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Philip Seymour Hoffman, la frustration sublime

Temps de lecture : 2 min

Disparu à l'âge de 46 ans, l'acteur avait connu quelques premiers rôles, mais avait aussi brillé dans une position paradoxale: être un second rôle de premier plan, jouant à la merveille la frustration de ceux qui ne tiendraient jamais la vedette.

Philip Seymour Hoffman à Rome, le 24 avril 2006. REUTERS.
Philip Seymour Hoffman à Rome, le 24 avril 2006. REUTERS.

Philip Seymour Hoffman, l'un des plus brillants et plus singuliers acteurs de sa génération, est mort, dimanche 2 février, dans son appartement de Manhattan.

Il laisse derrière lui une filmographie impressionnante. Il avait commencé au théâtre et fait ses débuts sur grand écran avec le film Triple Bogey on a Par Five Hole, puis avait obtenu un rôle plus étoffé l'année suivante avec My New Gun. S'il avait acquis une large notoriété avec Boogie Nights, il avait atteint son apogée grâce au rôle de Truman Capote dans le film éponyme, qui lui avait valu l'oscar, si mérité, du meilleur acteur en 2006.

Philip Seymour Hoffman était l'acteur de l'étrange, du bizarre. Du désamour.

Ses personnages s'aimaient rarement: ni dans Happiness de Todd Solondz, où il était cet individu banal et inquiétant, qui n'attire pas les femmes qu'il voudrait et est persuadé que personne ne peut vouloir de lui. Ni dans Boogie Nights, en parasite au ventre mou. Pas plus en acteur raté dans Polly et moi qu'en Jacob Elinsky dans La Vingt-cinquième heure. Pas même dans Truman Capote, en brillant écrivain qui réinventa un genre littéraire, le compte-rendu d'une affaire criminelle.

Il était l'homme des seconds rôles et jouait la frustration de ceux qui ne seraient jamais au premier plan —ou qui s'en gardaient bien, comme son sarcastique Lester Bangs de Presque célèbre. Ce furent les rôles de Brandt dans Le Big Lebowski, Phil Parma dans Magnolia, Freddy Louds dans Dragon Rouge ou Jacob Elinsky dans La Vingt-cinquième heure. Dans La Guerre selon Charlie Wilson, il était Gust Avrakotos, agent de la CIA chargé du soutien aux résistants afghans, manquant de pouvoir, d'appuis, de financements. Il fut aussi Art Howe, qui se fait en permanence couper l'herbe sous le pied par le manager incarné par Brad Pitt dans Le Stratège.

Seymour Hoffman était la marge sublime, à la fois parce qu'il occupait beaucoup de seconds rôles et que ses rôles étaient souvent des rôles de marginaux. Des marginaux trop gentils. Ou trop méchants: comme dans Mission: Impossible 3, Dragon Rouge, ou l'un de ses derniers films, The Master de Thomas Anderson, en gourou d'une secte dont on ne savait jamais vraiment s'il était le manipulateur ou le manipulé.

Il était l'antithèse d'Hollywood, des George Clooney sur papiers glacés. Il n'aurait sans doute pas su tenir une tasse de Nespresso avec tant de jouissance feinte. Mais il avait réussi brillamment ce que peu d'acteurs de son ampleur ont réussi: devenir un second rôle de premier plan.

Charlotte Pudlowski

Charlotte Pudlowski Rédactrice en chef de Slate.fr

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