CultureCulture

«Tricked»: Paul Verhoeven fait son retour par la case crowdsourcing

Alexandre Hervaud, mis à jour le 07.04.2014 à 18 h 30

Le dernier film du réalisateur de «Robocop» et «Starship Troopers» est un ovni coécrit par les internautes et sorti en France directement en vidéo.

«Tricked», le retour de Paul Verhoeven (DR).

«Tricked», le retour de Paul Verhoeven (DR).

Film? Web-série? Expérimentation télévisuelle? On ne sait pas vraiment comment définir Tricked, le dernier projet du réalisateur néerlandais culte Paul Verhoeven, absent du grand écran depuis son très beau Black Book en 2006. Ce film de guerre marquait alors son retour en Europe après plusieurs décennies outre-Atlantique; il n'a rien tourné pour Hollywood depuis Hollow Man en 2002 dont il ne garde pas vraiment un bon souvenir.

Distribué depuis le 2 avril en France directement en vidéo, Tricked (nom international du film Steekspel) est un projet initié en 2011 par l'opérateur néerlandais Ziggo dans le cadre d'une vaste expérimentation (ou campagne de com', diront certains) baptisée Entertainment Experience.

Le concept mise sur la participation du public à l'élaboration du scénario d'un film : seules les 4 premières minutes du script étaient écrites à la base. D'où ce panneau relativement inédit quand le générique de début s'attarde sur l'écriture de Tricked:

Voici la bande-annonce du film dans sa version réalisée par Paul Verhoeven –car oui, il y en a plusieurs:

Le point de départ de l'histoire est le suivant: à son cinquantième anniversaire, la vie de Remco bascule. Tandis que ses associés complotent dans son dos, sa maîtresse arrive enceinte à sa soirée. A partir de ces uniques éléments initiaux et une demi-douzaine de personnages, des milliers d'internautes constitués en équipe ont participé entre le 21 septembre 2011 et la fin 2012 à l'élaboration de Tricked, le tout découpé en huit parties.

Les contributeurs n'étaient pas uniquement invités à participer au scénario: bande-son, design de posters, montage de bandes-annonces, choix de casting étaient  dans le périmètre d'activités collaboratives, mais également le tournage des scènes à partir des scénarios validés. En tout, plus de 9.500 heures de contenus ont été uploadées sur le site par les utilisateurs, et les scripts y sont encore lisibles:

Puisant parmi les meilleures suggestions, Verhoeven et son équipe ont tourné au fur et à mesure les sept dernières parties du film dont la durée totale est de 50 minutes (85 minutes sur le DVD avec un documentaire rattaché). Avec son lot de trahisons, coucheries et faux-semblants, le tout filmé avec un budget modeste, Tricked n'a évidemment rien des excentricités trash de la période hollywoodienne de Verhoeven, mais renvoie plutôt à ses premiers films néerlandais. Malgré l'originalité du dispositif de fabrication, Tricked témoigne d'une liberté bien loin de la rigidité des gros budgets storyboardés blindés de fonds verts que le réalisateur de Starship Troopers exècre désormais.

Parmi la spécificité du projet, signalons que Verhoeven n'était pas le seul à tourner sa version du script crowdsourcé. Les équipes étaient invitées à réaliser leur propre version des scripts définitifs, et l'une d'elles, la team IO Filmproducties, a même vu son résultat final intitulé Lotgenoten sortir en salles aux Pays-Bas le 14 mars dernier! En voici la bande-annonce:

La société de production derrière le projet a tenté de vendre les droits du concept à l'étranger, mais on voit mal un cinéaste français de la trempe de Verhoeven se prêter à ce genre d'exercice –à vrai dire, on voit mal un cinéaste français de la trempe de Verhoeven tout court, en fait.

Mais pas sûr que le réalisateur, à 75 ans au compteur, souhaite retenter l'expérience: à la BBC, il racontait en août dernier le «mal au crâne» induit par la lecture des centaines de scripts reçus, avant de déclarer:

«Non, le public ne sait pas écrire –pas professionnellement, en tout cas.»

Et d'ajouter, quitte à pisser sur l'illusion «tous cinéastes» que d'aucuns pourraient retenir du projet:

«C'est comme ces télé-crochets où tout le monde semble se dire que parce qu'ils savent chanter un peu, ils méritent d'avoir du succès. Les films, ça reste encore réservé aux pros.»

Alexandre Hervaud

Alexandre Hervaud
Alexandre Hervaud (231 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte