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Oscars 2014: les pronostics des maths (et un peu du coeur)

Thomas Messias, mis à jour le 02.03.2014 à 11 h 15

Pourquoi nous voyons gagner «12 Years a Slave», Alfonso Cuarón, Matthew McConaughey et Cate Blanchett.

Lupita Nyong'o et Chiwetel Ejiofor dans «12 Years a Slave» (Tobis Film).

Lupita Nyong'o et Chiwetel Ejiofor dans «12 Years a Slave» (Tobis Film).

Après avoir obtenu 75% de bons résultats en 2013, remettons ça avec une nouvelle tentative scientifique de prédire les résultats des Oscars. Les méthodes du chercheur Andrew B. Bernard et du statisticien Ian Pardoe ont fait leurs preuves et c’est en les combinant que l’on espère viser juste une fois de plus. Et pourquoi pas toucher enfin du doigt la barre des 100%.

D'autres études existent. Se basant principalement sur les mots-clés enregistrés par le site de cinéma de référence IMDb.com dans la fiche de chacun des 503 films nommés aux Oscars depuis leur invention, les statisticiens Nate Silver –connu pour ses impressionnantes prédictions des présidentielles– et Walter Hickey ont récemment réalisé une infographie démentielle permettant de visualiser les tendances (thématiques, temporelles…) les plus récurrentes, chez les nommés puis chez les lauréats.

Entre autres choses, l’étude Silver/Hickey met en lumière le fait qu’un film à Oscar:

  • est souvent un blockbuster (dans 54,7% des cas);
  • contient au moins un meurtre (44,2%);
  • est inspiré d’un roman (40,7%);
  • voit son titre prononcé par l’un des personnages principaux (40,7%);
  • parle d’amour (39,5%), d’amitié (39,5%), d’une relation amoureuse hétérosexuelle (37,2%), de mariage (36%)…

On y apprend également que les films nommés aux Oscars sont truffés de médecins, de chanteurs et de danseurs, que la ville la plus représentée est New York (de loin), que les années 30 et 40 ont sacrément la cote… Des tendances qui se répercutent dans la liste des gagnants. De quoi accroître le degré de fiabilité de nos prévisions (ou, au contraire, y semer une totale zizanie).

Meilleur film: 12 years a Slave de Steve McQueen
Meilleur réalisateur: Alfonso Cuarón (Gravity)
Meilleur acteur: Matthew McConaughey (Dallas Buyers Club)
Meilleure actrice: Cate Blanchett (Blue Jasmine)

Meilleur film: 12 years a Slave

(outsider: American Bluff)

À n’en pas douter, la compétition se jouera entre le 12 years a Slave de Steve McQueen et l'American Bluff (American Hustle) de David O. Russell.

Les statistiques les placent quasiment sur un pied d’égalité: le premier est nommé neuf fois tandis que le second totalise dix nominations. Leurs deux réalisateurs sont nommés à l’Oscar du meilleur réalisateur, condition sin equa non pour qu’un film ait une chance de briguer la statuette suprême (depuis la Seconde Guerre mondiale, seuls Miss Daisy et son chauffeur et Argo ont échappé à la règle).

American Bluff a remporté le Golden Globe de la meilleure comédie, et ses actrices (Amy Adams et Jennifer Lawrence) ont été récompensées, mais 12 years a Slave a été couronné côté drame, genre bien plus plébiscité par les Academy Awards. Même en prenant en compte un critère plus anecdotique (les origines de l’interprète principal, qui doit venir d’un pays du Commonwealth), la balance ne se rééquilibre pas vraiment: Chiwetel Ejiofor (12 years a Slave) est originaire du Nigéria, pays qui a quitté le Commonwealth en 1995 après en avoir longtemps fait partie, mais Christian Bale est british…

