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Amazon fait du mal aux libraires. Mais aux livres?

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 11.02.2014 à 12 h 42

Jeff Bezos pendant une conférence de presse en 2011. REUTERS/Shannon Stapleton -

Jeff Bezos pendant une conférence de presse en 2011. REUTERS/Shannon Stapleton -

On connaît la puissance d’Amazon, site de vente de tout à la croissance exponentielle. Mais dans un très long article, le New Yorker revient sur la relation du site aux livres, son produit de vente originel.

Le magazine explique la façon dont Jeff Bezos, le fondateur (marié à une romancière), n’a commencé par vendre des livres que pour le potentiel qu’ils offraient, et la façon dont ils pourraient mener à collecter des données sur les utilisateurs. Et leur vendre ensuite n’importe quoi.

Les éditeurs américains étaient au départ assez enthousiastes à l’idée de voir s’ouvrir d’autres portes que celles des grandes chaînes comme Barnes and Nobles (dont ils devaient racheter les invendus). Les lecteurs aussi.

«"Ils nous le disaient sans cesse", confie John Marcus [ancien employé d’Amazon qui s’occupait de l’éditorial sur le site]: "j’habite à Trifouillis, la librairie la plus proche est à une centaine de kilomètres de la maison, et désormais je peux me procurer n’importe quel livre obscur". Marcus avait demandé une interview à Toni Morrison. “J’en serais ravie” lui avait-elle répondu. "Il paraît que vous vendez plus de livres que quiconque dans l’histoire du monde".»

Puis les éditeurs se sont rendus compte qu’Amazon les escroquait. L'entreprise s'est mise à demander de l’argent en échange de leur placement sur la home page (ce qui existait sous une autre forme pour les chaînes comme Borders, pour être sur les rayons les plus en vue) puis à réclamer des sommes de plus en plus faramineuses. Et in fine à demander des sommes pour exister tout court, indépendamment de la page d'accueil.

Y compris pour les plus petites maisons comme Melville House, éditeur indépendant de qualité, qui refusa un temps ces «pots-de-vin» selon le directeur, convoqua la presse pour en parler, mais vit ses livres retirés de la vente sur Amazon et dut céder.

Dans l’article, le New Yorker décrit un système régi par les chiffres et les algorithmes, où la spécificité des contenus, la littérature, n’ont pas de sens. Tout ce qui n’ajoute pas une valeur concrète (comme les interviews d’écrivains) n’a pas d’intérêt pour l’entreprise.

Russ Grandinetti, vice-président d’Amazon Kindle, explique qu’il n’y a jamais eu de «meilleure époque pour être un lecteur», grâce au nombre de livres disponibles en un instant.

Mais Amazon nuit aux maisons d’éditions traditionnelles. Et si l’entreprise prétend offrir aux écrivains un pourcentage plus confortable sur les livres publiés directement par Amazon, elle ne donne pas les avances que donnent les éditeurs. «Sans les avances suffisantes, beaucoup d’écrivains ne pourront plus prendre le risque de se lancer dans des projets longs et difficiles.» Amazon nuit ainsi aux écrivains, qui en très grande majorité restent fidèles à leurs éditeurs.

Il n’y a peut-être jamais eu de meilleure époque pour être un lecteur. Sauf si l’on aime les bons livres.

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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