La poésie n'a plus besoin d'humains pour s'écrire. Les Robots s'en chargent.

REUTERS/Regis Duvignau

REUTERS/Regis Duvignau

Depuis l’ascension des robots, capables de choses techniques, et de plus en plus, de choses habituellement considérées comme intellectuelles (l’écriture d’articles par exemple) on avait coutume de se rassurer en de disant qu’au moins, en art, ils ne pourraient remplacer l’Homme. Et bien on s’est peut-être trompés.

Si des générateurs existent depuis plusieurs années, à titre expérimental, «la frontière la plus improbable est en train d’être franchie», explique Vice dans un article consacré à ces avancées: «les robots écrivent des poèmes. Et ils le font même mieux que la plupart des humains».

Vice évoque notamment Pentametron, un compte Twitter dont sortent des vers automatiquement générés. Le site Gawker le décrivait ainsi:

«Pentametron utilise un algorithme pour trouver et retrouver des couplets en rimes; en pentamètres iambiques, type de vers à cinq pieds utilisé par Shakespeare dans ses pièces et sonnets– et les publie en sonnets de 14 vers, sur Pentametron.com. Comme la plupart des poèmes générés automatiquement, les sonnets de Pentametron ne font qu’à moitié sens, sont souvent drôles, parfois profonds, mais je les en admire d’autant plus, comme une sorte de réponse à la quantité obscène de bruit textuel qu’on trouve sur Internet».

Vice considère que ce cas de Pentametron est d’autant plus intéressant qu’il se base sur des sentiments tout à fait humains pour générer ses tweets. «Ce genre de robot ne montre que le point d’entrée dans ce que l’on pourrait appeler la roboésie. Des logiciels plus sophistiqués encore peuvent être mis au service de l’écriture de poèmes»

C'est le cas de SwiftKey: qui fonctionne avec un système d’apprentissage automatique. Swiftkey doit s’adapter au comportement des utilisateurs, et les aider à corriger leurs textes en devinant ce qu’ils voulaient écrire.  Un doctorant du MIT, J. Nathan Matias, a tenté de donner à Swifkey Shakespeare comme base de prédiction. Le robot écrit en piochant chez le dramaturge.

Au New York Times, un robot a été mis en place qui fouille les articles pour en extraire des haikus.

Paradoxe

Il est amusant de constater que ce que font ces robots, via leur automatisme, rejoint justement des recherches formelles ou des démarches intellectuelles expérimentées par des auteurs eux-mêmes bien avant toutes ces avancées technologiques. L'écriture automatique par exemple, dès le XIXe siècle. Elle explorait différentes choses, comme le dédoublement de soi, mais aussi, par exemple, la mise à distance de la conscience, une exploration poussée à l'extrême par les robots qui en sont dépourvus. Le paradoxe étant qu'il y avait alors une grande audace à écarter la conscience pour aller au plus profond de l'être, quand il s'agit de l'écarter, désormais, en écartant aussi l'être. 

Les membres de l'Oulipo auraient aussi, probablement, été passionnés par ces réflexions actuelles sur la poésie. François Le Lionnais, mathématicien et co-fondateur du groupe, voulait justement «créer un atelier ou un séminaire de littérature expérimentale abordant de manière scientifique ce que n'avaient fait que pressentir les troubadours, les rhétoriqueurs, Raymond Roussel, les formalistes russes et quelques autres». 

Les robots écrivent des vers donc, reste à savoir s'ils sont forts, aigus, ardents. On se permet d'en douter. De songer que faire de la poésie à partir de Shakespeare n’est pas tout à fait ce que l’on attend de la poésie moderne. Et de se souvenir que la seule fois, au cours des dernières années, où un engouement manifeste s’est fait sentir pour un compte Twitter générant des vers automatiques (il s'appellait @Horse_ebooks) on s’est ensuite rendus compte qu’ils s’agissaient d’individus mimant un robot mimant des individus. La démarche, qui avait séduit sur Twitter 200.000 abonnés, était infiniment poétique.

C.P.