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Cinq fins alternatives à «How I Met Your Mother»

Alexandre Hervaud, mis à jour le 02.04.2014 à 15 h 18

La sitcom qui a alterné, neuf saisons durant, génie comique et infamie télévisuelle, s'est enfin achevée. En exclu pour Slate.fr, voici cinq fins auxquelles vous avez échappé.

The mother of all high fives (DR)

The mother of all high fives (DR)

Attention, cet article contient des spoilers massifs du dernier épisode de la série

Avant de fantasmer sur de potentielles conclusions, parlons un peu de la «vraie» fin de How I Met Your Mother, sitcom créée par Carter Bays et Craig Thomas en 2005.

En neuf saisons de 208 épisodes –soit 4.576 minutes, soit un peu plus de trois jours in extenso si on devait s'engloutir la chose d'un trait– la série est indéniablement passée par des phases de génie comique (un Friends des années 2000 avec un goût certain pour l'explosion de la narration traditionnelle) avant de s'embourber dans les tréfonds de l'humour navrant à base de running gags moisis et de personnages ultra-caricaturaux.

Deux jours après la diffusion de ce series finale qui s'est achevé sur un twist morbide prévisible mais dévastateur –la fameuse mère est décédée depuis six ans au moment où Ted raconte, en 2030, l'histoire de leur rencontre à ses deux enfants avant de partir reconquérir Robin–, je reste incapable de livrer un jugement définitif sur cette conclusion. Passée une première réaction rageuse, digne de celle consécutive au final de Lost, le recul et la réflexion ont fait place à un certain respect pour ce choix couillu.

Il faut lire l'excellent article du critique Alan Sepinwall (qui a lui détesté cette fin) sur HitFix pour comprendre le contexte de sa fabrication. Oui, les réactions des kids ont bien été filmées en 2006, lors du tournage de la saison 2, et l'acteur Josh Radnor connaissait dès cette période la fin prévue par les créateurs. Et oui, rien n'empêchait pour autant les scénaristes de jeter cette fin à la poubelle tant elle piétine la construction des personnages (en particulier le triangle Robin-Barney-Ted), sans parler du sadisme de sacrifier l'excellente Cristin Milioti (la mère, vu chez Scorsese dans Le Loup de Wall Street), parfaite de bout en bout.

Difficile pour autant de ne pas saluer, malgré les incohérences provoquées, le jusqu'au-boutisme des créateurs du show, droits dans leurs bottes (rouges). Au final, peu importe: quand bien même la conclusion aurait contenté tout le monde à coup de fin heureuse ou de twist legendary, le fait est que How I Met avait passé depuis des années sa date de péremption. Aucune conclusion satisfaisante n'aurait pu amoindrir a posteriori la déception des saisons 5, 6 et 7 –non que les saisons 8 et 9 soient réussies, loin de là.

Laissons chacun digérer calmement l'authentique fin du show –qu'on prendra plaisir à rattraper au hasard des rediffusions sur la TNT, clairement– et passons plutôt en revue cinq fins alternatives qui ne nous auraient pas plus choqués que ça, en fait.

La fin explosive

Nous sommes en 2030 et Ted vient d'achever son histoire, identique à celle proposée dans la vraie fin de la série. Le hic? Via un contrechamp, le spectateur réalise qu'il n'est pas physiquement présent dans la même pièce que ses enfants et s'adresse à eux via Skype sur son téléviseur connecté depuis Bangkok où il coule des jours paisibles et potentiellement illégaux depuis la mort de sa femme.

Affalés sur leur canapé, les deux kids semblent profondément endormis. Ted hausse le ton pour les réveiller. Rien n'y fait. Il hurle désormais. «Kiiiiids? Come on, I'M NOT THAT BORING!»

Une succession de plans judicieusement montés nous fait comprendre l'évidence: suite à une fuite de gaz dans la demeure familiale, les enfants de Ted sont en réalité morts depuis au moins deux heures. Ted, en pleurs, hurle par webcam interposée tandis que le chat de la famille commence à se repaître des yeux de sa fille. Dans le dernier plan, sa maison explose.

Générique de fin: I Lost You, par The Walkmen.

