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Mais pourquoi les méchants ont-ils des noms en «mor»?

Temps de lecture : 2 min

"Voldemort as project manager" par Kevin Dooley/ FlickR licence CC by

Voldemort, Morgoth, la Moria, le Mordor: outre le fait d'incarner à la perfection la négation même du bonheur, de la chaleur et de la bienveillance, ces personnages et ces endroits de fiction (la saga Harry Potter pour le premier, l'univers de Tolkien pour les autres) ont en autre point commun curieux. Ils contiennent tous le son «mor».

«Si vous imaginez un nom pour quelqu'un ou quelque chose de méchant, particulièrement s'il est sombre et fatal et contre nature, "mor" fait bon effet», résume ainsi The Week, qui se penche sur les raisons qui poussent les auteurs anglo-saxons à attribuer cette sonorité particulière à leurs méchants.

Car J. K. Rowling et J. R. R. Tolkien ne sont pas des cas isolés, comme le note le site américain: il y a aussi le Moriarty de Sherlock Holmes, le Morbius du Doctor Who ou de Spiderman, ainsi que la fameuse ville Ankh-Morpork du Disque-monde de Terry Pratchett –pas vraiment méchante en tant que telle, mais malfamée et nauséabonde.

Pour The Week, la raison de cette utilisation est certainement double. Elle est d'abord à chercher du côté de l'étymologie, qui renvoie sans surprise à la mort (par exemple en latin), ou aux ténébres, dans le cas «d'une vieille racine allemande, mora». Mais le site relève aussi une autre cause:

«En fait, "mor" peut être ce qu'on appelle parfois un “phonestheme”: une partie du mot qui tend à porter une certaine connotation, non en raison de son étymologie ou de sa définition formelle, mais juste par association.»

De la même façon que le son «sn» fait tout de suite penser au nez, en anglais comme en français (par exemple «sniffer»), ou que les Alsaciens «spritz» (pour un vaporisateur) ou «schluck» (gorgée) imitent la sonorité associée aux termes, certains mots contiennent un son qui font penser systématiquement à la même notion. Sans être pour autant issus, et c'est là que c'est surprenant, de la même racine, souligne The Week.

Gravé dans nos cervelles, le sens suggéré de «mor» nous inciterait donc à l'associer automatiquement à des choses peu recommandables. The Week modère néanmoins son analyse, en concèdant que tout un tas de mots «qui contiennent "mor" n'ont pas une tonalité aussi sombre». Pensée spéciale pour tous les Maurice, Morgan, Maureen et autres Maurane.

Andréa Fradin Journaliste

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