Garçon! Un café et un whiskey pour faire passer la Saint-Patrick!

Sur une veste, le jour de la parade de la Saint-Patrick à New York, le 17 mars 2012. REUTERS/Carlo Allegri

Sur une veste, le jour de la parade de la Saint-Patrick à New York, le 17 mars 2012. REUTERS/Carlo Allegri

Le 17 mars, la fête traditionnelle irlandaise sera généreusement fêtée en France. Devinez pourquoi.

La Saint-Patrick, c’est un peu Halloween pour les adultes: une fête celtique charriant toute une mythologie, qui s’est transformée en raout commercial en essaimant en France. On fait la tournée des bars et non celle des maisons voisines, on commande une bière ou un whiskey au lieu de quémander des bonbecs, et on s’épargne la corvée d’évider les citrouilles pour y planter des loupiotes.

Dublin a eu beau jeu de créer un Festival de la Saint-Patrick pour l’habiller de sophistication culturelle, les diasporas d’Irlandais n’en ont retenu qu’une chose: ce jour-là, nul besoin de choisir entre la bière et le whiskey en beuglant les Pogues à tue-tête. Ce jour-là, il n’est pas indigne ni de mauvais goût de porter des cravates ou des galurins vert gazon. Et le lendemain, se vantent avec malice nos irish friends, 2% de la population mondiale auront réussi à filer la gueule de bois aux 98% restants.

Commençons par réviser la bible des alambics: non, saint Patrick n’a pas inventé ni importé le whiskey en Irlande – mais le nombre de ses visions pousse à croire qu’il y tâtait souvent. Parti en 432 évangéliser les Celtes, cet Anglais (eh oui) est fêté dans toute l’Irlande, du nord au sud, comme le saint patron du pays à la date du 17 mars – sauf quand ce jour tombe pendant la semaine sainte (ce qui ne devrait pas perturber le calendrier des libations avant 2160).

S’il n’a pas inventé le whiskey, Patrick – grâce lui soit rendue – a initié une jolie coutume, dit-on: celle de remplir les verres à ras bord, en vertu du principe que la radinerie et trop de mesure s’apparentent à des pratiques sataniques. Le 17 mars, réjouissons-nous, on boit la coupe jusqu’à la lie. Et, surprise, les Français en profitent largement. «Les ventes de whiskey irlandais sont multipliées par 3 ou 4 à cette occasion, relève Eric Sampers, chef de groupe marketing sur les whiskies premium (dont Jameson) et les champagnes chez Ricard. L’effet Saint-Patrick est bien plus important que les fêtes de fin d’année sur les irish Un miracle très prosaïquement opéré par les marchands du temple: «C’est tout simplement devenu une période d’intense activité promotionnelle chez les cavistes et dans la grande distribution. Et les consommateurs en profitent pour faire des réserves.»

Dans les pubs et les bars, on en profite pour afficher l’irish coffee à l’happy hour. Même si ce n’est pas du goût de tout le monde. «Il nous en a fait, du mal, ce cocktail, gémit John Quinn, le brand ambassador de Tullamore Dew. Certes, il nous a permis de faire remonter les ventes quand le whiskey irlandais était au fond du trou, mais il a aussi accrédité l’idée que l’irish était tout juste bon à noyer dans le café, comme un produit sans valeur.»

Hiver 1943, aéroport de Foynes, dans le comté de Limerick. Quoi qu’en jurent les Irlandais, il fait froid et humide en cette saison. Quand le vol pour le Canada annonce qu’il va faire demi-tour en raison du très mauvais temps, Joe Sheridan, le chef du restaurant de l’aérogare, se dit qu’un shot de whiskey dans le café fumant et un col de crème fouettée pour faire glisser les anges sur un toboggan requinquera les passagers. Non, pas trop sucré, le café. Non, pas de chantilly en bombe. Non, on ne touille pas la crème, malheureux! Naissance d’un classique qui touchera jusqu’aux lèvres de Marilyn sur une photo restée célèbre.

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Depuis peu, les whiskeys irlandais profitent d’un revival exceptionnel: pas loin de 5 millions de bouteilles vendues en France en 2013, où Jameson (le n°1 mondial) règne sans partage mais où les derniers arrivés profitent de croissances folles : +41,9% pour Tullamore Dew, +54,1% pour Kilbeggan. Ce n’est que le début, si l’on en juge par les investissements massifs effectués récemment pour construire de nouvelles distilleries (plus d’une demi-douzaine) et lancer de nouvelles marques.

D’ici là, quelle meilleure occasion que le 17 mars pour s’abandonner au plaisir d’un de ces pot still qui reviennent à la mode et ont fait jadis la renommée du whiskey irlandais ? Nous vous en recommandions quelques-uns ici, mais vous pouvez aussi bien donner leur chance au Red Breast 12 ans (surtout si vous choisissez le bestial brut de fût), une goulée de fruits rouges qui fond dans les épices, au Yellow Spot dont le fondant exotique fait merveille en digestif, ou, si vous êtes en fonds, au très élégant Midleton Barry Crockett Legacy (pas loin de 200 € : à la vôtre !).

A moins que vous ne vous laissiez tenter par l’originalité et l’extrême douceur du whiskey de grain Greenore. Ou par l’un des assemblages d’orfèvres de Teeling ou The Irishman, en attendant que leurs futures distilleries sortent de terre. Si vous décidez d’y ajouter du café, mieux vaut ne pas vous en vanter.

Christine Lambert