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«Babylon», quand la police tweete sans sommation

Alexandre Hervaud, mis à jour le 13.02.2014 à 15 h 56

Cette nouvelle série britannique signée Danny Boyle («Trainspotting») s'intéresse au monde policier à l'ère de l'ultra-communication. Prometteur et plus que d'actualité.

Le flic et la communicante: James Nesbitt et Brit Marling dans Babylon

Le flic et la communicante: James Nesbitt et Brit Marling dans Babylon

Dimanche soir, la chaîne britanniquee Channel 4 diffusait le pilote de Babylon, une nouvelle série en six épisodes dont le tournage débutera le mois prochain. Cet avant-goût en long format –presque 1h15– a été réalisé par Danny Boyle (Trainspotting, 127 heures) qui décrit la série comme «un cop show sans enquêteur».

Avec pas moins de 16 personnages principaux, Babylon offre une plongée dans une police londonienne affaiblie par un manque de confiance du public. Ce besoin de remodeler l'image motive l'embauche d'une nouvelle directrice de la communication, Liz Garley (incarnée par l'Américaine Brit Marling), débauchée du service com' d'Instagram –le pilote s'ouvre d'ailleurs sur son apparition dans une conférence TED fictive où elle évoque le besoin «de communication à 360°», d'honnêteté et de transparence. 

Sur fond de traque d'un sniper lâché en plein Londres, Babylon suit le parcours de différents officiers de police, du commissaire incarné par James Nesbitt (Jekyll, The Hobbit) en passant par les forces d'assaut et de simples agents surveillant les manifestations pacifiques suivis par les caméras d'un réalisateur de documentaire.

Ecrit par le duo Sam Bain et Jesse Armstrong –partenaires d'écriture depuis 17 ans– à qui l'on doit la série Peep Show et l'hilarante comédie terroriste Four Lions, Babylon a tout pour convaincre, à tel point qu'après l'annonce du remake de l'anglaise Utopia pour HBO chapeauté par David Fincher, l'hypothèse d'un remake américain annoncé avant même sa vraie diffusion ne nous étonnerait qu'à moitié.

En attendant, voici sa bande-annonce:

Il est frappant de constater que Babylon partage le même diffuseur issu du service public que l'excellente série Black Mirror écrite par Charlie Brooker. Bien que dénué des aspects SF de cette dernière, Babylon scrute l'évolution des comportements post-web 2.0. avec la même acuité.

Vu de France où le simple fait de citer Facebook et Twitter dans un programme TV est l'assurance de s'attirer les foudres du CSA, cet exemplaire gestion de l'écosystème médiatique actuel impressionne encore plus.

«Nous allons rompre avec les journalistes et demander plutôt au public de sortir avec nous», lâche au début du pilote la nouvelle chef des relations publiques de la police, axant sa stratégie vers une ouverture et une relation directe évitant au maximum le filtre des médias. Alors que la Police nationale vient d'ouvrir une ribambelle de comptes Twitter officiels pour prêcher la bonne parole (en n'hésitant pas à y aller franco dans la gaudriole, au passage), il est assez passionnant d'assister à une scène comme celle montrant des protagonistes hésitant à demander à Twitter de supprimer le compte d'un suspect. A ce petit jeu de la censure numérique, dans la réalité, la France est d'ailleurs plus active que la Grande-Bretagne.

Alternant scène de pure comédie (formidable scène d'introduction à base de chien tazerisé) mais aussi la satire, le drame et l'action énergique dont le découpage rappelle parfois la série Southland (l'usage de drones wikileaksiens en plus), Babylon s'impose sans peine comme l'une des séries de 2014 à suivre. En attendant le tournage des épisodes «réguliers» au printemps, le pilote est disponible gratuitement en replay sur le site de Channel 4, pour peu qu'on y accède avec une adresse IP britannique...

Alexandre Hervaud

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