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10 films improbables à ne pas rater (ou voir) en février

Alexandre Hervaud, mis à jour le 04.02.2014 à 12 h 45

Marre du tout-venant cinématographique? Voici une sélection de perles sortant ces jours-ci en salle, en VOD, en festival, à l'étranger ou en piratage potentiel.

12 O'clock boys, pile à l'heure - DR

12 O'clock boys, pile à l'heure - DR

Au menu de ce mois de février: du Ben Laden zombifié, des jeunes bikers inconscients de Baltimore, de la stop-motion pour adultes, du nanar franchouillard et bien plus encore...

The Asylum vs la France

On vous parle régulièrement ici du studio roublard The Asylum spécialisé dans la série B ou Z à base de créatures géantes ou de scripts pompant de récents blockbusters hollywoodiens. On pourrait évoquer ce mois-ci leurs prochaines fournées sur le territoire américain comme Android Cop et Apocalypse Pompeii, lorgnant respectivement vers les sorties prochaines de Robocop et de Pompéi, mais parlons plutôt de l'actualité de la firme en France.

Le déjà culte Sharknado, tout d'abord, traverse (enfin) à grand coups de nageoires l'Atlantique pour une sortie DVD/BluRay prévue le 18 février, précédée par diverses projections en salles, dont une –sans déconner– au prestigieux cinéma parisien Max Linder le 8 février prochain. On aimerait que des direct-to-dvd plus réussis que Sharknado (soit 79% des direct-to-dvd, en fait) puissent avoir les mêmes honneurs...

Avant ça, pas plus tard que ce mardi 4 février, c'est sur NRJ 12 que deux productions Asylum pourront se déguster: en début de soirée, vous pourrez ainsi découvrir le Jurassic Park du pauvre Age of Dinosaurs évoqué sur Slate.fr en avril dernier.

La chose sera suivie par Jack the Giant Killer, adaptation improbable made in Asylum du célèbre conte anglais mis en branle pour profiter de la promo du dernier Bryan Singer, Jack le chasseur de géants. Pas de bol, le blockbuster du réalisateur de X-Men s'était méchamment viandé au box-office. Et à en juger par sa bande-annonce, son ersatz asylumesque n'a sans doute guère proposé mieux:

Sexy WTF

L'inconvénient d'être abonné à une offre de cinéma illimité proposée par les chaînes de multiplexes –outre le fait de se sentir assez coupable en passant devant un cinéma de quartier indépendant– est l'uniformisation des bandes-annonces projetées avant le début du film entre deux pubs de voitures ou de bonbons.

Si Internet (et cette même rubrique) permet malgré tout de visionner quelques perles, sous réserve d'être curieux, rien ne remplace l'effet de surprise ressenti en découvrant pour la première fois sur grand écran le trailer d'un film dont on ignorait tout.

En ce qui me concerne, par exemple, rien ne dit qu'une visite approfondie sur Allociné m'aurait convaincu de jeter un œil à la bande-annonce d'un film franco-britannico-néerlando-croate de Peter Greenaway intitulé Goltzius et la Compagnie du Pélican. Et pourtant, la découverte inattendue de son trailer sexy-WTF avant une séance de Nymphomaniac vol. 2 m'a décidé: dès sa sortie en salles françaises le 5 février, il me faudra impérativement voir ce truc de dingue.

Marketing frileux et sabotage commercial

Chose rare, voire inédite dans l'histoire de cette chronique, on va aujourd'hui proposer une bande-annonce déjà sélectionnée dans Trailer est-il?, en l'occurrence il y a pile deux ans lorsqu'on squattait la homepage de Vodkaster. La raison de ce doublon est simple: le film en question, Osombie, sort ces jours-ci en France, directement en vidéo. Et il s'agit tout simplement de l'auto-sabotage le plus dingue vu depuis un bail en matière de choix marketing.

Le film raconte quand même la lutte d'une troupe de bidasses contre un Ben Laden zombie préparant une armée de morts vivants dans le désert de l'Afghanistan! Le tout vendu dans son pays d'origine avec ce joli slogan:

«Ben Laden will die... again!»

Avec un pitch aussi con et alléchant, que pensez-vous que l'éditeur français Factoris Film a fait?

Première étape, un retitrage en Zombies: Global Attack. Deuxième étape, un changement de jaquette hideux effaçant toute référence à l'originalité géo-politique débile du sujet. Troisième étape: proposer une bande-annonce française ne mentionnant nulle part Ben Laden, avec le slogan cité plus tôt remplacé par le plus générique «les zombies doivent mourir à nouveau». Jugez plutôt:

On ne sait à quoi attribuer ce tir de balle dans le pied transformant un projet «atypique» (même si, soyons clairs, le film a tout l'air d'être sacrément mauvais) en énième zombie flick bas de plafond. L'envie d'évoquer plus World War Z que Zero Dark Thirty? La peur de choquer le fan club français d'al-Qaida?

La seule raison valable pour un tel recul à nos yeux, et on doute que ce soit ici le cas, serait la volonté de respecter un réalisateur français, Clément Deneux, géniteur du fantastique court-métrage Zombinladen: The Axis of Evil Dead mis en ligne fin 2011, soit bien avant l'arrivée de l'opportuniste copie américaine.

Et pour la peine, on se remate ce joli délire bien de chez nous:

Le cinéma de nos régions

Il n'y a pas que So Film ou Les Cahiers du Cinéma dans la vie, on peut aussi en apprendre de belles sur le septième art en feuilletant la presse locale.

