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«Banshee», le cousin dégénéré de «Game of Thrones»

Alexandre Hervaud, mis à jour le 05.02.2014 à 18 h 10

Ultraviolente et sexy, la série produite par Alan Ball («True Blood», «Six Feet Under») débarque enfin en France.

Antony Starr en mode Chow Yun Fat dans Banshee - DR

Antony Starr en mode Chow Yun Fat dans Banshee - DR

Sans doute l'une des meilleures nouvelles séries américaines lancées en 2013, Banshee débarque en France ce mercredi 5 février sur Canal+ Séries, avant une sortie en vidéo prévue pour le 9 avril. Créée par deux romanciers novices dans le domaine du scénario (Jonathan Tropper et David Schickler), la série a d'abord fait parler d'elle grâce à la personnalité d'un de ses producteurs, Alan Ball, bien connu des fans pour avoir créé les séries True Blood et Six Feet Under, à tel point que la promotion du diffuseur américain Cinemax entretient le doute sur son implication dans la création du show:

Banshee fait ici référence à une ville fictive de Pennsylvanie dans laquelle débarque –dans la pure tradition western– notre héros sans nom fraîchement sorti de prison (il a purgé quinze ans pour vols de diamants). A peine arrivé, il assiste au meurtre d'un autre nouvel arrivant, Lucas Hood, qui s'apprêtait à prendre ses fonctions de shérif. L'occasion est trop belle, et le bougre décide de prendre l'identité du défunt homme de loi, grâce à l'aide d'un complice hacker qui lui fournit le background nécessaire. Son ancienne complice (et compagne) a refait sa vie à Banshee, d'où le choix de s'installer à son tour dans cette ville remarquable par sa communauté amish, son commissariat vétuste situé dans un ancien magasin Cadillac et l'emprise grandissante du roi de la pègre local, Kai Proctor.

D'abord ressentie comme un plaisir coupable avant d'être assumée comme un plaisir tout court, la série a été renouvelée pour une saison 2 en cours de diffusion aux Etats-Unis, ainsi que pour une saison 3 attendue en 2015. Voici la bande-annonce de sa première saison:

Pourquoi oser, dans le titre du présent article, un rapprochement en apparence tiré par les cheveux avec la série star de HBO, Game of Thrones? Sans doute dans un premier temps parce qu'au-delà des intrigues classiques mais bien ficelées, des incessants jeux de pouvoir et de trahison, des personnages troubles hantés par le passé, etc., les deux show reposent sur un cocktail simple: le cul et le gore. En GRANDES quantité. Il ne s'agit bien sûr pas de «définir» ni de «limiter» ces deux séries à ces caractéristiques pour public averti permises par leurs diffuseurs consanguins –Cinemax, chaîne du câble qui diffuse régulièrement des films érotiques, appartient en effet au réseau HBO– mais l'intensité rarement rencontrée en télévision de leurs combats sanglants et ébats torrides fait clairement partie de l'ADN des deux projets.

D'autres parallèles peuvent être dressés. Le nom de la ville de Banshee n'a évidemment pas été choisi au hasard, la banshee étant décrite, dans le folklore irlandais, comme «une créature surnaturelle féminine qui commence à gémir ou crier quand quelqu'un est sur le point de mourir», rappelle Wikipedia. Pendant que l'hiver approche du côté de Winterfell, la menace d'un massacre final plâne sur toute la première saison de Banshee.

Quand la série adaptée des pavés de George R.R. Martin impressionne par l'ampleur de son casting choral, reflet des nombreuses communautés intégrées à la narration (originaires de Westeros ou étrangers, du Nord ou du Sud, etc.) communiquant parfois avec leur propre langage (Dothraki, etc.), Banshee reproduit à l'échelle locale ce type de disparités: les locaux doivent cohabiter avec deux communautés voisines isolées culturellement, les Amish et la tribu indienne Kinaho isolée dans sa réserve. Si les Amish font preuve de discrétion pacifique, parlant entre eux le «Pennsylvania Dutch», un dérivé de hollandais, les Indiens du coin n'hésitent pas à manifester plus de violence, rappelant par moment le très recommandable comics Scalped de Jason Aaron.

En parlant de violence, espérons que contrairement au sort réservé à l'excellente série britannique Utopia, Canal+ Séries aura le bon goût de ne pas diffuser des épisodes censurés...

Les points communs entre Game of Thrones et Banshee ne doivent évidemment pas masquer l'évidence: si la série HBO puise ses racines distinguées dans la mythologie et les classiques de la littérature fantastique, Banshee n'a pas vocation à péter plus haut que son cul (qu'elle dévoile si souvent) et se pose comme l'héritière turbulente des pulps, de la série B, des westerns, des films de Hong Kong, etc. 

Entre deux punchlines bien senties, l'hémoglobine coule régulièrement à flot, comme dans cette improbable scène d'explosion animalière aperçue au début de la saison 2 –pas d'inquiètude, elle ne spoile pas grand-chose:

Les combats chorégraphiés et filmés avec soin sont aussi légion, comme dans cet impressionnant plan séquence qui voit l'acteur principal, Antony Starr, enchaîner les assaillants comme des perles:

On signale enfin aux amateurs que dans la grande tradition des «fins cachées» remises au goût du jour par les adaptations de comics Marvel (on vous en parlait d'ailleurs sur Slate récemment), chaque épisode de Banshee réserve une petite surprise post-générique aux spectateurs patients. Le genre de généreuse attention qui a rapidement su nous rendre fan de cette série trash mais jouissive. Soyons clair, si vous ne deviez voir qu'une seule série récente à base de crimes dans l'Amérique rurale et redneck, on vous conseillerait plutôt de vous limiter à True Detective, la nouvelle série HBO diffusée en France sur OCS. Mais si l'idée de voir des crânes explosés à mains nues entre deux levrettes moites vous excite, il serait fort dommage de snober Banshee.

Alexandre Hervaud

Banshee | Tous les mercredis à 20h50 sur Canal+ Séries à partir du 5 février 2014

Alexandre Hervaud
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Journaliste
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