CultureCulture

Régine Deforges, l'ancêtre du mommy porn, est morte

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 04.04.2014 à 9 h 32

Capture d'écran d'une émission d'Apostrophe avec Régine Deforges, Ina.fr

Capture d'écran d'une émission d'Apostrophe avec Régine Deforges, Ina.fr

Avec Fifty Shades of Grey, le monde a cru découvrir la littérature érotique pour ménagère. Mais Régine Deforges était en quelque sorte l'E.L. James de son temps. La romancière, décédée jeudi à 78 ans, faisait partie de celles qui avaient ouvert la voie au mommy porn

Chaque époque a eu son mommy porn, celui qu'écrivait Régine Deforges avait les couleurs de la guerre. Née en 1935, la romancière publia La Bicylette bleue en 1981, y mit son expérience: la saga, adaptée à la télévision en 1999, se déroulait pendant l'occupation allemande. Léa Delmas, 17 ans, était une sorte d'Anastasia Steele d'une autre génération; le François Tavernier qu'elle rencontrait lors de fiançailles, qui était mystérieux et souhaitait faire d'elle sa maîtresse - ce à quoi elle résistait vaguement - était un Christian Grey qui n'avait pas besoin ni de cravache ni de menotte. 

D'ailleurs sur un forum du site Boulevard des Passions, «PrincesseTurandot» confie au sujet de Christian Grey: «la dernière fois que j'ai vibré comme ça pour un héros de roman c’était y a belle lurette (plus de 15 ans) et c’était pour François Tavernier, le héros de la bicyclette bleue...» 

Audace

Mais l'époque n'était pas tout à fait la même et écrire des scènes érotiques dans les années 60 nécessitait une autre audace. Régine Deforges était sulfureuse, à l'époque où le souffre valait des procès, des amendes, des ennuis. 

Elle fonda sa maison d'édition, L’or du temps, avec son mari, Jean-Jacques Pauvert, et publia - c'était en 1968 - le Con d’Irène, d’Aragon (paru anonymement), et les Exploits d’un jeune don Juan, d’Apollinaire. Elle dut fermer à la suite d'ennuis judiciaires. Elle rouvrit les Editions Régine Deforges: La Mort propagande, le premier roman d'Hervé Guibert y fut publié. 

Puis les choses se calmèrent. Comme le rappelle Libération, la romancière écrivit en 2008 que dans les années 80 puis 90, «Les livres pour lesquels j’avais été poursuivie, condamnée, étaient publiés dans de grandes maisons et ne faisaient plus l’objet de poursuites. Fini le temps de la clandestinité, de la peur: j’avais fait reculer les limites de la censure».

Les temps avaient changé. On lui fit juste un mauvais procès pour s'être inspirée d'Autant en Emporte le Vent (elle ne s'en cachait pas) pour sa Bicyclette Bleue. Trois décennies plus tard une autre saga ferait la une des journaux avec plus de millions d'exemplaires encore, à peine plus de sexe, beaucoup plus de marketing. Moins de talent. Même si celui de Régine Deforges n'était pas d'écrire de grands textes, plutôt de porter de grands coups, sur la bienséance. Une avocate de la liberté sexuelle un peu trop tôt aux yeux des moeurs, une féministe d'après-guerre d'un genre moins intello que Simone de Beauvoir. 

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte