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Ce que l'affaire Allen-Farrow nous révèle de notre manière de penser ce genre d'affaires

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 04.02.2014 à 16 h 26

Woody Allen à Los Angeles le 14 juin 2012. REUTERS/Mario Anzuoni

Woody Allen à Los Angeles le 14 juin 2012. REUTERS/Mario Anzuoni

A la suite de la lettre ouverte de Dylan Farrow adressée le 1er février à Woody Allen, lui reprochant de l’avoir agressée sexuellement, et prenant Hollywood à parti, quelques personnes ont réagi. Dans son texte, Dylan Farrow interpelle nommément des célébrités:

«Et si ça avait été votre enfant, Cate Blanchett? Louis CK? Alec Baldwin? Et si ça avait été vous, Emma Stone? Ou vous, Scarlett Johansson? Vous, Diane Keaton, vous me connaissiez petite. M’avez-vous oubliée? Woody Allen est un témoignage vivant de la façon dont notre société néglige les survivants des agressions et abus sexuels.»

Les réactions, selon Flavorwire, disent beaucoup de la manière d’Hollywood –mais cela pourrait aussi bien s'appliquer à la France– d’envisager ce genre de situation.

Cate Blanchett a ainsi réagi en disant que «c’est évidemment une situation pénible pour la famille, j’espère qu’ils trouveront un terrain d’entente et que la situation s’apaisera».

Alec Baldwin:

«Vous vous trompez si vous pensez qu’il y a une place pour moi, ou n’importe quel étranger, dans cette scène de famille.»

Seule Lena Dunham a relayé la lettre de Dylan Farrow en le qualifiant de texte «courageux, puissant et généreux».

Il y a une volonté de distinguer l’artiste et la personne privée, comme l’expliquait ce week-end Roxanne Gay dans Salon, critiquant une société dans laquelle, entre un homme accusé de viol et une femme qui l’accuse, le public, les intellectuels, les artistes, se demandent quelle position adopter. Et «contemplent le legs artistique d’Allen».

Flavorwire vilipende ceux qui estiment que tout ceci n’est pas leur affaire. Ceux qui estiment qu’il ne faut pas juger dans la précipitation.

«Ces interventions n’attestent que de leur ignorance –les gens qui estiment que parce qu’il n’y a pas eu d’inculpation, Allen est innocent, ignorent complètement la façon dont les poursuites pour abus sexuels fonctionnent aux Etats-Unis, ça ne fait aucun doute– et de leur cruauté. Si vous trouvez facile de balayer d’un revers de main la lettre de Farrow, parce que vous aimez les films d’Allen, ou parce que vous avez lu une tribune le défendant avec véhémence dans le Daily Beast, je vous le dis, vous êtes aussi coupable de promptitude dans votre jugement que n’importe quel autre.»

Les personnes qui délaissent le témoignage de Dylan Farrow ont une responsabilité, selon The New Enquiry, qui écrit:

«Quelle est la quantité de preuves nécessaire pour affirmer qu'une personne ment? Si vous êtes un célèbre réalisateur, il en faut un sacré nombre. (...) Mais si vous êtes une femme qui accuse un grand réalisateur d’avoir abusé de vous quand vous aviez 7 ans, le point de départ est la présomption de ce que, sans preuve concrète, vous mentez. Au tribunal de l’opinion, une femme accusant un grand réalisateur n’a pas la moindre crédibilité.»

C’est en réalité une situation qui s’impose de la même manière qu'il s'agisse ou non d'un réalisateur, du moment qu'il s'agit d'une personne puissante. On se souviendra de l’affaire Banon. L'affaire Allen rappelle que nous sommes dans une société où les puissants sont toujours plus crédibles, que leur puissance provienne de leur position sociale, de leur argent, ou de leur sexe.

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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