Bref, il faut trancher. Et le retour de bâton critique du film de Russell, opposé à l’enthousiasme teinté de recueillement qui suit les projections du Steve McQueen, fait finalement pencher la balance en faveur du second. Et l’étude de Silver et Hickey ne change en rien la donne…

Meilleur réalisateur: Alfonso Cuarón (Gravity)

(outsider: Steve McQueen, 12 years a Slave)

Trois années sur quatre environ, l’Oscar du meilleur film et celui du meilleur réalisateur sont décernés à la même œuvre. Mais cette année, la compétition semble ouverte comme rarement, à tel point qu’un certain Alfonso Cuarón pourrait bien tirer son épingle du jeu comme il l’a fait aux Golden Globes.

L’argument qui tue va faire hurler les aficionados du film: niveau mise en scène, Gravity est assez indépassable (on en prend plein les yeux), mais le scénario des frangins Cuarón n’est pas à la hauteur (on n’est pas toujours loin du facepalm). Lui attribuer l’Oscar du réalisateur et pas celui du meilleur film serait (pour une fois) un assez bon choix.

Et puisque Gravity est un blockbuster de chez blockbuster, le mot-clé numéro 1 de Silver et Hickey verrait sa fréquence d’apparition augmenter encore…

Meilleur acteur: Matthew McConaughey (Dallas Buyers Club)

Cela semblait gagné d’avance: Leonardo DiCaprio allait enfin rafler l’Oscar dont on le prive depuis quinze ans, lui qui campe un Jordan Belfort plus qu’halluciné dans le puissant Loup de Wall Street de Scorsese.

Mais le phénomène McConaughey est en marche: si Dallas Buyers Club n’est pas le film le plus étourdissant dans lequel ait joué celui qui crée actuellement la sensation avec True Detective, il y est une nouvelle fois plus qu’impeccable. Comment ne pas récompenser un acteur complet dont les métamorphoses s’apparentent moins à des performances qu’à de véritables transes…

Statistiquement, McConaughey est un choix imparable. Il est âgé de 44 ans, soit une année de plus que les 43 ans donnés par Andrew B. Bernard comme âge idéal. Et il vient de rafler le Golden Globe du meilleur acteur dramatique… Seul le fait qu’il s’agisse de sa toute première nomination (là où Leo en est à trois) peut jouer en sa défaveur. Mais on y croit dur comme fer.

Meilleure actrice: Cate Blanchett (Blue Jasmine)

Du côté des bookmakers, c’est l’archi-favorite toutes compétitions confondues: neuf ans après son Oscar du meilleur second rôle pour Aviator, Cate Blanchett est parfaitement placée pour être désignée meilleure actrice. Âgée de 45 ans (l’âge quasi-parfait, rappelons-le), déjà distinguée par le Golden Globe de la meilleure actrice dramatique, nommée deux fois dans cette catégorie, l’actrice est idéalement placée.

Statistiquement, les quatre nominations passées (pour zéro Oscar) de Judi Dench pourraient l’inquiéter, tout comme la présence de l’abonnée Meryl Streep (14 fois citée, deux fois récompensée)… mais les films dans lesquels figurent ces dernières (Philomena et Un été à Osage County) ne semblent pas avoir suffisamment fédéré. Quant à la récente polémique Allen, elle ne devrait pas interférer dans le choix des votants.

[Bonus] Meilleur film étranger: La Grande Bellezza, de Paolo Sorrentino

Les surprises sont fréquentes dans cette catégorie, mais le dernier Sorrentino fait figure de grand méchant loup qui dévore tout sur son passage. Avec notamment quatre European Film Awards et un Golden Globe, le film semble bien parti pour étriller tout le monde, d’autant que La Vie d’Adèle n’a même pas été autorisé à tenter sa chance par le comité français. La concurrence est pleine de jolis films, mais aucun ne semble avoir les épaules suffisantes pour contrecarrer les plans de l’Italien.

Thomas Messias

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Thomas Messias (139 articles)
Prof de maths et journaliste
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