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Oscars 2014: n'oublions pas les Français!

Félicien Cassan, mis à jour le 02.03.2014 à 11 h 16

Aux côtés d'Alexandre Desplat, Julie Delpy, Bruno Delbonnel et Philippe Le Sourd, habitués d'Hollywood, on trouve plusieurs nommés moins connus battant pavillon tricolore.

La déception de voir La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche échouer à quelques encablures de la sélection finale des 86èmes Oscars ne doit pas masquer la présence forte et régulière du cinéma francophone à cette grand-messe.

Cette année, sont notamment en lice le compositeur Alexandre Desplat (nommé pour la sixième fois, pour Philomena de Stephen Frears, il n'a pas encore remporté de statuette), Julie Delpy (nommée avec Richard Linklater et Ethan Hawke pour le scénario, adapté, de Before Midnight) ou encore deux directeurs de la photographie officiant depuis longtemps pour Hollywood (Philippe Le Sourd pour The Grandmaster de Wong Kar-wai et Bruno Delbonnel pour Inside Llewyn Davis des freres Coen). Ainsi que, dans la catégorie meilleur film en langue étrangère, L'Image manquante, du franco-cambodgien Rithy Panh –qui concourt officiellement sous pavillon cambodgien.

Mais on trouve aussi trois productions d'artistes français moins connus en lice pour les statuettes dorées. Un long d'animation et deux courts, un d'animation et un de fiction.

Quasi huis clos dans un supermarché

Les mauvaises langues rappelleront que les Américains ne nous aiment jamais autant que lorsque nos œuvres sont muettes (la consécration de The Artist en 2012) ou dans des catégories secondaires. Or, s'il est vrai que Mr Hublot, court-métrage animé et muet de Laurent Witz et Alexandre Espigares, remplit ces deux critères, ce n'est pas totalement le cas de la principale chance tricolore, tant le sujet et son traitement sont à même de faire plier les jurés: le beau Avant que de tout perdre, un court de 30 minutes réalisé par Xavier Legrand et produit par Alexandre Gavras (le fils de Costa-Gavras), lauréat vendredi du César du meilleur court-métrage.

Narrant le furtif combat d'une mère pour s'arracher à sa condition, il colle aux basques d'une Léa Drucker nerveuse et proprement fabuleuse, le long d'un quasi huis-clos dans un supermarché qui n'est pas sans rappeler le naturalisme de la nouvelle vague du cinéma allemand ou les frères Dardenne au meilleur de leur forme.

On ne peut en dire trop, de peur de spoiler, mais il y a une vraie force dans ce court récit parvenant à rendre haletantes des scènes du quotidien tout en éludant au maximum toute explication psychologisante. «J'ai demandé à Léa de jouer une coupable, pas une victime, expliquait récemment Xavier Legrand, dans un anglais approximatif, dans une salle de projection du lycée français de Los Angeles, avant de laisser son producteur traduire. Il me fallait filmer les silences, les moments où l'on ne comprend pas bien ce qui se déroule sous nos yeux.»

Touché. Malgré l'aspect légèrement «bête à concours», cette manière Sundance de ne pas surligner les enjeux devrait séduire l'Académie, comme elle a déjà séduit une multitude de festivals l'année dernière. On y croit.

Paris rétro-futuriste

Plus internationaux dans leur manière d'aborder film et promo, les jeunes Alexandre Espigares et Laurent Witz, respectivement Luxembourgeois et Français, ont fait leurs classes d'animateurs dans les plus grands studios du monde et  parlent un anglais impeccable.

Depuis trois ans, ils imaginaient, en supplément de leurs devoirs respectifs, un Paris rétro-futuriste dans lequel se débat un homme-machine en proie à des crises de stress, tout en TOC et agoraphobie envahissante, et qui va se prendre d'affection pour un chien un peu spécial. Muet, donc, et coupé en son milieu par une bluette chantée en anglais, Mr Hublot, malgré une facture technique parfaite, ne parvient pas totalement à emporter la mise. La faute sans doute à ces pesantes influences Tim Burton/Sylvain Chomet, et dans une moindre mesure Jean-Pierre Jeunet.

Esquissant un monde claustrophobe d'où la tristesse ne parvient jamais à s'effacer complètement, le film regorge pourtant de jolies idées. Mais le côté bricolo-orwellien à base de monde pollué, de pessimisme romantique et de robots recousus lasse (qui a dit Jack et la mécanique du cœur?). Il est grand temps que les animateurs francophones profitent de leur immense talent pour ouvrir les fenêtres et oublier l'étouffant néo-vintage parisien. De la part de deux jeunes génies ayant travaillé sur des projets aussi éclectiques que Happy Feet ou la série animée Star Wars, il est de fait étonnant d'avoir à faire à cet univers un brin sclérosé.

Moi, moche et méchant 2, une demi-chance

Les meilleurs dessinateurs issus des plus grandes écoles parisiennes qui traversent l'Atlantique finissent souvent chez Pixar, Dreamworks ou Disney. Disney qui, comme d'habitude, devrait repartir avec l'Oscar du meilleur film d'animation sous le bras, au vu du succès (et de la qualité) de son bulldozer hivernal La Reine des neiges.

La firme à la souris concourt également pour la chanson de l'année, déjà presque acquise, à moins que l'omniprésent Pharrell Williams lui leur chipe la statuette, là aussi pour un film d'animation, Moi, moche et méchant 2.

Ironie: c'est un studio français, Illumination-Mac Guf, qui a travaillé pour Hollywood sur les deux volets de la série, pour le compte de Universal, le Français Pierre Coffin faisant office de coréalisateur. On peut donc voir le film comme une demi-chance, d'autant que, clin d'œil amusant, les versions américaine et française de Wikipedia divergent quant à sa nationalité. Chauvins, on se réjouira ainsi de le compter comme français si le studio et son réalisateur gagnent, et on le laissera aux Américains si les désormais fameux Minions repartent bredouilles.

Dommage en tout cas pour le troisième film français en course pour une statuette, le pauvre Ernest et Célestine de Stéphane Aubier, Vincent Patar et Benjamin Renner. Malgré des qualités évidentes, il est certain que les chiffres du box-office enjoindront le jury à ne faire qu'une bouchée de cet énigmatique et mignon outsider a la triple origine franco-belgo-luxembourgeoise.

Autre mauvais présage, le court-métrage servant de mise en bouche à La Reine des neiges, À cheval!, avec un Mickey survolté, est nommé en face de Mr Hublot. Pas de quoi décourager les nommés, encore sur un nuage, il y a quelques jours. «Je n'arrive pas encore à réaliser ce qui nous arrive, c'est ma sœur qui m'a appris la nouvelle par SMS, concluait Alexandre Espigares. Je n'avais même pas prêté attention à la short-list finale.»

Félicien Cassan

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