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César 2014, les pronostics des maths: attendez-vous à voir Guillaume Gallienne et Catherine Deneuve

Thomas Messias, mis à jour le 28.02.2014 à 9 h 43

Notre méthode avait prévu 100% de bons résultats en 2011, mais 50% en 2012 et 75% de 2013.

«Les garçons et Guillaume, à table!», de et avec Guillaume Gallienne.

«Les garçons et Guillaume, à table!», de et avec Guillaume Gallienne.

Au petit jeu des pronostics sur les principaux César, parviendrons-nous à réaliser l’exploit de 2011, avec nos 100% de bons résultats? Nos 50% de 2012 et les 75% de 2013 avaient laissé un léger goût d’inachevé, prouvant que notre méthode mêlant lois mathématiques et pure subjectivité n’avait rien d’infaillible. Tant mieux: c’est la glorieuse incertitude du résultat qui rendra, une fois encore, ces César intéressants.

César 2014, le palmarès des statistiques

  • Meilleur film: Les Garçons et Guillaume, à table! de Guillaume Gallienne
  • Meilleur réalisateur: Guillaume Gallienne (Les Garçons et Guillaume, à table!)
  • Meilleur acteur: Guillaume Gallienne (Les Garçons et Guillaume, à table!)
  • Meilleure actrice: Catherine Deneuve (Elle s’en va)

Meilleur film: Les Garçons et Guillaume, à table! (outsider: La Vie d’Adèle)

Cette année, impossible d’éliminer de la compétition un film dont l’auteur ne serait pas nommé pour le César du meilleur réalisateur: la liste des prétendants aux deux récompenses coïncide parfaitement (sept hommes sur sept, au passage). C’est donc par d’autres critères qu’il va falloir trancher.

Le choix le plus naturel se nomme La Vie d’Adèle, qui a transcendé la critique et bouleversé une grande partie du public. La Palme d’Or reçue à Cannes pourrait en faire un gagnant incontestable, mais attention: la moitié seulement des films français palmés depuis la création des César (Sous le soleil de Satan battu par Au revoir les enfants en 1988, Entre les murs terrassé par Séraphine en 2009) a reçu ensuite le César du meilleur film.

C’est comme si, pour faire entendre sa voix, l’Académie des César semblait mettre de côté les films déjà distingués par des récompenses prestigieuses. Il n’y a pas de raison pour que cela change aujourd’hui.

C’est pourquoi, et même si l’auteur de ces lignes se rappelle encore être sorti pantois de La Vie d’Adèle, le choix le plus logique se nomme… Les Garçons et Guillaume, à table!. Le film de Guillaume Gallienne est seul en tête du nombre de nominations (10, contre 9 pour Kechiche et Alain Guiraudie), et c’est très souvent bon signe. Il a conquis près de 2,2 millions de spectateurs en salles, sachant que le score idéal pour gagner le César avoisine les 2 millions (sachant que La Vie d’Adèle s’est arrêté juste en-dessous du premier million).

Le vote pourrait aussi, consciemment ou non, tenir compte de la personnalité des nommés. Or Gallienne est vraisemblablement très apprécié du milieu du cinéma, tandis que Kechiche n’y est pas forcément en odeur de sainteté… La réputation houleuse du cinéaste et les différentes polémiques qui ont entouré le tournage et la promotion du film ont quelque peu entaché sa belle aura.

D’autant que, pour gagner un César, il vaut mieux ne pas avoir été trop récompensé par le passé… sauf que L’Esquive, en 2005, et La Graine et le Mulet, en 2008, ont tous deux gagné les César du meilleur film, du meilleur réalisateur, et du meilleur scénario. De là à dire que le burnout kechichien n’est pas loin…

Meilleur réalisateur: Guillaume Gallienne pour Les Garçons et Guillaume, à table! (outsider: Abdellatif Kechiche, La Vie d’Adèle)

Dans 70% des cas, le César du meilleur réalisateur et le César du meilleur film distinguent la même œuvre. Mais il suffit de remonter à 2011 pour rencontrer la situation inverse (Des hommes et des dieux l’avait emporté, mais Polanski avait été sacré meilleur réalisateur pour The Ghost Writer).

