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Amazon a enfin son équivalent de «House of Cards» et «Transparent» va vous rendre accro

Slate.com, mis à jour le 12.02.2014 à 10 h 08

Dans la course à la production de séries originales, Amazon a trouvé son cheval: «Transparent».

Jeffrey Tambor dans «Transparent»

Jeffrey Tambor dans «Transparent»

En avril dernier, Amazon s’est lancé dans la course aux séries originales, comme Netflix l’avait fait avec, notamment, House of Cards, un peu plus tôt. L’entreprise de vente en ligne a lancé huit pilotes, mis sur Internet, et a ensuite choisi les deux meilleurs pour en faire des séries complètes.

Le premier lot de pilotes avait une sorte de tonalité bricolée, bizarre, parfois expérimentale — sauf en ce qui concerne la comédie de Garry Trudeau sur des parlementaires, Alpha House, qui, seule, avait l’air d’une série qui aurait pu être diffusée telle quelle sur une chaîne vieillotte. (C’est l’un des pilotes qu’Amazon a sélectionné pour en faire une série).

La semaine dernière, Amazon a dévoilé cinq nouveaux pilotes. Il est alors devenu clair que l’entreprise de Jeff Bezos a compris une chose importante sur le contenu original intermédiaire (qui n’est pas produit directement par une chaîne), une chose que Netflix a compris depuis longtemps: pour plonger dans le bain des fournisseurs de contenus qui rendent accros, de séries qu’il faut avoir vu, si vous ne faites pas partie de sérail, faites une série qui pourrait être diffusée sur HBO (chaîne américaine indépendante et de qualité, qui a notamment produit Les Soprano ou The Wire).

On pourrait appeler ça le précepte House of Cards, du nom de la série de Netflix signée David Fincher et Beau Willimon. Si vous êtes un débutant dans le domaine, comme Amazon ou Netflix, vous pouvez vous targuer de faire dans l’originalité, de proposer une nouvelle manière de consommer les séries, de réinventer un business model... Tout ça ne marchera que si vous donnez aux spectateurs une série qui ressemble à celles qu’ils sont déjà contents de payer pour regarder. C’est ce qu’a enfin fait Amazon.

Ses nouveaux pilotes sont plus pros, plus habiles que les jolies petites séries commandées auparavant. Les deux drames, Bosch, sur un flic torturé de Los Angeles, nommé Hieronymus Bosch –oui, la série est aussi lourde que vous l’imaginez– et The After, un drame post-apocalyptique du scénariste Chris Carter (X-Files) avec une actrice française incapable de jouer en anglais (Alexandre Hervaud vous décrivait récemment le «jeu horripilant» de cette jeune femme, Louise Monot, aperçue dans OSS 117 et Les Petits Mouchoirs) sont tous les deux des versions médiocres de séries grand public que l’on a l’habitude de voir, avec quelques défauts en plus. Ils ne sont pas bons, mais il est facile de les imaginer diffusés un été sur une chaîne grand public.

L’une des comédies The Rebels –version de Major League si Major League parlait d’une équipe de foot de Los Angeles– n’est meilleure que parce que plus courte.

Mozart in the Jungle, créé par Roman Coppola, Jason Schwartzman, et Alex Timbers et qui se passe dans un milieu de musiciens classiques à New York, est agréable, charmante, mais un peu informe. Elle a le mérite de montrer Gael García Bernal dans le rôle de Rodrigo, chef d’orchestre fanfaron doté d’une coupe de cheveux de cacatoès, et aussi de montrer le premier personnage féminin hautboïste de la télévision.

Mais mieux que toutes ces séries, il y a Transparent, de Jill Soloway. Génial pilote qui donne le sentiment –et c’est un compliment– qu’il aurait pu, à 100%, être un pilote de HBO.

Format d’une demi-heure, comique, Transparent est à la fois comme Louie et Girls dans son rapport à l’humour, c’est-à-dire conditionnel. Les acteurs sont Gaby Hoffmann, Jay Duplass et Amy Landecker, qui jouent trois frère et sœurs de Los Angeles; Jeffrey Tambor (Arrested Development) et Judith Light (Madame est servie) jouent leurs parents divorcés –un casting d’aussi bonne compagnie qu’on pouvait l’espérer.

Le titre de la série est un jeu de mot (vous allez comprendre) mais Jill Soloway, qui a écrit plusieurs épisodes de Six Feet Under, s’intéresse à la transparence au-delà de ce simple jeu de mot. Le personnage de Jeffrey Tambor dit à sa fille jouée par Gaby Hoffman «C’est tellement dur quand quelqu’un voit quelque chose que tu ne voulais vraiment pas qu’il voit», et elle fait comme si elle n’avait rien entendu, préférant prétendre qu’elle excelle dans le camouflage de son malheur. 

Tout le monde dans la famille croit masquer ses sentiments, mais ils n’y arrivent en réalité pas du tout, surtout quand il s’agit de sexe, de désir, et de genre, qui, cela va sans dire, sont toujours les problèmes les plus amusants.

La série est à la fois authentique et originale. La famille est immédiatement reconnaissable comme une famille juive de Los Angeles, décontractée, très riche, et les enfants ont une manière fluide, familière de se foutre de la gueule les uns des autres.

A la fin du pilote, quand on apprend que le père, joué par Tambor fait son coming-out trans –il était là, le jeu de mot– j’étais déjà complètement à fond.

Comme Netflix l’a démontré, dans ce courageux monde de la télévision, peu importe les audiences –ne nous les donnez même pas!– du moment que les bonnes personnes sont en train de parler de la série sur Twitter et de dire à quel point elle est addictive. Moi je suis déjà accro à Transparent.

Willa Paskin

Traduit et adapté par C.P.

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