Culture

Comment «Happy» est devenue une chanson contestataire

Temps de lecture : 2 min

Capture d'écran de la vidéo Happy Kiev.
Capture d'écran de la vidéo Happy Kiev.

Happy de Pharrell Williams n'est pas que la première chanson de l'album G I R L, le tube du moment, le succès de l'année. C'est aussi le morceau qui fait le tour du monde, et devient un hymne contestataire. «Difficile de se souvenir que Pharrell a écrit Happy pour un dessin-animé» (Moi, moche et méchant), écrit Shan Wang dans PolicyMic.

D'abord une série de lipdub traversa le monde: Paris, Bruxelles, Sydney, Bologne (en revanche, le collectif de réalisateurs français We Are From LA, à l'origine du clip original tourné à Los Angeles pour Pharrel Williams en a marre des reprises pour les élections municipales françaises)... Et puis les citoyens de régimes peu démocratiques se sont emparés de la chanson.

«Une des vidéos venait des Philippines, un pays qui est encore en train de ramasser les débris laissés par le typhon Haiyan. Très vite, une autre a suivi venue de Tunis, encore ébranlée par les suites du Printemps Arabe. Et puis une autre de Moscou. Si ce n'est pas une chanson contestataire au sens traditionnel du terme, Happy a pris une charge politique comme hymne de résistance internationale.»

La plus frappante de ces vidéos est sans doute celle intitulée Happy Kiev. Oeuvre de deux réalisateurs polonais, elle traverse la capitale ukrainienne, le Maiden, les barricades, les gerbes de fleurs déposées pour les morts. Et intercale quelques interviews sur ce que les manifestants ukrainiens voudraient pour accéder au bonheur.

La chanson apparaît alors subversive en soulignant que les Ukrainiens ne se laisseront pas arracher leur bonheur par les morts, les violences policières, les troubles politiques. Elle apparaît aussi durement ironique en comparaison des vidéos de Paris ou Sidney où les gens semblent avoir un accès au bonheur plus facile, sans barricade, blessures et bandages en arrière-plan.

«Happy sert parfaitement les besoins de la contestation du XXIe siècle, remarque l'article de PolicyMic. Les chansons pop dominant les ventes d'aujourd'hui ne sont peut-être pas aussi chargées politiquement que la musique de la guerre du Vietnam ou des combats pour les droits civiques, mais la beauté de la pop musique contemporaine est sa large portée –omniprésente, internationale et remixable à l'infini. Happy était une toile vierge et Internet a transformé ce nommé aux Oscars en bande-originale de la rébellion et de la résistance.»

En 2011, le journaliste britannique Dorian Lynskey publiait 33 Revolutions per Minute, ouvrage dans lequel il retraçait l’histoire de la chanson protestataire, notant qu'une chanson pouvait capter l'esprit d'un combat. Dans une interview accordée à Slate, il jugeait que les plus efficaces étaient: We Shall Overcome (Pete Seeger, 1963) Hurricane (Bob Dylan, 1975) Free Nelson Mandela (The Special AKA, 1984) Cop Killer (Body Count, 1992) Rais le Bled (El Général, 2010).

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