Comment un avion peut-il disparaître? Toutes les réponses sont dans la bande dessinée

Il n'y a pas que «Vol 714 pour Sidney» qu'il faut relire...

Lorsque l’on parle d’avions disparus, le premier réflexe des enquêteurs devrait être de relire tout Buck Danny. Sur ce sujet comme d’autres, Jean-Michel Charlier, génial scénariste, a en effet écrit les scénarios les plus loufoques, donc les plus probables.

A tel point qu’aujourd’hui, personne ne pense à chercher un avion dans un volcan. Et pourtant…

1. Le radada

Dans un Buck Danny ou un Tanguy et Laverdure, quand un avion disparaît, c’est toujours volontairement.

On peut par exemple suivre la «trace» d’un autre avion, pour leurrer les radars. C’est un classique de la BD d’aviation où un aviateur échappe à la surveillance en suivant un acolyte puis en se séparant de lui à un moment donné.

En cas de complicité, on peut même faire de l’échangisme aérien, comme l’illustre ce stratagème astucieux détaillé dans Pirates du ciel, huitième album de Tanguy et Laverdure.

Une fois les radaristes méchamment leurrés, on échappe définitivement à leurs regards par la technique éprouvée du «radada».

Les aviateurs choisissent un coin bien tranquille, genre gros orage bien nuageux (ils appellent ça la «crasse») pour échapper aux radars puis plonger le plus bas possible. Là, ils se mettent à voler au ras («radada») du sol ou de la mer, désormais invisibles.

Lorsque leurs ennemis veulent détourner un avion, ils utilisent la même méthode. Il faut alors de longues recherches pour retrouver l’appareil disparu.

On notera également que c’est la stratégie employée par les pirates qui capturent Carreidas dans Vol 714 pour Sidney: plongée vers la houle, vol en rase-vagues jusqu’à une île disposant d’une piste savamment dissimulée. «Bon et maintenant, le plus vite possible au ras des flots!», grogne le pilote juste après avoir donné sa position.

Le «radada», c’est la cape d’invisibilité de l’aviateur. Une fois, en bas, évidemment, on ferme sa gueule.

2. Astronaute d’eau douce

Ensuite, il faut se repérer. Lorsqu’on vole au ras des flots, la circulation alternée reste une hypothèse d’école. Surtout lorsqu’on cherche à se cacher. D’où parfois quelques petites frayeurs.

Au risque de froisser l’autochtone.

Pour se repérer, mieux vaut utiliser des appareils de radioguidage difficiles à détecter. Dans Les Agresseurs, on apprend qu’un réseau de balises a été mis en place par les Soviétiques depuis la Sibérie jusqu’en Alaska, dans l’hypothèse d’une invasion. Ces balises émettent à «très basse fréquence» et ne fonctionnent pas en permanence.

«Elles sont mises en action par une impulsion électrique émise à distance par un avion.»

Oh oh... Bon, cela dit, sur mer, ça semble peu probable. A moins qu’un réseau de bateaux bien organisés...

3. Sur le tarmac, la plage

Mais tout ça pour aller où sacrebleu?

Il y a d'abord l'hypothèse de l'amerrissage en catastrophe dans l'océan. C'est ce qui arrive à Natacha, la célèbre hôtesse de l'air dessinée par Walthéry[1].

Dans un Buck Danny, il y a le ciel, le soleil et le tarmac. Tarmac très variable si l’on en croit Charlier, qui fait atterrir des avions à peu près n’importe où: sur de la glace, un lac asséché, la jungle (parfois avec quelques dégâts, dans une vallée étroite et cachée des regards, et, bien sûr, la plage.

Vous faites bronzette en combi latex et hop voilà t’y pas que le sable chaud se révèle être un succédané de Roissy Charles-de-Gaulle. Victoire, Bert.

Donc, on peut atterrir partout, c’est Charlier qui le dit. Cela dit, mieux vaut le faire discrètement.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les Japs (oui, je fais du Charlier dans le texte) établirent des bases aériennes dans de nombreuses îles du sud est asiatique. Après 1945, la plupart furent oubliées: souvenez-vous de Hell in the Pacific avec Toshiro Mifune et Lee Marvin.

Cela n’a pas échappé à notre scénariste préféré, qui aime bien planquer des pirates dans ces îles oubliées, comme dans... Tiens donc.

Dissimulées sous le sable ou, mieux encore, maquillées pour sembler hors d’usage, les pistes «oubliées» abondent. Au grand bonheur des gangsters de tout poil. Dans Destination Pacifique, le onzième album de Tanguy et Laverdure, des pirates utilisent une piste parfaitement camouflée, avec des fausses lézardes, de faux entonnoirs de bombes et des troncs de palmiers jetés en vrac. Même Tanguy n’y voit que du feu...

Et pourtant un avion y atterrit sans difficulté si l’on retire ces trompe-l’œil. Une fois posé, hop, on remet tout en place.

Autant vous dire qu’à ce moment-là du récit, on a chaud aux fesses pour la sécurité nucléaire française.

Autre solution, un peu plus casse-gueule, celle de la piste en kit façon Ikéa Rastapopoulos. Sitôt l’avion au sol, on démonte fissa les morceaux de ferraille qui l’ont accueilli. L’île de Palau Palau Bompa redevient une île inhabitée comme les autres.

Et l’avion? Démonté ou caché? On n’a que ce dialogue...

Haddock: Je n’ai pas vu l’avion. Ils ont dû le camoufler…

Tintin: Oui, sans doute.

4. Sigmund Freud et Haroun Tazieff

Tout ça ne nous dit pas où il est...

Car un avion ne se dissimule pas très facilement, Certes, une fois qu’il est posé, on le cache sous quelques branchages, mais c’est du provisoire. Ou alors, on opte pour une vraie bonne planquette: une  grotte. Aaah le bonheur freudien des vallées étroites et des caches souterraines –où se terre l’infâme Lady X, seule figure féminine du récit, inspirée par l’aviatrice allemande Hanna Reitsch.

Dans Mystère en Antarctique, des jets se retrouvent ainsi au fond d’une caverne sous la glace. Mais l’exemple le plus délicieux se trouve dans Un prototype a disparu. En cherchant ledit appareil, Buck tombe sur une île volcanique crachant d’inquiétantes fumées.

Il s’agit bien évidemment d’un habile stratagème que notre héros percera à jour: le cœur du volcan, éteint, bien éteint (au secours Freud), abrite une piste parfaitement adaptée pour recevoir le prototype. En revanche, c’est une piste destinée à l’atterrissage vertical...

Dans Mission vers la Vallée perdue, Buck Danny trouvera à un avion de ligne soviétique (un Iliouchine Il-12 pour les amateurs) attendant au fond d'un hangar. Ce sont des moines tibétains qui le conservent en parfait état, après la mort de son équipage dans les neiges... Les moines le vénèrent comme un «oiseau descendu du ciel».

Post-scriptum: on notera que le volcan chez Tintin est empli d’eau, que l’avion est fièrement dressé dans sa robe rouge, et on enverra les enfants se coucher.

Jean-Marc Proust

[1] Signalé par @Marc_Halombre. Merci. Retourner à l'article

Les aventures de Buck Danny sont publiées chez Dupuis, celles de Tanguy et Laverdure chez Dargaud, et Tintin chez Casterman. Les connaisseurs auront noté qu’il y a parfois du Bergèse dans le Charlier.

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