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«Sherlock»: Elémentaire mon très, très cher Watson

Willa Paskin, mis à jour le 03.04.2014 à 17 h 33

Le plus beau couple de la télévision est de retour pour une troisième saison.

Benedict Cumberbatch, Martin Freeman / BBC (British Broadcasting Corporation)

Benedict Cumberbatch, Martin Freeman / BBC (British Broadcasting Corporation)

Attention, ne lisez pas cet article si vous n'avez pas regardé la saison 2 de Sherlock et que vous êtes allergique aux spoilers.

Sherlock Holmes n’a pas tardé à revenir d’entre les morts dans la troisième saison de Sherlock, dont le premier épisode est diffusé ce jeudi 3 avril sur France 4. Le dernier épisode de la deuxième saison, «La Chute du Reichenbac», diffusée il y a deux ans aux Etats-Unis, nous avait montré un Sherlock (Benedict Cumberbatch) effectuant un saut de l’ange depuis le haut d’un immeuble pour aller s’écraser sur le trottoir. Supposé mort par le public et par son meilleur ami, le Dr. John Watson (Martin Freeman), Sherlock réapparaissait pourtant lors des dernières secondes de l’épisode, tapi dans un coin, bel et bien vivant. Sherlock Holmes ne meurt pas, surtout dans une série qui porte son nom.

Si cette mort a bien eu un intérêt, c’est celui de donner une nouvelle vie à Sherlock et à la série du même nom, approche moderne du célèbre détective d’Arthur Conan Doyle, aujourd’hui devenu une sorte de super-héros au cerveau surdéveloppé, qui terrasse les criminels à l’aide d’une logique froide et implacable.

Ce Sherlock Holmes a une cape (bon... un long manteau, en fait), un repaire à Baker Street, un bon crochet du droit et une cohorte de fans, mais sa vraie personnalité (pour ne pas dire son moi profond) n’est connue que d’un seul homme.

Depuis la mort présumée de Sherlock, deux ans auparavant, cet homme, Watson, est passé par une période de deuil intense et douloureuse, dont il commence à peine à se sortir grâce à sa nouvelle petite amie, Mary (Amanda Abbington).

Sherlock s’attend à être accueilli à bras ouverts par Watson... comme d’habitude, il n’est pas très à l’écoute de ce que peuvent ressentir ceux qui l’entourent.

Cette troisième saison est plus libre, plus drôle, plus émouvante et aussi significativement moins logique que les deux autres. Au contraire des saisons précédentes, sa structure repose non pas sur des cas spécifiques, mais sur l’évolution des relations entre les membres de ce nouveau triangle amoureux.

Chaque saison de Sherlock consiste en trois épisodes d’une heure et demie chacun. Jusqu’ici, il y a toujours eu un épisode excellent, un très bon et un racheté par le jeu extraordinaire de Cumberbatch (ou non, comme ce fut le cas de l’épisode «Les chiens des Baskerville», dans la deuxième saison).

Le deuxième épisode de la troisième saison, qui a pour cadre le mariage de Watson, est un pur régal, le meilleur épisode de toute la série à ce jour. Le troisième épisode semble d’abord traiter d’une sorte de Rupert Murdoch allemand très méchant doté d’une paire de Google Glass surpuissante, avant un twist incroyable et plus personnel. «The Empty Hearse», qui ouvre la saison, est en revanche moins enthousiasmant, car il constitue un flagrant délit d’autosatisfaction.

«The Empty Hearse» est l’épisode le plus métafictif que l’on puisse imaginer, avec notamment une place de choix accordée à un fan club de Sherlock Holmes, réplique évidente des propres fans de la série.

La solution apportée pour expliquer comment Holmes a pu survivre à son grand saut est compliquée, opaque et décevante. Elle n’a pas la simplicité des meilleures résolutions de mystères (en outre, il semble que personne ne soit allé voir le corps de Holmes à la morgue). A un moment, la métafiction cesse d’être un clin d’œil sympathique adressé aux fans pour devenir une autocélébration de l’importance qu’a prise votre série. Les fans sont ce qu’ils sont, mais même eux préfèreraient peut-être voir un bon épisode de Sherlock plutôt qu’une suite de blagues sur leur relation à la série, blagues qu’ils ont le plus souvent déjà faites eux-mêmes sur plusieurs forums Internet.

Autre élément à subir le traitement «métafiction» dans «The Empty Hearse», la «bromance» qui unit Sherlock et Watson («Ils sont amoureux!») est très vite mise sur le tapis, mais sans jamais sombrer dans la «panique gay». Watson clame régulièrement que Sherlock et lui ne sont pas amants, mais il reste vulnérable face à Sherlock et se montre ouvertement aimant et protecteur envers lui.

Le merveilleux deuxième épisode tourne autour du discours très émouvant prononcé par Holmes lors du mariage de Watson. Ces deux-là s’aiment profondément et sincèrement. La série va même jusqu’à suggérer que Mary, personnage bien plus dense qu’il ne le semble au départ, est, d’une certaine manière, une sorte de Holmes au féminin, une personne captivante dont la morale se situe dans une zone grise, et que c’est la raison pour laquelle Watson l’apprécie tant.

Et pourtant, Sherlock ne suit pas tout à fait les conclusions logiques du personnage d’origine sur la sexualité. Avec ses cheveux bruns bouclés, son long trench-coat et son allure fière et hautaine, le Sherlock campé par Benedict Cumberbatch ne manque vraiment pas de charme.

Holmes est peut-être vierge, mais, selon les termes mêmes du créateur de la série, Steven Moffat, cela relève «du choix d’un moine et non de celui d’un asexuel» (Moffat a également déclaré que Sherlock «ne vivrait pas avec un homme s’il était attiré par les hommes» et il est donc difficile de dire à quel point on peut se fier à son jugement).

Watson reste pourtant la seule personne au monde que Sherlock aime, le seul être humain auquel il fait des excuses, le seul qui lui manque, le seul qu’il n’aime pas partager, le seul pour qui il peut préparer un mariage.

Sommes-nous vraiment censés penser que Sherlock, maître ès logique, puisse se soucier du sexe de Watson? A tout le moins, on pourrait penser que Holmes n’aurait aucun scrupule à verser dans la bisexualité: il serait prêt à flirter sans vergogne avec un homme aussi bien qu’avec une femme si cela pouvait lui permettre de résoudre une affaire. Toutefois, Sherlock et Moffat affirment avec insistance que leur héros séduit avant tout et tout particulièrement les femmes, vision réductrice que le clairvoyant Sherlock serait le premier à qualifier de trop élémentaire.

Willa Paskin

Traduit par Yann Champion

Willa Paskin
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