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«Les Revenants» ou «Resurrection»? Préférez la série française, c'est une critique américaine qui le dit

Willa Paskin, mis à jour le 01.04.2014 à 16 h 02

Quand il est question de faire revenir les morts, les Français se débrouillent mieux que les Américains.

Anne Consigny, Frédéric Pierrot, Jenna Thiam, Yara Pilartz dans «Les Revenants» / Jean-Claude Lother / Haut et Court / Canal+

Anne Consigny, Frédéric Pierrot, Jenna Thiam, Yara Pilartz dans «Les Revenants» / Jean-Claude Lother / Haut et Court / Canal+

Il était une fois un grille-pain que j'avais chez moi. Un modèle standard, celui avec deux fentes, pour y mettre deux tranches de pain. Il grillait très bien le pain. Parfois j'y bloquais des bagels. Et parfois ces bagels finissaient carbonisés, car ils étaient trop gros pour être éjectés par l'appareil. Il fallait parfois que je m'y reprenne à deux fois pour obtenir le résultat souhaité. Mais dans l'ensemble, l'objet faisait son travail –griller le pain– et j'en étais très satisfaite.

Et puis un jour, je me suis servie d'un mini-four. A côté d'un grille-pain classique, le mini-four paraît immense et compliqué. Il a des poignées. Et une grille. On peut y mettre une miche de pain entière. Mais il peut faire des choses dont un grille-pain est incapable: réchauffer des restes, faire gratiner du fromage sur les sandwichs, faire griller des choses plus épaisses qu'une tranche de pain. Un mini-four fait passer le grille-pain pour un objet pathétique, petit et limité. Revenir au grille-pain serait impossible pour moi.

Resurrection, la nouvelle série dramatique de la chaîne ABC sur des morts revenus à la vie, c'est le grille-pain standard, quand on la compare à la série fantastique française Les Revenants, qui aurait le rôle du mini-four. J'ai trouvé que Resurrection fonctionnait très bien –jusqu'à ce que je me tourne vers Les Revenants, un modèle plus sophistiqué.

Même si ces deux séries partagent un thème commun, elles sont basées sur des œuvres différentes. Resurrection s'inspire d'un roman publié récemment, intitulé The Returned (le titre américain des Revenants), ce qui prête à confusion, et la série Les Revenants s'inspire d'un film français éponyme. Dans les deux séries, des individus victimes d'une mort violente reviennent à la vie, non pas à l'état de zombies, mais en ayant toute leur tête, et retrouvent leurs proches, qui eux ont vieilli et passé des années à pleurer la disparition de leur proche.

L'épisode pilote de Resurrection nous raconte l'histoire de Jacob, un garçon de 8 ans qui se réveille dans une rizière chinoise, et qui amène très vite Marty Bellamy (joué par Omar Epps), agent des douanes et de l'immigration, à se rendre dans la ville d'Arcadia, dans le Missouri. Il se trouve que Jacob y est mort noyé 32 ans plus tôt, mais ne semble pas avoir vieilli d'un pouce, et est accueilli par ses parents, désormais bien plus vieux, dans un mélange de joie, d'incrédulité et d'angoisse, sans oublier les inévitables séquences émotion des retrouvailles. Comme le laissaient clairement présager les bandes-annonces joliment effrayantes diffusées pendant la cérémonie des Oscars, Jacob n'est pas le seul à être revenu d'entre les morts.

Quand j'ai vu le pilote de Resurrection en juin dernier, il m'a laissée perplexe. L’idée de départ constitue un terreau très fertile pour une série télé: un mystère inquiétant et bouleversant, qui pourrait verser dans le surnaturel, la conspiration ou le spirituel.

Si la version d'ABC souffre d'un casting banal, comme quasiment toutes les séries de ce type de chaîne, les parents de Jacob sont au moins joués par Frances Fisher et Kurtwood Smith, des acteurs doués. Et la série semblait même prête à explorer certaines des conséquences très terre-à-terre que peut avoir résurrection: quand Jacob essaie de jouer au foot avec les autres enfants, leurs parents s'empressent de leur faire quitter le terrain pour les empêcher de jouer avec une telle abomination. Le pasteur, qui était le meilleur ami de Jacob quand ils avaient tous deux le même âge, s'interroge:

«Je prêche les miracles de Dieu depuis des années, et quand j'en ai un sous les yeux, je suis incapable de le croire?»

Mais puisque j'avais regardé le pilote de Resurrection, j'ai regardé Les Revenants dans sa totalité. Malheureusement pour Resurrection, Les Revenants est supérieure en tous points. Même si les deux séries traitent de parents endeuillés, de représentants de la loi aux motivations mystérieuses, de pasteurs au passé douloureux, de petits garçons silencieux et parfois inquiétants, et de criminels fraîchement ressuscités, l'atmosphère dans laquelle ces personnages évoluent dans Resurrection manque cruellement d’épaisseur. A côté des Revenants, le jeu d'acteur, le mystère, les thèmes abordés, la technique, les intrigues et le générique font pâle figure.

Resurrection est alourdie par une histoire policière –Bellamy a la ferme intention de découvrir le fin mot de l'histoire!– et par une tendance au cliffhanger facile: quand Jacob évoque un homme mystérieux qui était là le jour de sa mort, le plan suivant nous montre tout de suite un étrange inconnu, et on se dit que le garçon pourrait être en danger.

L'énorme mystère central –pourquoi et comment ces gens sont revenus à la vie?– ne semblant pas suffire, la série rajoute des intrigues peu intéressantes sur la mort de chaque personnage ressuscité.

Dans Les Revenants, quand une adolescente revient chez elle, sa mère ne l'accueille pas avec de la surprise ou de la joie, mais plutôt avec une inquiétude intrigante: maintenant que sa fille est de retour, elle pourrait lui être enlevée à nouveau. C'est ce genre de nuance surprenante que Resurrection n'effleure jamais, ne serait-ce qu'un petit peu.

Je me rends compte que je suis en train de vous dire que cette série d’honnête facture n'est pas bonne parce qu'il existe une version étrangère bien meilleure. N’y voyez aucun snobisme: c’est juste que la série française me sert d’étalon. Dans l'idéal, on devrait juger les séries en tant que telles –mais Resurrection est une copie des Revenants. Elle a tous les ingrédients qui font le sel de la série française, sans jamais en atteindre la saveur. Préférez le mini-four.

Willa Paskin

Traduit par Anthyme Brancquart

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