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Cadenas au cou et aux chevilles de mannequins à la fashion week de Milan

Temps de lecture : 2 min

DSquared2, défilé à Milan le 24 février 2014. REUTERS/Alessandro Garofalo
DSquared2, défilé à Milan le 24 février 2014. REUTERS/Alessandro Garofalo

Le réalisateur et producteur Loïc Prigent, spécialiste de la mode, a posté lundi 24 février, sur Twitter, cette photo:

La marque est DSquared2, marque canadienne créée et dirigée par deux frères, Dean et Dan Caten. La photo a été prise lors de son défilé autome-hiver à la fashion week de Milan, le 24 février 2014. Y a-t-il erreur sur le constat ou DSquared2 a-t-elle versé dans le racisme branché qui parcourt parfois la mode?

Sur son site, elle ne mentionne pas du tout l'esclavage comme inspiration. Elle explique ainsi:

«Autrefois star glamour, elle se retrouve dans un institut psychiatrique avec sa somptueuse garde-robe. En dépit de son état mental vacillant, elle s'habille toujours de manière très soignée. Perturbée et sublime, Dsquared2 s'inspire de cette femme étonnante pour sa collection automne-hiver».

Ces cadenas évoqueraient-ils plutôt une camisole de force ou un attirail d'asile? Les photos d'Alessandro Garofalo de l'agence Reuters montrent les mêmes mannequins:

En détails:

Si montrer une femme au cou cadenassée n'irait pas tout à fait contre les reproches que l'on fait à la mode, quand on l'accuse de réifier ou de rabaisser les femmes, et que prendre la folie comme accessoire de mode n'est pas forcément subtil, les soupçons de racisme peuvent s'expliquer par les polémiques récentes.

En 2012, il y avait eu ces baskets Adidas, annoncées mais jamais commercialisées à cause du mécontentement face à cette référence à l'esclavage:

En mars 2013 Mango avait suscité une polémique en commercialisant des bijoux «esclave». Nouvelle polémique quelques mois plus tard, en mai 2013, avec la publication d'une série photo intitulée «Be My Slave» («Sois Mon Esclave») dans le magazine britannique Diva, signée d'une créatrice de mode pakistanaise, Aamna Aqee. Sur les photos, une mannequin blanche se fait servir par un enfant noir habillé en esclave.


Aux confins de la mode, plus récemment, en janvier 2014, une photo de Dasha Zhukova, compagne de l’oligarque russe Roman Abramovich (le propriétaire du club de football londonien Chelsea), rédactrice en chef du magazine Garage a posé assise sur une chaise en forme de femme noire à moitié nue. Cette photo avait été publiée le 20 janvier, date de commémoration de la mémoire de Martin Luther King aux Etats-Unis.

Le monde de la mode est régulièrement taxé de racisme, ou plus souvent, de discrimination. En 2013, des mannequins noirs (Bethann Hardison, Iman et Naomi Campbell) ont envoyé une lettre aux Chambres syndicales de la mode de New York, Londres, Milan et Paris notant que «saison après saison, les maisons n'emploient qu'un seul ou aucun mannequin de couleur. Même si ce n'est pas intentionnel, le résultat est du racisme». En février 2013, 82,7% des mannequins embauchées pour les défilés de la Fashion Week étaient blanches. 9,1% étaient asiatiques, 6% étaient noires, rappelions-nous dans un article en novembre 2013.

Mais quand on voit l'image d'ensemble du défilé, pas de doute que la marque DSquared2 ne s'inscrit pas dans ce contexte-là. De l'intérêt de ne pas extraire les images de leur contexte.

Charlotte Pudlowski journaliste, créatrice et rédactrice en chef du podcast Transfert

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