Il y a quelques semaines, je découvrais ainsi l'incroyable univers de Enola S. Cluzeau en feuilletant Presse Océan, journal local nantais. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais Enola a été, rien que pendant ces derniers mois, doublure de Gérard Depardieu, figurant dans une comédie avec Manu Payet, Père Noël à Clichy-sous-Bois, éditeur d'un disque de post-rock, et scénariste-réalisateur d'un film baptisé Sur l'Océane attendu dans quelques salles dès le 5 février! Dixit Presse Océan, Sur l'Océane est composé «de trois histoires (policière, d’amour et fantastique); on suit les rencontres de trois personnes qui roulent entre Paris et Nantes sur l’autoroute du même nom».

Trève de chauvinisme local et soyons sérieux: on a beau être les premiers à défendre les initiatives régionales et à pourfendre la parisianisme exacerbé de la production française, là franchement, on traverse avec cette bande-annonce les frontières du supportable. Même avec Jean-Claude Dreyfus en guest.

Vous en voulez encore, pervers que vous êtes? Tenez, dans un autre genre, le même jour sortira également le tout aussi «prometteur» film Le casse des casses avec l'infortuné Jean-Pierre Castaldi et Philippe Vasseur, immortel José de la team Hélène et les garçons.

Vous avez désormais sans doute très envie de voir ce trailer:

Mon étudiant le tueur

Sorti dans son pays d'origine, l'Argentine, en janvier 2013, le thriller Hipotesis trouvera enfin son chemin vers les salles obscures françaises à partir du 12 février. Déjà présenté l'an dernier au festival du film policier de Beaune, le film raconte comment un professeur de droit pénal (incarné par la star du genre, Ricardo Darin, vu dans Les Neufs Reines ou Dans ses yeux) est intrigué par un meurtre brutal aux abords de la fac; il soupçonne un de ses meilleurs étudiants.

Bien entendu, comme notre héros est prof à la fac, il a environ 35 heures de temps libre par semaine pour enquêter sur le crime. 

De l'irlandais à Berlin

Dès le 6 février, la 64e édition de la Berlinade permettra aux veinards en goguette outre-Rhin de découvrir pendant une dizaine de jours le meilleur de la cinématographie mondiale.

Parmi les différentes sections, celle intitulée Panorama propose un tour d'horizon du cinéma indépendant. Si le film d'ouverture n'est guère rassurant –l'inodore Yves Saint-Laurent de Jalil Lespert–, on a repéré dans la sélection le film irlandais Calvary, montré en janvier à Sundance, qui aura à Berlin sa première européenne avant une sortie outre-Manche prévue pour avril.

Calvary, nouveau film du réalisateur John Michael McDonagh (le très bon L'Irlandais, sorti en 2011), raconte les tourments d'un prêtre de campagne incarné par Brendan Gleeson qui se voit menacé de mort par l'un de ses paroissiens. Le casting fait plutôt rêver, puisqu'aux côté de Gleeson, on retrouvera Chris O'Dowd, Kelly Reilly, Dylan Moran, Isaach de Bankolé ou encore Marie-Josée Croze. On croise les doigts pour que le film rentre de Berlin avec un distributeur français dans les poches...

De la visibilité de coups de tatanne

Aux Etats-Unis aussi, les films chinois, même d'action, peinent à trouver le chemin des salles. Néanmoins, grâce à des distributeurs un peu moins frileux (et une chronologie des médias plus souple), certains parviennent malgré tout à rencontrer leur public. Prenez Special ID, avec Donnie Yen (Ip Man 1 et 2), et son histoire de flic infiltré dans l'univers des gangs. Eh bien ce festival de kicks dans la tronche et de bruitages d'os cassés sera disponible sur iTunes US dès le 4 février, avant de sortir dans une petite combinaison de salles outre-Atlantique début mars.

A l'abordage

Dans le paragraphe précédent, on vous sortait notre refrain habituel (blabla vod blablabla chronologie des médias blablabla) qui ressemble de plus en plus à une reprise de Besame Mucho jouée au Bontempi à 8h du mat' sur la ligne 9: tout le monde connaît l'air par cœur et ça commence à donner des envies de violence. Eh bien voilà le contre-exemple parfait permettant de constater que l'option «sortie VOD avant l'exploitation salles» a encore de l'avenir en France, puisque le très prometteur film britannique For Those In Peril, qui sortira le 12 février en salles, est dispo depuis plusieurs semaines en location sur le service VOD d'Orange.

Sachant que le film (l'histoire d'un jeune rescapé d'accident de bateau qui refuse de croire à la mort de son frangin) ne sortira pas dans une combinaison de salles monstrueuses, le distributeur a eu la bonne idée de le rendre accessible avant la discrète sortie salle. Et ce n'est sûrement pas les cinéphiles vivant à plus de 50 bornes d'un cinéma MK2 (soit plus de 70% des cinéphiles français, à la louche) qui s'en plaindront.

(not so) Easy Riders

Le Superbowl à peine terminé, nos mirettes sont encore engourdies par la vision des bandes-annonces spécialement montées pour l'occasion des futurs blockbusters hollywoodiens, notamment les futures suites de Spider-Man, de Transformers et de Captain America –oui, ça fait beaucoup de suites de films déjà tirées de licence pré-existantes, vive Hollywood.

Et vous savez quoi? Aucune d'entre elles, même les plus généreuses en action dantesque, n'ont réussi à nous scotcher autant que le trailer du documentaire 12 O'Clock Boys, tourné pendant trois ans du côté de Baltimore par Lofty Nathan, un cinéaste de 26 ans qui a collé sa caméra au plus près d'un gang de motards fêlés de la ville de The Wire. Ce docu visiblement incroyable vient de sortir en VOD outre-Atlantique et justifie à lui seul l'emploi d'un logiciel VPN pour outrepasser l'horripilante géo-restriction de la chose.

Alexandre Hervaud

Alexandre Hervaud
Alexandre Hervaud (231 articles)
Journaliste
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