Il y a une pépite dans «Apocalypse, Première Guerre mondiale»: le reportage d'un journaliste américain «embeddé»

Dans les archives utilisées par Daniel Costelle et Isabelle Clarke pour composer la nouvelle série documentaire de France 2, l'expédition d'un journaliste américain filmé en 1916 côté allemand. Coulisses d'un reportage «vieux» de cent ans (qu'on peut déjà voir sur YouTube).

Apocalypse, la 1re guerre mondiale, 20h45, à partir du 18 mars, France 2. Série en cinq parties de 52 min d'Isabelle Clarke et Daniel Costelle.

Comment montrer la guerre de 14-18 à la télé, à l'heure de la célébration de son centenaire? Le duo Daniel Costelle/Isabelle Clarke, déjà signataire de la grande série documentaire évènement, Apocalypse, la 2e guerre mondiale, vue par 300 millions de téléspectateurs à travers 165 pays, s'est attaqué à ce défi il y a trois ans.

Inquiets au début de leur quête, la Seconde Guerre mondiale ayant un peu phagocyté la première, les auteurs ont vite été rassurés par l'afflux d'archives cinématographiques, 150 heures de rushes dont plus de la moitié inédits et glanées dans le monde entier. Dans ce flot d'images de militaires ou de civils, tournées par des cinéastes professionnels et amateurs, voilà celle, inattendue, d'un journaliste américain de 33 ans, Wilbur Durborough, paradant aux côtés du général Von Falkenhayn, nouveau commandant en chef de  l'armée, en 1916 sur le front de l'Est.

«Il avait été autorisé à suivre l'armée allemande à bord d'une décapotable de luxe pendant six mois, explique Daniel Costelle. Il était au mieux avec les officiers allemands, se laissait filmer avec complaisance en leur compagnie, et paraissait très fier de son scoop...»

Comment ces précieuses bobines sont-elles arrivées jusqu'à la société CC&cie (Costelle&Clarke et cie) à Paris?

«Comme nous sommes à la recherche de documents rares, nous passons les services concernés au peigne fin, précise Valérie Combard, responsable du secteur. Grâce à la coproduction avec les Canadiens, nous avons pu accéder aux archives américaines, celle du Congrès en l'occurence, et récupérer le journal de bord et les bobines (32 boîtes) de Durborough, filmé par son assistant opérateur, Irving Guy Ries. Des images susceptibles d'intéresser la forte communauté d'Allemands implantée à l'époque aux environs de New York, surtout avant l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1917. L'intérêt, c'est que c'est le seul Américain filmé avec les Allemands, mais, les images sont plus intéressantes que le texte…»

Durborough (à gauche) avec le général von Falkenhayn

D'autres moments ont marqué les recherches de cette documentaliste passionnée, comme la découverte des films de la famille Ferrari.

«Je regardais des images dans un laboratoire parisien, et on m'a parlé par hasard d'un film amateur en cours de restauration. Il appartenait à une famille française qui s'est filmée tout au long de la guerre avec l'une des premières caméras 28 mm créées par Pathé en 1913. On y voit même le frère du cinéaste, de retour du front où il a été gazé, et qui épousera plus tard son infirmière... C'était un document d'une qualité exceptionnelle et un sacré coup de bol! Quand on tombe dessus, on est très excité.»

Ces minutes de vie quotidienne des Ferrari constituent d'ailleurs le fil rouge d'une série qui s'attache plus au côté humain qu'aux batailles de cette guerre ravageuse, qui devait mobiliser 75 millions d'hommes et tuer 10 millions de soldats.

Finalement, ce nouvel opus du célèbre tandem Clarke/Costelle constitue la «matrice» du travail de ces «archéologues télévisuels», comme se plaît à dire Daniel Costelle. Comme leurs travaux précédents, Apocalypse, la 1re guerre mondiale, est soigneusement sonorisée et mise en couleur (trois personnes travaillant un an sur la recherche de couleurs originelles).

Une étape fastidieuse, mais déterminante, à leurs yeux, pour le réalisme et la compréhension. «Nous voulons nous adresser à la jeunesse, précise Isabelle Clarke. On ne peut plus parler du XXe siècle sans images en couleurs.»

Isabelle d'Ornon