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Non, Canal+ ne vous a pas vraiment spoilé «House of Cards»

Alexandre Hervaud, mis à jour le 12.03.2014 à 11 h 24

Oui, le spot de présentation de la nouvelle saison de la série de David Fincher diffusé par la chaîne cryptée est un poil trop démonstratif. Mais aussi suffisamment malin et tordu pour éviter le carton rouge.

Cette image constitue-t-elle un spoiler ou un clin d'oeil? Vous avez 2 heures. - DR

Cette image constitue-t-elle un spoiler ou un clin d'oeil? Vous avez 2 heures. - DR

Avertissement : on s'apprête à causer ici de spoilers, action hautement performative qui implique souvent de spoiler à notre tour. Seul le premier épisode de la deuxième saison de House of Cards est ici concerné.

Sept mois. À quelques jours près, c'est la durée qui a séparé, l'an dernier, la mise à disposition sur Netflix de l'intégralité de la première saison de House of Cards de sa diffusion française sur Canal+. Conscient de l'absurdité d'un tel décalage –surtout quand certaines séries sont disponibles légalement en France 24 heures après leur diffusion américaine, pas seulement en VOST, mais aussi en version française, comme Black Sails sur OCS–, Canal+ a eu le bon goût d'accélérer les choses en 2014 pour la deuxième saison du show produit par David Fincher.

Disponible sur Netflix depuis le 14 février, la saison deux fera donc ses débuts sur la chaîne cryptée jeudi 13 mars au soir, soit moins d'un mois après son lancement sur le service de VOD par abonnement. Un effort notable, qui n'a toutefois pas empêché la chaîne d'être la cible de remarques fleuries sur les réseaux sociaux ces derniers jours, la faute à une bande annonce multi diffusée à l'antenne qui contiendrait un affreux spoiler.

Pour ceux ayant déjà démarré la vision de la saison grâce au piratage ou à leur abonnement Netflix payé via VPN (il faudra d'ailleurs s'interroger un jour sur le nombre d'abonnés à Netflix US aussi américains que le camembert ou la paella), voici la bande-annonce en question.

L'extrait incriminé débute à la 18ème seconde («Vous avez déjà tué quelqu'un?») par une scène située à la fin du premier épisode de cette nouvelle saison, et il dévoile –on vous a prévenu, ça va spoiler– au téléspectateur français le traumatisant passage à l'acte meurtrier de Frank Underwood (Kevin Spacey). En soi, ce n'est pas forcément malin, mais la circonstance aggravante tient dans l'identité de la victime, à savoir le personnage de Zoe Barnes, incarnée par une Kate Mara réduite contre toute attente au statut de guest star de début de saison.

Et c'est là que Canal+ joue plutôt bien son jeu et pourra se défausser d'avoir ruiné toute surprise. L'extrait est en effet monté de manière très cut, quasi épileptique, et même en regardant plusieurs fois l'extrait, souris à la main pour faire des pauses, difficile de pouvoir reconnaître au premier coup d'oeil le personnage de Zoe si l'on n'a pas déjà vu la scène au préalable –auquel cas, par définition, personne n'est spoilé dans l'histoire. Ce serait sans doute la ligne de défense du monteur de ce spot s'il était passé à la questionnette par l'Inquisition (ou pire, une armée de fanboys aigris).

Mieux encore, toujours à sa décharge: la scène du fameux trépas est suivi par un extrait montrant justement ladite Zoe en pleine forme, menant son enquête. Par un montage non chronologique plutôt malin (même si le mal est déjà fait), le spot Canal tente donc de brouiller les pistes, en choisissant de montrer la nature de Frank Underwood tout en essayant de ménager la surprise.

Un équilibre casse-gueule auquel ne s'est en tout cas pas risqué Netflix pour sa promotion mondiale (la même bande-annonce a servi, via sous-titres, pour le marché américain, canadien, brésilien et latino-américain hispanique par exemple), comme on peut le constater avec ce trailer affichant 2 minutes 20 au compteur.

«Oui, mais en TV, les spots sont plus courts, donc il faut injecter plus de contenu aguicheur avec un montage serré», répondront les défenseurs de Canal. Soit. Ce que à quoi on répliquera justement avec le spot de 30 secondes –toujours proposé par Netflix– correspondant au format standard des bande-annonces TV américaines, et lui aussi dépourvu de l'infâmant spoiler.

Inutile bien sûr de crier au scandale, le spot incriminé de Canal+ ne gâchant après tout qu'une surprise intervenant au tout début de la saison, et non sa conclusion. Conclusion que je n'ai d'ailleurs toujours pas vue faute de temps (comme beaucoup), le présent article ayant ainsi été rédigé en tentant d'éviter tout spoiler sur la fin de la saison. Comme c'est méta!

Alexandre Hervaud

Alexandre Hervaud
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Journaliste
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