Jouons sereinement (non, pas sereinement, en fait) la carte du doublé pour Guillaume Gallienne, qui deviendrait le premier réalisateur à être distingué pour son premier long-métrage (Cyril Collard avait gagné le César du meilleur film pour Les nuits fauves, pas celui du réalisateur). À part Abdellatif Kechiche, on voit mal qui pourrait l’en empêcher, le brillant Alain Guiraudie manquant de popularité et les autres (Farhadi, Desplechin, Dupontel, Polanski) jouant cette année les figurants de luxe.

Meilleur acteur: Guillaume Gallienne pour Les Garçons et Guillaume, à table! (outsider: aucun)

Cela commence à faire beaucoup, mais Guillaume Gallienne est le favori absolu dans la catégorie du meilleur acteur. S’il ne devait obtenir qu’une statuette, ce serait d’ailleurs celle-là, tant ses concurrents semblent à la traîne.

Une statistique permet d’ailleurs un écrémage conséquent: un nommé n’a qu’une chance sur 10 de l’emporter s’il est nommé pour un film qui ne l’est pas, contre une chance sur 3 si le film est nommé dans la catégorie reine. À ce petit jeu, seuls Albert Dupontel (pour 9 mois ferme) et Mathieu Amalric (pour La Vénus à la fourrure) restent en piste, mais leurs prestations n’ont pas fait tant de bruit que ça. Gallienne, lui, fut encensé avec enthousiasme un peu partout, et ce serait un beau pied de nez (à Civitas et aux autres) que de le voir gagner un César du meilleur acteur pour avoir incarné, entre autres, un  personnage féminin.

Meilleure actrice: Catherine Deneuve pour Elle s’en va (outsider: Léa Seydoux, La Vie d’Adèle)

Si l’on s’en tient aux statistiques, les 38 ans de Bérénice Bejo en font la favorite, puisque c’est l’âge parfait pour gagner un César de la meilleure actrice, et son prix cannois tend à pousser dans ce sens. Mais la compétition semble si ouverte et serrée que les chiffres semblent avoir peu de poids. On miserait bien quelques kopecks sur Léa Seydoux, mais elle n’est «que» la deuxième rôle féminin de La Vie d’Adèle, moins présente à l’écran qu’une Adèle Exarchopoulos reléguée dans la catégorie espoir à cause d’un article 7 un peu triste.

Mais faisons parler les maths: qui dit double rôle féminin dit dispersion des votes au détriment des deux interprètes (un peu comme quand, aux Victoires de la Musique, une chanson de Johnny Hallyday devance deux morceaux de Stromae et devient chanson de l’année). Seydoux pourrait donc être victime du succès de sa partenaire, et réciproquement.

Chez les autres, difficile de trancher. Faire peser dans la balance le prix cannois de Bérénice Bejo, c’est oublier qu’elle ne l’a reçu que parce que Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos ont eu la Palme. Et à vrai dire, les prestations les plus bouleversantes de l’années sont le fait d’actrices n’évoluant pas dans des films nommés au César suprême: Sara Forestier dans Suzanne et Catherine Deneuve dans Elle s’en va.

C’est finalement à cette dernière, qui n’a plus gagné depuis 1993 et Indochine, que va notre préférence. Déjà lauréate de deux César (dont celui de la meilleure actrice en 2011 pour Le Nom des Gens), Forestier a bien le temps d’en gagner d’autres, et il serait temps que l’Académie daigne distinguer de nouveau la brillante carrière de la Reine Catherine.

Thomas Messias

Thomas Messias
Thomas Messias (139 articles)
Prof de maths et journaliste
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