Chère SNCF, propose des résidences pour écrivains dans tes trains

REUTERS/Jean-Paul Pelissier

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Comme aux Etats-Unis.

Aux Etats-Unis, l’Amtrak, compagnie nationale de chemins de fer, a décidé il y a peu d’offrir des résidences mouvantes aux écrivains. De longs trajets à bord de ses trains. Juste pour écrire. Cette idée était apparue dans une interview, en décembre 2013, de l'écrivain et poète Alexander Chee, qui disait aimer écrire dans les trains plus que dans nul autre endroit, et ajoutait:

«J'aimerais tant qu'Amtrak ait des résidences pour écrivains.»

Après avoir lu cette interview, deux auteurs new-yorkais, Jessica Gross, et Zach Seward, avaient lancé l'idée sur Twitter. 

La compagnie a exaucé leur vœu, via un trajet aller-retour New York-Chicago. Près de 40 heures pour écrire. Jessica Gross a fait le trajet, presque gratuitement. Pas d'argent à débourser mais quelques tweets à envoyer néanmoins, pour faire la promotion de la compagnie et une interview pour le site d'Amtrak à la fin. 

Jessica Gross en a aussi fait le récit dans la Paris Review (ce qui a ajouté à la publicité pour Amtrak):

Dans cet article, Jessica Gross raconte son trajet et l'intérêt d'écrire dans un train. Elle cite toute une série de romanciers contemporains qui ont déjà fait l'éloge des trains et de l'écriture dans un lieu mouvant, empli d'inconnus, qui a une durée limitée. Enthousiasme général.

Qui n'est d'ailleurs pas nouveau. Proust faisait l'éloge des gares (dans lesquelles s'accomplit le miracle «grâce auquel les pays qui n'avaient pas encore d'existence que dans notre pensée vont être ceux au milieu desquels nous vivrons»), Cendrars dans La Prose du Transsibérien, des trains. Son long poème racontait le voyage d’un jeune homme dans le transsibérien allant de Moscou à Kharbine.

Récemment, en 2010, en France, un petit groupe d'écrivains est remonté à bord du transsibérien, dans le cadre d'un programme censé promouvoir l'amitié franco-russe. A l'issue de ce voyage, la romancière Maylis de Karangal, qui en fit partie, notait: «Le train est une machine à fiction» et:

«Nous sommes immobiles et la nature bouge. La fenêtre du wagon est une trouée sur l'immensité. Cette nature nous appelle et nous exclut en même temps. C'est à la fois splendide et inquiétant.»

La SNCF, a priori, n'a cependant pas l'intention d'offrir le même système de résidence que l'Amtrak. Elle s'occupe pourtant de littérature. Sous forme du prix SNCF du polar (prix de lecteurs créé en 2000), de mise à disposition sur certains «trains polars», de livres ou de bandes-dessinées.

«Mais nous ce qu'on fait c'est à l'intention des clients», remarque la SNCF contactée par Slate «pas vraiment des écrivains». Dommage!