La fin qui vire de bord

Alors qu'une partie du puissant lobby cinéphilo-gay s'est récemment offusqué des récompenses remises à des acteurs hétéros pour des rôles d'homosexuels (Jared Leto, Adèle Exarchopoulos), les fans de How I Met Your Mother n'ont aucun souci depuis neuf ans à ce qu'un acteur gay, Neil Patrick Harris, incarne un tombeur de femmes. Voià une belle preuve de tolérance –il en faut pour s'être fadé l'intégralité du show– qui aurait pu nous donner un rainbow happy end parfait.

Nous sommes en 2017. Tandis que Marshall visite avec ses enfants sa famille dans le Minnesota, Lily retrouve Barney et Robin (toujours mariés) le temps d'une soirée en appart' à Manhattan. L'apéro dérape et Lily, fin saoule, réalise enfin son fantasme d'ébats torrides avec Robin sous l'œil torve d'un Barney qui, contre toute-attente, ne profite pas de l'occasion pour proposer un threesome inespéré.

Pour celui qui est désormais monogame, cette double dose de femmes nues est un déclic freudien, un AVC de l'entrejambe. En fait, Barney aime les hommes, et un en particulier: Ted, ce bon vieux Ted. Barney file lui déclarer son amour («I dont wanna be your best friend. I wanna be your best lover! High five my dong!»).

Les sentiments sont réciproques, d'autant que dans cette fin alternative, Ted est toujours célibataire. Dans une ultime configuration inédite de l'interminable triangle amoureux du show, Barney et Ted se marient. Désirant connaître les joies de la paternité, ils font appel à une mère porteuse, la mignonne bassiste brunette croisée au premier mariage de Barney, qui vit désormais de la location de son utérus entre deux concerts miteux.

Générique de fin: We've Been Had, par The Walkmen.

La fin onirique

Quitte à conclure des années d'errance scénaristique, optons pour la fin cliché par excellence: «Mais tout ça n'était qu'un rêve!» Oui, mais pas un rêve de n'importe qui: un rêve de Ranjit, le chauffeur de taxi et second rôle régulier de la série.

Hélas pour nos héros, c'est au volant qu'il dormait en ramenant le gang d'une soirée poker à Atlantic City. Et oui, Ranjit a le don incroyable de condenser en quelques secondes des rêveries étalées sur plusieurs années.

La série s'achève sur d'ultimes images au ralenti montrant Ranjit assoupi sur l'autoroute tandis qu'une expression d'horreur se lit sur le visage de ses passagers (Barney, Robin, Lily et Ted). Le véhicule décolle façon Thelma et Louise dans un ravin du New Jersey. L'ultime plan du show sera une photo hommage du quatuor accrochée dans les toilettes du MacLaren entre deux flyers pour un service d'escort-girl douteux.

Générique de fin: Wake Up, par The Walkmen.

La fin meta

Le gang –dont la femme de Ted–, désormais quadragénaires, se réunit régulièrement pour regarder The Wedding Bride: The Series, adaptation en série du film The Wedding Bride, lui-même adapté de la vie de Ted –ce film fictif a été introduit à la fin de la cinquième saison et cité à nouveau dans l'épisode 19 de la saison 9. Oui, on est désormais à trois niveau de sous-meta, Inception style.

Nos personnages favoris se retrouvent dans l'appartement de Marshall et Lily pour découvrir ensemble l'ultime épisode de The Wedding Bride: The Series, show qui a marqué près d'une décennie de leur existence. Alors que la fin de «l'épisode dans l'épisode» approche, le son des dialogues est couvert par les rires hystériques des personnages, hilares devant leur petit écran sans que l'on comprenne vraiment la raison de leur joie extatique. Dans un lent travelling avant, la caméra s'approche d'eux et, juste avant le panneau final, les quatre personnages se retournent vers l'objectif en lui adressant une fringuante brochette de doigts d'honneur simultanés.

Générique de fin: Don't Get Me Down (Come On Over Me) par The Walkmen.

La fin façon Six Feet Under

Comme dans la célèbre conclusion de la série HBO d'Alan Ball, How I Met Your Mother s'achève sur une succession de saynètes montrant les derniers instants des personnages avant qu'ils ne passent l'arme à gauche. L'option choisie n'est malgré tout pas vraiment très cinégénique puisqu'ils meurent tous de la mème manière, à plus ou moins 45 ans et dans un lit d'hôpital austère, d'une cirrhose carabinée à force de s'être enfilés autant de pintes et de whisky au pub.

Générique de fin: Another One Goes By de The Walkmen.

Yep. On aurait pu avoir ça aussi.

Alexandre Hervaud

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Journaliste
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