible pour donner envie aux gens de manger 16 x 45 minutes pour quatre épisodes de qualité. Si tant est qu'ils soient bons, d'ailleurs. L'avantage maintenant, c'est que la série se passe temporellement après Captain America 2, et devient notre seul lien vers le film Avengers: Age Of Ultron, puisque Guardians of the Galaxy se passera dans une galaxie far, far away

La série n'est toujours pas renouvelée pour une deuxième saison à ce jour, ça sent la saison unique, non?

Je ne sais pas si c'est réellement spoiler que de dire ça, mais j'imagine bien Marvel Studios se débarrasser de ce boulet directement par le biais du cinéma avec Captain America 2. Et même si ses réalisateurs, les frères Russo, sont plus explicites que Jed Whedon quand ils disent que le S.H.I.E.L.D est détruit, là où la série nous dit qu'il faut «recoller les morceaux», je ne vois pas Marvel tenter l'aventure une seconde fois. Je crois les producteurs assez malins pour le savoir depuis le début, et pour avoir misé sur un cheval qui voyait déjà la ligne d'arrivée tracée depuis le départ.

Verdict le lendemain de la diffusion du season finale, le 13 mai [et non fin avril comme initialement écrit ici, mea culpa] sur les Internets puisque M6, propriétaire des droits pour la France, a totalement loupé le coche niveau diffusion –absent aussi bien de sa grille que de son pass mensuel VOD de séries en direct des Etats-Unis.

Alexandre Hervaud

Alexandre Hervaud
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Journaliste
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